Image et message

Le deuxième point sur lequel porte le discernement des apparitions regarde ce que l’on peut appeler leur contenu.

Le deuxième point sur lequel porte le discernement des apparitions regarde ce que l’on peut appeler leur contenu, à savoir l’aspect sous lequel se présente la Vierge et les paroles - le message - qu’elle destine à la communauté ecclésiale, et, au-delà, à l’humanité.

Une apparition est en substance une présence surnaturelle qui se manifeste sous des formes sensibles (visuelle et auditive) pour se rendre perceptible et se communiquer. Cela explique qu’elle s’adapte non seulement à la personne des voyants, à leur psychologie et à leurs capacités intellectuelles, mais encore aux mentalités et à la culture du milieu humain dans lequel elle se produit.

Marie se montre sous un aspect et dans une attitude
inspirant le respect, le recueillement

A l’évidence, l’éminente dignité de la Mère de Dieu requiert qu’elle se montre sous un aspect et dans une attitude inspirant le respect, le recueillement et l’amour révérenciel, que ce soit comme une adolescente ou une toute jeune femme - la petite demoiselle contemplée par Bernadette à Lourdes -, ou sous l’apparence d’une belle dame dans la plénitude de sa maturité, comme à la rue du Bac ou à La Salette. Blonde ou brune, le teint blanc, mat, voire basané, les yeux clairs ou sombres, elle est toujours d’une exceptionnelle beauté, fréquemment soulignée par la lumière qui l’entoure, et qui semble parfois même irradier de sa personne, de ses vêtements, le plus souvent d’un blanc éclatant comme celui de Jésus lors de la Transfiguration : de nombreux voyants parlent simplement d’une dame de lumière ; d’autres, au contraire, sont en mesure de préciser que sa ceinture ou son voile sont bleus, qu’elle a un manteau vert ou rouge, ou que, se présentant comme la Vierge des Douleurs, elle revêt la robe et le voile noirs du deuil.

Parfois elle apparaît portant l’Enfant Jésus sur un bras, plus rarement, elle montre son Fils adulte crucifié. Des anges peuvent la précéder ou l’accompagner comme jadis au Laus et à la rue du Bac : à Fatima (Portugal, 1917), l’Ange de la Paix intervient avant les apparitions ; à L’Ile-Bouchard (France, 1947), l’ange Gabriel se tient agenouillé près de la Vierge. Enfin, il est fréquent qu’elle tienne un chapelet, emblème de la prière mariale par excellence, et que des roses ou d’autres symboles traditionnellement attachés à sa personne soulignent ses manifestations.

Les gestes de Marie sont à la fois doux et mesurés

Les gestes de Marie sont à la fois doux et mesurés, sa voix mélodieuse touche les cœurs de ses confidents lorsqu’elle leur délivre avis et conseils ; parfois elle se fait grave quand elle évoque certaines situations douloureuses, sévère quand elle reproche aux hommes leur tiédeur et les péchés dont ils se rendent coupables.

Mais jamais elle ne se départit d’une exquise politesse : comment la reconnaître dans l’imprécatrice qui, à Bayside (Etats-Unis, 1970), accuse des pires turpitudes les dignitaires de l’Eglise, désignés nommément - notamment le cardinal Villot - et qui affirme qu’un sosie diabolique a été substitué au pape Paul VI ? Dans la virago qui profère grossièretés et jurons à Vila Alemana (Chili, 1983), ponctuant ses messages d’un retentissant « Mierda ! »

Dans La face cachée de Medjugorje, (éditions Psilog), Ivo Sivric s’étonne de ce que « la plupart des réponses de Gospa (la Madone) ne sont pas dignes de la Mère de Dieu : elle s’y montre partiale, mal informée, ignorante des réalités terrestres et vindicative. » Assurément, semblables propos ne sauraient être attribués à la Toute Pure, celle qui parfois s’est présentée comme la Mère du Bel Amour.

Un enseignement conforme à celui de l’Eglise

De même, ses paroles contiennent toujours un enseignement conforme à celui de l’Eglise, et qui donc ne va pas à rencontre de la Révélation. Or, nombre d’apparitions alléguées se distinguent non seulement par la demande d’extravagantes innovations regardant la dévotion populaire, voire la liturgie, mais encore par de graves erreurs en matière de doctrine et même de morale. Comment croire qu’il s’agit vraiment de la Vierge, quand l’apparition alléguée se présente comme une véritable déesse, la quatrième personne de la Trinité (!)

Aainsi, dans les révélations à Marie-Paule Giguère, fondatrice de l’Armée de Marie au Canada (mouvement excommunié), ou dans celles de la visionnaire française qui se fait appeler J.N.S.R. - ou qu’elle prône un œcuménisme mal compris en affirmant que les religions sont interchangeables, que ce soit à Medjugorje ou à Porto San Elpidio (Italie), où le stigmatisé Giorgio Bongiovanni mêle depuis 1989 apparitions mariales, ovnis et réincarnation ?
De même, peut-on la reconnaître dans la mégère qui tempête en menaçant ses enfants - pour lesquels, paradoxalement, elle proteste de son amour en termes mièvres et sentimentaux - des pires châtiments, dont certaines séquences développées au fil de discours aussi puérils que longs pourraient rivaliser avec des scénarios de films d’épouvanté ou de science-fiction de troisième catégorie ? Que penser de messages comme le suivant :
« La terre fondra, ou alors sera dure comme le roc (…) La terre entrera en collision avec des astres et se déformera (…) Des sauterelles, des mantes religieuses gigantesques se nourriront de votre chair (…) des animaux inconnus apparaîtront à la surface de la terre »
(Boitsfort, Belgique, 1984) ?

Des secrets pour entretenir le suspense

On atteint le comble du grotesque quand les catastrophes sont sous-entendues par des secrets présentés comme plus effroyables les uns que les autres et dont la révélation, annoncée comme imminente, est constamment différée, ce qui permet d’entretenir le suspense. .. et de faire durer la mariophanie : ainsi à Medjugorje, où les 10 secrets - « les 7 derniers sont, pour la plupart, sinon tous, des événements graves » - devaient être dévoilés incessamment en 1990 (ils ne le sont toujours pas). Des « secrets » furent aussi livrés à Paratico (Italie, depuis 1994) où la Vierge confie à Marco Ferrari 11 secrets, à Piracaia (Brésil, depuis 1996), où la visionnaire en reçoit 12, etc.
Or, il n’est d’autre secret que le secret de Marie - suivant la formule de saint Louis-Marie Grignion de Montfort -, qui est le secret de la sainteté à l’école de la Vierge : celui-là même que la Vierge transmettra en trois parties aux enfants de Fatima.
Une apparition authentique se caractérise par un sobre rappel des vérités évangéliques et par l’invitation à une saine dévotion : trop de fantaisie et de démesure, des demandes extravagantes, des pseudo-prophéties qui ne s’avèrent pas, la surenchère au merveilleux - souvent concrétisée dans des phénomènes annexes spectaculaires tels stigmates, pleurs ou saignements de statues, etc. -, des annonces qui ne se réalisent pas, ne siéent pas à la transparence et à la dignité de Celle qui ne s’est jamais dite que l’humble servante du Seigneur.

Le Figaro : « 1858-2008 : Lourdes, de Bernadette à Benoît XVI »

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