« J’étais franc-maçon » de Maurice Callet (Ed. Salvator)

Franc maçon « Maurice Callet, attiré par l’ésotérisme et l’occultisme, explique comment il est rentré dans une loge maçonnique, quelles furent les raisons de son entrée et la perspective dans laquelle il l’a fait. Jusqu’à ce qu’il vive, à la cinquantaine, un retournement inattendu et décisif. »

Maurice Callet « J'étais franc-maçon » On m’avait dit que ce livre était intéressant et facile à lire. J’étais attiré par le sujet. L’idée que je me faisais de la franc-maçonnerie était beaucoup trop vague sans doute. Je voulais y voir plus clair et me débarrasser de mes préjugés sur ce sujet.

Dès le début de ma lecture je constate avec satisfaction que l’auteur qui a quitté la franc-maçonnerie n’est pas animé d’un sentiment de vengeance. Il expose les faits sans hargne. Au lecteur de se faire lui-même une idée. Autre point qui m’a entraîné plus loin dans ma lecture : l’histoire se déroule à Rennes essentiellement. Voilà qui pouvait intriguer un lecteur originaire de la même région.

L’auteur n’est pas n’importe qui !
C’est un chirurgien, ancien interne des hôpitaux de Paris. Il s’est installé à Rennes, « dans une grande clinique privée en association avec deux autres chirurgiens et aux côtés de nombreux autres spécialistes. » (p 9)

Il est né « de parents qui avaient rejeté toute religion,
se mariant civilement et ne [le] faisant pas baptiser ». (p. 7) Il eut « un professeur de philosophie passionnant, mais communiste » ce qui ne fit que renforcer son athéisme, son matérialisme et son positivisme. Cette éducation, dit-il, le conduisit à penser « que la science allait résoudre tous les problèmes de la vie et même de la mort. » (p. 8)

Ses premiers contacts avec la franc-maçonnerie eurent lieu à Paris. Il fut reçu dans le bureau du « Grand Maître, au siège du GODF (Grand Orient de France), rue Cadet ; »

« Celui-ci [le Grand Maître] m’accueillit avec beaucoup de bienveillance,
mes options philosophiques et mes engagements professionnels lui semblant tout à fait conformes à ‘l’esprit de la maison’. Il me vanta l’humanisme maçonnique défenseur des Droits de l’Homme, la tolérance vis-à-vis de tous les systèmes de pensée, le fameux triptyque ‘Liberté, Egalité, Fraternité’, bannière de notre République et la solidarité indéfectible des francs-maçons entre eux ». (p. 11)

Maurice Callet fut mis « en contact avec le Vénérable
de la loge ‘La Parfaite Union’ à l’Orient de Rennes, une des plus anciennes de France ». (p. 11)
L’auteur s’étend longuement sur la première initiation, une cérémonie qui m’a rappelé bien des aspects de la liturgie catholique. Comme pour un catéchumène on lui fit faire symboliquement un voyage des ténèbres vers la lumière.

« Bien sûr, pendant une année, j’assistai aux deux réunions mensuelles de ma Loge  ;
je me familiarisai peu à peu au cadre du Temple, avec son pavé mosaïque au sol et sa voûte étoilée au plafond, alors que le soleil et la lune surplombent le plateau du Vénérable, ainsi qu’aux rituels au grade d’Apprenti, notamment à l’ouverture des travaux ; le ‘tuilage’, la reconnaissance sur les parvis par les attouchements, les signes, les mots afin d’éviter l’entrée d’un profane dans le Temple, … » (p. 29)

Il franchit beaucoup d’étapes et gravit peu à peu les différents degrés de la franc-maçonnerie.
Il commença dès lors à récolter quelques « fruits » des efforts d’adhésion dans ce cercle fermé de sa Loge.

« Je commençai à bavarder librement, amicalement, avec le Vénérable
à son imprimerie, pour évoquer les potins de la ville. C’est à l’occasion d’une de ces visites que j’évoquai auprès de lui les difficultés financières que j’éprouvais du fait des pensions alimentaires excessives que je devais supporter depuis trois ans sans que mon avocat ne s’en émeuve, sans parler de ses propres honoraires […] Le Vénérable me confia, sous le sceau du secret, qu’un Président de la Cour d’Appel qui devait juger mon divorce était un de nos frères, mais qu’il fréquentait une Loge dans une ville voisine pour des raisons de discrétion. Il prit contact avec lui, et, contrairement aux règles en vigueur en France, ce juge me reçut longuement chez lui, en tête à tête, étudia mon dossier, me donna des conseils pour ma défense, et m’assura de son soutien. » (p. 34-35)

« Dès l’année qui suivit, la Cour d’Appel, présidée par mon ‘frère’, prononça mon divorce aux torts réciproques (au lieu de mes torts exclusifs)… » (p. 42)

« Je fus le premier praticien en Bretagne à assurer ce service »

Serge Abad Gallardo parle de son expérience dans la franc-maçonnerie
Serge Abad Gallardo parle de son expérience dans la franc-maçonnerie

« Les politiques étaient bien encadrés par nos ‘Frères Trois Points’ et le projet de loi sur l’avortement fut rapidement élaboré. » (p. 44)
« Je fus le premier praticien en Bretagne à assurer ce service. Cependant, je voulais appliquer la loi à la lettre. Il ne faut pas oublier que dans son article 1, elle spécifiait ‘le respect de l’être humain dès es commencement de la vie’ et autorisait l’interruption de grossesse (I.V.G.) dans des cas exceptionnels après deux entretiens de dissuasion.

les demandes affluèrent de tout l’Ouest de la France

Aucune structure officielle n’étant prévue, mon épouse et assistante Claude, se chargea de l’écoute des jeunes femmes sollicitant une I.V.G.. Ce fut pour elle très éprouvant car les demandes affluèrent de tout l’Ouest de la France, une quarantaine par jour, avec exceptionnellement des raisons médicales valables, mais dans la grande majorité des raisons sociales (rejet du géniteur ou de la famille, pauvreté, exiguïté des logements) qui auraient justifié des solutions psychologiques, sociales, matérielles, financières et non chirurgicales. » (p. 45)

« Nous [lui et son assistante] étions également révoltés, alors que nous traitions, par ailleurs, de nombreux cas de stérilité, de constater l’aberration d’un système légal qui permettait de supprimer un fœtus, mais interdisait de mettre en relation directe, humaine, une candidate à l’avortement avec un couple stérile désireux d’adopter un enfant : ayant tenté de le faire, je reçus rapidement un coup de téléphone du Procureur de la République me menaçant de prison si je récidivais. » (p. 46)

« De l’occultisme à la Rose-Croix » (p. 51)

« La pratique de l’ésotérisme maçonnique développe indiscutablement la curiosité vis-à-vis d’autres voies initiatiques et de divers occultismes, et l’esprit critique du rationaliste que j’avais été s’était émoussé au contact répété des rituels qui constituait l’essentiel de ‘spiritualité’ depuis six années. » (p. 51)

Changement dans sa vie professionnelle

« D’autre part, mon ‘frère’ Jean, Directeur de la Sécurité sociale, apprenant mon conflit, me proposa de profiter du départ en retraite de son responsable pour prendre la direction du Centre d’examens de santé de Rennes […] Il devait y avoir un appel d’offres et un concours, mais mon ami me rassura en me révélant que le médecin-conseil national, chargé de superviser ce concours était un ‘frère’ parisien ; et que, par ailleurs, ma candidature serait agréée par le Président du Conseil d’administration de notre caisse, que je connaissais comme président du Planning familial, et qui, je l’apprenais soudain, était un ‘frère en sommeil’, c’est-à-dire retiré des loges pour éviter toute indiscrétion, mais susceptible de reprendre ses activités maçonniques en loge à tout moment, sans nouvelle enquête ou initiation. Ceci n’anihile cependant pas le cercle discret des relations fructueuses. » (p. 54)

Un préalable à mon admission … l’adhésion au syndicat Force Ouvrière

« Un préalable à mon admission ne me posait pas de problème, c’était l’adhésion au syndicat Force Ouvrière, la majorité des cadres de la Sécurité sociale étant à ce moment à la fois membre de ce syndicat et de la maçonnerie. Il faut reconnaître qu’ils y trouvaient beaucoup de prébendes, comme ils ‘colonisaient’ par ailleurs les organismes chargés du sort des chômeurs, Assedic et ANPE. » (p. 55)

Admission à la Fraternelle des hauts fonctionnaires

« Peu de temps après, un de mes amis, Directeur du Centre anticancéreux me fit admettre à la Fraternelle des hauts fonctionnaires qui tenait ses réunions à Paris et réunissait des frères de toutes obédiences, bien sûr du Grand Orient, de la Loge de France, du Droit Humain mais, à ma surprise, de la Grande Loge Française, obédience se rattachant à la Grande Loge d’Angleterre et qui, publiquement, qualifie les autres de « maçonnerie irrégulière ». Là, les travaux se déroulaient sans rituel et les exposés intellectuels étaient écoutés d’une oreille distraite, sans que le silence s’impose comme en loge. Des fonctionnaires de tout sortes d’administrations, des préfets, des directeurs de cabinet de ministres échangeaient des renseignements, des services, des promotions de fonctionnaires. Le président de cette fraternelle était également président de la Fraternelle des parlementaires, qui comportait évidemment de nombreux socialistes, mais aussi une centaine de députés ou sénateurs R.P.R.(parti de droite présidé par Jacques Chirac, dont le grand-père était franc-maçon et qui aurait été initié dans la Grande Loge Suisse Alpina, selon des journalistes qui n’ont jamais été poursuivis pour cette assertion). (p. 63)

« C’était la gloire, celle du monde ! »
« Une seule ombre au tableau : dès le début 1983, mon épouse, Claude, présenta des troubles à types d’ulcères sur tout le tube digestif, très douloureux et limitant à presque rien son alimentation ; mes éminents collègues de la Faculté et même un guérisseur réputé n’y trouvaient ni explication ni remède. Elle dut s’aliter plusieurs mois. » (p. 63)

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A ECOUTER Florilège des 2 conférences (de 3 heures !) du Dr. Maurice Caillet à Désertines (Mayenne)

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