Les évangélistes croyaient-ils en la réalité de la conception virginale ?

Pourquoi les évangélistes auraient-ils inventé un langage aussi contraire à la tradition juive qui met tant en honneur la fécondité conjugale ?

1. Disons d’abord quelques mots de l’histoire, sans vouloir aucunement reprendre la totalité du dossier. Je tiens à en rester à des mots très simples et de bon sens, parfaitement indemnes
« de ces acrobaties intellectuelles dont quelques-uns [des théologiens] ont le secret »
(p. 34),
selon le jugement de notre auteur. Les évangélistes Matthieu et Luc croyaient-ils en la réalité événementielle de la conception virginale ? Il est bien difficile de le nier. Pourquoi auraient-ils inventé un langage aussi contraire à la tradition juive qui met tant en honneur la fécondité conjugale et ne parle pratiquement pas de la virginité comme d’une valeur ? Comment concevoir le choix d’un tel « symbole », immédiatement contraire aux faits ?

Il en va de même de l’Église ancienne : un Irénée a parfaitement conscience de se battre sur deux fronts, celui des gnostiques docètes qui dénient toute humanité corporelle à Jésus et celui de certains groupes judaïsants qui affirment déjà tout de go que Jésus est le fruit de l’union de Joseph et de Marie. Cela se passe au IIe siècle, bien avant que la virginité ne soit en honneur dans l’Église.

L’erreur est ici de croire que ces affirmations sont le fruit d’une estime privilégiée de la virginité dans la mentalité chrétienne de l’époque, alors qu’au contraire c’est la virginité de Marie qui est à la source de l’éloge de la virginité dans l’Église ancienne.

Comme il aurait été facile de sacrifier la conception virginale à la véritable humanité du Christ Irénée n’a pas voulu le faire et l’Église l’a suivi.
Duquesne fait de manière unilatérale le rapprochement entre les mythes païens et le thème de la conception virginale. Mais il ne met nullement en valeur la différence radicale entre les deux cas : il n’y a précisément rien de sexuel du côté chrétien ; et il ne voit même pas combien cette donnée était à l’époque la source d’une objection fondamentale à la foi chrétienne [ Même s’il la cite par la bouche de Tryphon dans le texte de Justin p.53)] presque aussi forte que la Passion de Jésus.