L’apparition nous introduit dans un registre particulier

Fait de société à part entière, l’apparition mariale mérite de n’être pas reléguée dans les oubliettes des sciences humaines.

L’apparition nous introduit dans un registre particulier : dans cette chrétienté populaire où la piété s’enracine dans un terroir ; elle se produit le plus souvent dans un milieu rural, laïc, dont elle adopte les modes de pensée et d’expression (la Vierge s’adresse en patois aux visionnaires), dont elle assume en quelque sorte les particularismes : la pauvreté du milieu, ses aspirations, ses limites aussi.

Fait de société à part entière, l’apparition mariale mérite de n’être pas reléguée dans les oubliettes des sciences humaines comme une singularité pieuse ou le simple objet d’une curiosité souvent morbide.

Le caractère surnaturel des faits de Lourdes

Par la voix de ses représentants légitimes, l’Eglise catholique a admis au terme d’une enquête rigoureuse le caractère surnaturel des faits de Lourdes comme de quelques autres semblables, le cas le plus récent étant la reconnaissance le 4 mai 2008 par Mgr Di Falco Leandri, évêque de Gap, des apparitions du Laus (Hautes-Alpes) à la bergère Benoîte Rencurel en 1664.
Actuellement, des faits similaires à première vue amèneront l’Eglise à se prononcer tôt ou tard - n’a-t-elle pas l’éternité devant elle ? - sur leur caractère, mais aussi leur signification : ainsi des événements de portée internationale tels que ceux de Medjugorje, en Bosnie-Herzégovine, qui depuis 1981 mobilisent des millions de fidèles et de curieux.

Les critères de discernement entre vraies et
fausses apparitions demeurent invariables

La mondialisation et le rôle des médias, d’une part, les progrès des sciences humaines et des méthodes d’investigation d’autre part, sans omettre le déplacement de divers centres de gravité du christianisme et l’émergence de formes originales de la piété populaire, amènent à poser le problème en termes nouveaux, mais les critères de discernement entre vraies et fausses apparitions demeurent invariables depuis les premiers siècles du christianisme, quand bien même ils ont été redéfinis par les Normes qu’édicta en 1978 la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Il existe de fausses apparitions.

Il existe de fausses apparitions. L’expression, quelque peu ambiguë, recouvre des réalités dissemblables d’un cas à l’autre, certaines étant inconcevables il y a un siècle encore.
En effet, les motivations des protagonistes de tels faits différaient souvent de ce qu’elles sont à présent : ainsi l’esprit de lucre restait étranger à la plupart des visionnaires, tandis que la crainte de sanctions ecclésiastiques (et séculières jusqu’au XIXe siècle dans les pays d’Inquisition) était encore assez vive pour décourager les faussaires de se livrer à des fraudes religieuses que l’on tenait pour sacrilèges.

Aujourd’hui, la relativisation du sacré et sa dilution dans des formes nouvelles, sinon hétérodoxes, de religiosité, rendent plus anodines les supercheries aux yeux de ceux qui les commettent, et il est loin le temps où la religieuse Vitaline Gagnon (1844-1926), visionnaire québécoise dont les prétendues révélations provoquèrent vers 1875-1876 une grave crise dans l’épiscopat canadien, pouvait avouer ingénument : « Je sais que j’ai été bien méchante, mais c’était pour la gloire de Dieu ».

Le Figaro : « 1858-2008 : Lourdes, de Bernadette à Benoît XVI »

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