La Création d’après le P. François Varillon

Le christianisme n’est pas une philosophie

De même qu’il faut mortifier l’imagination, il faut mortifier la curiosité même intellectuelle. Le christianisme n’est pas une philosophie. La révélation ne se situe pas au plan de l’explication des choses. L’Église existe pour éclairer notre marche vers Dieu, pas pour expliquer les choses. La Révélation nous dit ce qu’est Dieu et ce qu’est l’homme dans la mesure où cela est nécessaire à la vérité de notre relation vivante avec Dieu. La création n’est pas une énigme qu’il s’agirait de faire disparaître.

Une seule chose intéresse l’Eglise :
notre relation vivante, personnelle et communautaire avec Dieu.

Ce qui est révélé en premier lieu dans la Bible ce n’est pas le Dieu créateur mais le Dieu libérateur. Ce qui est au cœur de la Bible c’est l’exode, c’est-à-dire le mystère de la libération d’Israël et ce qui est au cœur de notre foi c’est notre accès à la liberté même de Dieu : devenir intérieurement libres comme Dieu est libre, c’est ce que nous appelons notre divinisation, nous participons à la vie même de Dieu. La phrase-clé, celle qui dit l’essentiel des choses : nous sommes sur terre pour devenir par participation ce que Dieu est par nature. Ce n’est que très tardivement que les Juifs se sont posés la question de la création.

Le monde est une réalité distincte de Dieu.

Le monde n’émane pas de Dieu comme le fleuve émane nécessairement de la source. Ne parlons pas du temps qui s’écoule. L’histoire n’est pas un mouvement de descente vers la mort. C’est un mouvement de montée, de maturation vers ce que le Père Teilhard de Chardin appelle le point Oméga, c’est-à-dire le Royaume des cieux. Le temps mûrit. Ce n’est pas un écoulement, ce n’est pas une dégradation, c’est une Genèse, une parturition, une invention permanente.

La création n’est pas une fabrication

La création n’est pas une fabrication car Dieu est amour et l’amour ne fabrique pas car une fabrication aboutit à des objets, des choses toutes faites. Dieu ne peut que ce que peut l’amour et l’amour ne fabrique pas du tout fait. L’Amour ne peut créer que des créateurs.

Nous sommes des créatures mais nous sommes des créatures créatrices. Dieu n’aurait jamais fabriqué une créature qui ne serait pas créatrice. L’acte créateur n’est pas un commencement chronologique. Ne disons pas Dieu a créé le monde mais Dieu crée le monde.

Quatre mots à éliminer : dégradation, vieillissement, fabrication et commencement : cela n’a rien à voir avec l’idée chrétienne de la création.

L’acte créateur n’est pas au commencement comme une chiquenaude qui lance le Monde dans l’existence. Il est au cœur de l’existence même. La question fondamentale c’est de savoir pourquoi il y a quelque chose et non pas rien, quelle est la raison d’être de notre existence.

Dieu crée par l’influx de sa contagion éveillante.

Dieu n’est pas une puissance qui domine, c’est une puissance éveillante. L’acte créateur, bien loin d’être une production, une fabrication est l’acte par lequel Dieu s’efface pour laisser surgir des libertés qui ne sont pas lui. L’acte créateur, c’est l’acte par lequel, éternellement Dieu renonce à être tout. Dieu créé l’homme comme la mer fait les continents, en s’en retirant. Je ne peux imaginer Dieu comme un astre qui se fabrique des satellites. Un tel Dieu je ne pourrais pas l’aimer. « L’Univers m’embarrasse et je ne puis songer que cette horloge existe est n’ait point d’horloger. » (Voltaire)
Si Dieu est l’horloger qui fabrique une horloge je suis en droit de lui dire : vous êtes un très mauvais horloger, votre horloge nous sonne jamais à l’heure !
Si Dieu a créé des hommes se créant, si Dieu respecte la liberté créatrice des hommes, nous comprenons que l’homme tâtonne, que l’histoire du monde ne se passe pas sans reculs, retards. Dieu n’est pas interventionniste. Il n’intervient que rarement par le miracle.

Il y a une évolution créatrice.

Il n’est pas digne du créateur de créer du tout fait. L’enfant qui vient au monde est un être préfabriqué. Il subit certains conditionnements mais il doit devenir origine de lui-même. Dieu a créé l’homme capable de se faire libre. L’homme n’est vraiment homme que dans et par sa liberté. Le livre de la Genèse est une admirable méditation d’Israël sur l’origine du monde.

D’après une conférence donnée par le Père François Varillon
à Chalon-sur-Saône dans les années 70