L’univers est une machine

Quand se mettent à tourner les astres qui vous sont familiers, votre Soleil, votre Lune, la Terre elle-même, dix milliards d’années se sont déjà écoulées. (p. 128)

L’univers est une machine. La liberté n’existe pas. Quand se mettent à tourner les astres qui vous sont familiers, votre Soleil, votre Lune, la Terre elle-même, dix milliards d’années se sont déjà écoulées.

Après la formation à peu près définitive de votre Terre, tout est prêt pour la vie et la vie arrive très vite : à peine quelques centaines de millions d’années et, sous le Soleil, à l’air chaud, dans le miracle de l’eau, elle passe le bout de son nez avec timidité.

Les hommes se feront attendre plus longtemps : il faudra un peu moins de cinq milliards d’années pour qu’apparaissent des êtres qui commencent à te ressembler. Je vous ai éloignés de moi pour que vous ayez plus de mal à me chercher et pour que vous puissiez m’ignorer.

Encore cinq autres milliards et votre Soleil disparaîtra. Il aura brillé quelque dix milliards d’années. Comme le Soleil et comme tout, la vie, telle que vous l’entendez et telle que vous la chantez, parce qu’elle a eu un début aura aussi un terme. Qu’aura-t-elle fait tout au long de son règne si long et si bref et, à ses yeux, triomphant ? Des choses innombrables et sans fin qui défient toute description. Mais surtout elle se sera reproduite.

J. d’Ormesson : « La création du monde » p. 128