Une évolution qui va toujours dans un sens qui nous était favorable

« S’il s’agit de hasard, le hasard, en vérité, a été bon garçon : il a fait preuve à votre égard d’une outrageuse partialité. »

J’ai beaucoup aimé mes créatures. Si je ne les avais pas aimées, tu ne serais pas là, dans ton rêve, à écouter mes paroles.

Depuis quelques milliards de vos années, ce que vous appelez l’évolution est toujours allé dans le même sens : dans un sens qui vous était favorable. S’il s’agit de hasard, le hasard, en vérité, a été bon garçon : il a fait preuve à votre égard d’une outrageuse partialité. Tout observateur extérieur et non prévenu qui examinerait ton histoire lointaine jugerait qu’une influence occulte a dû piper les dés. L’influence occulte, c’est moi. Je n’ai jamais cessé, dans l’ombre, de jouer votre jeu.

Tout, dans votre tout, est réglé au millimètre près,
au milligramme près, au millième de seconde près

Tout, dans votre tout qui est d’abord le mien, est réglé au millimètre près, au milligramme près, au millième de seconde près, au millième de degré près. Hasard ? Vous avez dit hasard ? Un millimètre de plus, un milligramme en moins, tout s’écroulait. Hasard ? J’ai préparé votre venue. J’ai créé les cadres de votre future existence. J’étais à vos côtés contre le néant d’abord, contre les éléments ensuite. Vous les fruits du hasard ? Vous voulez rire. Je vous ai, au contraire, prémunis contre lui. Et en dépit de mes menaces, je ne vous abandonnerai pas. Je vous ai protégés contre tous les périls. Je vous protégerai contre vous-mêmes.

J. d’Ormesson : « La création du monde » p.191