Fr. Varillon : La Pâque du Christ

Le Christ est devenu tout autre, mais il n’est pas un autre, il est le même.

Il revit pour son propre compte ce qu’avait vécu son peuple. Il le revit d’abord symboliquement en passant quarante jours au désert, au seuil de sa vie publique (quarante jours qui rappellent les quarante jours de l’exode) puis, non plus de façon symbolique mais de façon bien réelle, en montant au Calvaire : il va vers la mort, en réalité il va vers la vraie vie qui est la vie ressuscitée au cœur de la Trinité, la vie même de Dieu. La première pâque n’était qu’une image, celle du Christ est la Pâque centrale de l’histoire.

Le Christ, avons-nous dit précédemment, est l’homme, l’Homme parfait, celui qui vit en plénitude le destin de l’homme, il est Dieu lui-même fait homme qui meurt pour ressusciter, c’est-à-dire pour ‘passer de ce monde au Père’ (Jn 13, 1). La résurrection du Christ n’est pas le retour à la vie qui était la sienne avant de mourir, elle est le passage à la vie de Dieu.
Après sa résurrection, le Christ vit au cœur même de la Trinité, les conditions de sa vie sont les conditions de la vie divine. Il est devenu autre, il n’est plus, comme nous, lié à tous les conditionnements de l’espace et du temps.

Réfléchissons bien : le Christ est devenu tout autre, mais il n’est pas un autre, il est le même. Un peu comme le Paris des brouillards de l’automne devenu tout autre en été, transfiguré par le soleil, demeure le même Paris.
Le Christ ressuscité ne cesse pas d’être un homme. Comme l’écrit Romano Guardini , de toutes les religions ‘le christianisme seul a osé placer le corps (humain) dans les profondeurs les plus cachées de Dieu’. Le Christ ne s’est pas dépouillé de son humanité en ressuscitant, il n’a pas rejeté sa ‘chair’ après trente ans, comme une poussière inutile.
Le Christ ressuscité est Homme-Dieu pour l’éternité. Depuis la résurrection, la Trinité, ce n’est plus le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; c’est le Père, le Fils incarné, mort et ressuscité et le Saint-Esprit ; c’est le Père, le Fils incarné et le Saint-Esprit. Ressuscité l’homme-Jésus vit au cœur même de la Trinité. Pourquoi Dieu se serait-il fait homme sinon pour nous entraîner avec Lui, pour que ‘par Lui, avec Lui, et en Lui’ nous vivions, au cœur de la Trinité, de la vie de Dieu ? Cela vaut le coup de donner sa vie pour que les hommes le sachent et que telle soit leur espérance.

François Varillon, extraits de ses conférences
cf « Joie de croire, joie de vivre », p. 42