Comment se former à l’accompagnement ?

Pourquoi faut-il être accompagné ? - Prendre un guide pour avancer dans la vie spirituelle - « Rien n’est plus urgent pour l’Eglise que de disposer de tels maîtres ou accompagnateurs qui sachent conduire d’autres personnes vers la relation avec Dieu. »

Devenir accompagnant spirituel, Lytta Basset propose une formation

En Suisse, Lytta Basset propose, depuis 2010, une formation pour devenir accompagnant spirituel. Organisé dans le cadre de l’Association pour l’accompagnement spirituel (Aaspir), ce cursus sera donné pour la première fois en France, en 2017. La théologienne protestante, auteure de Oser la bienveillance (Albin Michel) et de Sainte colère (Labor et Fides), y propose une formation s’inspirant des grands thèmes développés dans ses livres ainsi que sa propre expérience de l’accompagnement.

Cet accompagnement porte sur la spiritualité, comment la définissez-vous ?

Elle désigne, en tout être humain, ce champ ouvert aux questions que lui pose le simple fait d’exister :

  • d’où vient-il ?
  • Quel est le sens de sa vie ?
  • Comment peut-il faire face à la mort, à la souffrance ?
  • Que signifie être en relation ? -
  • Qu’y a-t-il après la mort ? - Existe-t-il des valeurs qui transcendent la personne ?
  • Y a-t-il du divin en l’humain : un Autre – un tiers, « Dieu », « la Source » en lui ?
  • Comment le percevoir ?
  • Comment développer un lien fécond avec lui ?

À l’Aaspir, nous préférons utiliser le terme « accompagnants  » qu’« accompagnateur ». Ce mot fait penser aux gentils organisateurs, qui guident des groupes en leur montrant ce qu’il faut voir. Le mot « accompagnant » nous semble plus dynamique. Il indique que la personne qui accompagne évolue elle aussi et que les deux cheminent côte à côte.

Comment avez-vous découvert l’accompagnement spirituel ?

Lytta Basset : Oser la bienveillance

J’ai été contrainte de faire un travail personnel, juste avant d’être nommée pasteure. En plus de mon psy, mes accompagnants spirituels étaient deux pasteurs, l’un avait fait une psychanalyse et l’autre – une femme –, une psychothérapie. Ils m’ont énormément soutenue. Cette expérience m’a aidée par la suite pour sentir ce dont les personnes ont besoin pour elles-mêmes, trouver les bonnes attitudes et éviter certaines phrases toutes faites comme : « Cela va aller » ou « Dieu t’aime. »

Qu’est-ce qui vous a donné envie, ensuite, de proposer des accompagnements spirituels ?

Mes premiers accompagnements ont débuté, il y a 30 ans, quand j’étais pasteure de l’Église protestante à Genève. Les personnes ont commencé à venir me voir non pas pour me demander seulement une visite ponctuelle, mais des rendez-vous réguliers afin de partager des problèmes existentiels et spirituels. Cela n’existait pas du tout à l’époque, Puis j’ai été nommée à Lausanne et ensuite à Neuchâtel, où l’accompagnement spirituel a alors fait partie de mon profil de poste. Cela a duré dix ans, aux cours desquels la demande n’a cessé d’augmenter. J’ai donc décidé de concevoir cette formation d’abord dans le cadre de l’université de Neuchâtel en 2010 et, depuis que je suis à la retraite, au sein de l’Association pour l’accompagnement spirituel (Aaspir).

Dans votre approche de la spiritualité, quelle est la place accordée à la dimension chrétienne ?

Nous nous situons clairement dans cette tradition. Les références bibliques abondent durant la formation. Mais forts de ce positionnement, nous pouvons accueillir n’importe quelle personne là où elle en est, dans sa propre quête.

À quel public cette formation s’adresse-t-elle ?

La majorité des étudiants ne se destinent pas à être accompagnants, mais ils trouvent dans notre formation des outils qui les aideront à intégrer la dimension spirituelle dans l’exercice de leur profession. Ils travaillent dans les métiers du soin, sont coachs, enseignants, éducateurs, mais aussi banquiers, économistes, juges. Après la formation, la plupart affirment qu’ils ne travaillent plus de la même manière.
Je songe à cette ostéopathe qui s’est dite plus attentive encore au corps de ses patients. Si elle reçoit une femme qui « porte une croix », elle ose davantage poser une question ouverte pour savoir si celle-ci souhaite en parler.
Je pense aussi à ce cadre qui exerce dans une multinationale et qui s’est formé avec nous après un burn-out. Il fait preuve d’une plus grande attention à la dimension spirituelle de ses collègues de travail et constate que ceux-ci osent désormais partager avec lui des questions de sens.

N’est-il pas dangereux de s’intéresser à cette dimension en dehors du cadre précis d’un accompagnement ?

Mais de quel droit enfermons-nous l’Esprit saint qui souffle où il veut ? Pourquoi ne s’exprimerait-il pas dans le cabinet d’un dentiste ou d’un psy ? De nombreuses personnes ne se retrouvent pas dans le langage de l’Église ou n’ont tout simplement pas d’expérience de l’Église, mais elles sont tout de même incroyablement ouvertes à cette dimension du Souffle.

Ne risquent-elles pas de manquer de discernement ?

Dans une société où à peu près n’importe qui se lève pour se présenter comme un gourou, en prétendant être en lien avec Dieu et avoir tout compris, dans cette société-là, où les jeunes fréquentent souvent les médiums, l’astrologie et les sciences occultes, nous avons besoin de disposer de critères précis sur ce qu’est une spiritualité saine.

L’accompagnement spirituel peut-il devenir aussi un métier à part entière ?

Oui, plusieurs de nos étudiants offrent un accompagnement individualisé dans le cadre d’un cabinet privé. Ils sont rémunérés à cet effet. Certains de nos participants ont été également embauchés par des institutions médicales. La demande s’avère d’autant plus forte que les Églises consacrent de moins en moins de temps à y répondre. Nous avons la conviction que ce métier d’accompagnant spirituel est appelé à se diffuser largement dans notre société.

D’après l’hebdomadaire LA VIE du 24 novembre 2016 (rubrique « Bien vivre »)

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Pour approfondir cette question

« Qui dit expérience spirituelle, dit attention et accompagnement de ce que chacun vit, comme nous l’avons vu faire par l’Eglise, de façon heureuse avec les adultes qui demandent le baptême. Si les catéchumènes se sont sentis à l’aise dans l’Eglise, c’est parce qu’ils ont été accueillis sans condition, là où ils en étaient par leurs accompagnateurs. »
« L’accueil et l’écoute d’une personne ne sont jamais innocents, ils font bouger l’auditeur, ravivent sa foi, le remettent en question. »

"L’accueil et l’écoute d’une personne ne sont jamais innocents

« II nous faut donc chercher un guide sûr afin d’apprendre de lui et de nous représenter, par la forme de son témoignage, les manques d’attention qui nous menacent […] et les excès où nous mène le malin. Un tel guide nous éclaire par l’expérience de ce qu’il a lui-même souffert dans ses épreuves […]. Si tu n’as pas de guide, il faut te donner la peine de chercher. Mais si tu ne trouves pas, invoquant Dieu d’un esprit brisé et dans les larmes, et le suppliant dans ta pauvreté, fais ce que je te dis. »

Prendre un guide pour avancer dans la vie spirituelle

Une expérience mystique doit faire l’objet d’un discernement pour être relue, recadrée et authentifiée

Il faut d’abord donner à la personne des mots pour la dire lui proposer des références pour la situer, et enfin l’accompagner pour qu’elle mette en œuvre concrètement dans sa vie ce quelle a « vu » ou éprouvé. Ce n’est pas simple et cela demande du temps. Les chemins mystiques sont bordés de précipices et l’on a besoin d’un guide sûr pour les parcourir".

Une expérience mystique doit faire l’objet d’un discernement

Rien n’est plus urgent pour l’Eglise que de disposer de tels maîtres ou accompagnateurs qui sachent conduire d’autres personnes vers la relation avec Dieu. Elle a besoin d’hommes qui libèrent chez d’autres le courage ou la générosité pour qu’ils se mettent à la disposition de Dieu et du service des hommes. Cela exige pour commencer la découverte de ses propres talents. (Carlo Maria Martini, Le rêve de Jérusalem, p. 133) Au fond, chaque être humain a besoin, dans des situations de décision ou dans le cas de sollicitations ou de défis particuliers, d’un accompagnement spirituel. Les accompagnateurs spirituels sont des amis au sens de l’Evangile, qui cheminent avec lui, lui posent des questions, le soutiennent, mais qui ne se placent jamais entre lui et Jésus, tout en encourageant ce dialogue. (Carlo Maria Martini)

Cardinal Martini, le rêve de Jérusalem

Qu’est-ce qu’un accompagnateur spirituel ?

Les bienfaits de l’accompagnement spirituel.

Mais on peut encore faire mieux. A certaines périodes de l’Eglise l’accompagnement spirituel était beaucoup pratiqué. On l’appelait la direction spirituelle puis on en n’a plus senti le besoin. On redécouvre cette pratique aujourd’hui.
Cela consiste à trouver une personne de confiance, le plus souvent un prêtre ou un religieux, mais il y a aussi des laïcs formés pour cela. On rencontre cette personne régulièrement pour relire sa vie avec elle. En nous écoutant cet accompagnateur nous aide à voir plus clair en nous. On lui parle de sa prière, de ses joies, de ses projets, des ses difficultés, etc.
Personnellement j’ai adopté cette pratique depuis environ 20 ans. Quand j’étais dans l’Allier je rencontrais régulièrement un Moine de l’Abbaye de Sept-Fons, quasiment tous les mois au début quand il ne me connaissait pas bien puis moins souvent. Je ne saurais dire à quel point ce Père trappiste m’a aidé à cheminer dans la foi. Je repense à certains moments particulièrement difficiles. Je me demande parfois si j’aurais pu m’en sortir sans ses conseils et ses prières. Depuis que je suis à Paris il m’est trop difficile de me rendre à Sept-Fons mais j’ai trouvé sur place un autre accompagnateur. Ce n’est pas si difficile qu’on le dit parfois de trouver quelqu’un qui veut bien vous rendre ce service.

L’accompagnement, un moyen de résister au mal