Qui sont les musulmans de France ?

Disons les choses comme elles sont,la communauté musulmane est d’extraction plus modeste que les autres, parce qu’elle est venue en France comme travailleurs émigrés au début des années 1960.

Qui sont les musulmans de France ?

Les divisions qui traversent en France la communauté des musulmans croyants révèlent essentiellement que nous sommes face à une communauté plus jeune que les autres, avec des élites moins formées, moins ancrées dans la société française.
Pourquoi ? Disons les choses comme elles sont, osons prononcer une vérité dérangeante : parce que la communauté musulmane est d’extraction plus modeste que les autres, parce qu’elle est venue en France comme travailleurs émigrés au début des années 1960.

Deux ou trois générations ne sont pas suffisantes pour permettre l’émergence des agrégés, des avocats, des médecins, des professeurs, des théologiens, des élites. Le président fondateur de la mosquée de Mantes-la-Jolie, M. Berka, qui est un homme très respectable, est un ouvrier professionnel marocain qui a travaillé toute sa vie à la chaîne chez Renault. Voilà la réalité ! Il est toujours marocain. Je lui ai posé la question : « Pourquoi restez-vous marocain ? » Il m’a répondu : « Je suis né dans le bled, je suis attaché à mon pays. » Mais ses enfants sont français. Ils n’ont jamais mis les pieds au Maroc autrement que pour les vacances.

C’est cela la communauté musulmane de France : avec des valeurs de travail fortes, des gens qui ont construit leur place courageusement dans la société, des personnes souvent méritantes. Les enfants sont à la fois d’un côté de la Méditerranée et de l’autre, pas tout à fait algériens, pas tout à fait français, pas vraiment marocains. Ils parlent mieux le français que leurs parents, ils sont nourris de culture française, mais ils voient bien, dans le regard des autres, qu’ils ne sont pas complètement acceptés ici.

Que cette communauté soit difficile à organiser, qu’il y ait des enjeux de pouvoir entre Marocains, Algériens ou Turcs, est tout à fait normal. Ils sont jeunes, ils sont neufs. Cela va s’estomper. Laissez-leur le temps !
Finalement mon appel, c’est une invitation à la compréhension et à la main tendue vis-à-vis de nos compatriotes qui ont souffert et qui méritent d’avoir les mêmes droits que les autres. (p. 76)