Méditation pour le temps de l’Avent

« Lorsque Dieu veut nous visiter, c’est toujours de manière inattendue. » Dieu visite l’homme au sein des évènements les plus quotidiens.

« Lorsque Dieu veut nous visiter, c’est toujours de manière inattendue. »

Le Père Charles Le Dû qui a consacré sa vie à l’accompagnement spirituel, est convaincu que Dieu visite l’homme au sein des évènements les plus quotidiens. (Entretien avec Charles Le Dû, jésuite)

L’Avent est une invitation à être vigilant dans l’attente de la venue du Seigneur. Que signifie cette attente ?

P. Charles Le Dû  :
La venue du Seigneur fait partie intégrante du mystère chrétien. Le jour du Seigneur a été annoncé par tous les prophètes, et Jésus a parlé à plusieurs reprises de sa venue dans la gloire, comme Fils de l’Homme, pour mettre fin à ce monde et inaugurer un ciel nouveau et une terre nouvelle.
Les chrétiens attendent-ils encore avec conviction celui qu’ils espèrent et qu’en leur prière ils appellent : « Viens Seigneur Jésus »  ?
Certains pensent à tort, que le Christ s’est absenté de notre histoire. D’autres se sont sans doute lassés d’attendre et tournent la tête ailleurs. D’autres encore attendent quelque chose d’extraordinaire, de prodigieux, de définitif – or lorsque Jésus vient nous visiter, c’est toujours de manière inattendue. Ces derniers se comportent un peu à la manière du peuple juif, qui n’a pas reconnu le jour où il a été visité par Jésus comme accomplissant son espérance dans l’humilité du serviteur.

Voulez-vous dire que c’est aujourd’hui que Dieu vient ?

Dieu vient au sein des évènements les plus quotidiens : une rencontre, une conversation, une parole méditée, une réunion à préparer, une décision à prendre, parfois même dans les expériences les plus douloureuses, où il advient avec une douceur inestimable. C’est ainsi qu’il nous visite. Il nous touche de l’intérieur et son Esprit fait alors grandir en nous la foi, l’espérance et l’amour.
Mais on ne sait pas par avance ni quand ni comment il vient. C’est de l’inconnu et comme inconnu qu’il vient pour une rencontre inattendue, qu’il nous déplace et nous entraîne dans son passage. La surprise est tellement inhérente à cette rencontre que souvent c’est au cours d’une relecture que l’on découvre qu’il était là et qu’on ne le savait pas…

Pourquoi faut-il demeurer éveillés, vigilants, attentifs, comme des sentinelles impatientes que vienne l’aurore ?

Veiller, c’est attendre, désirer, se préparer. Nous en faisons l’expérience lorsque nous attendons le retour de l’être aimé, de l’enfant parti, de l’ami : nous nous habillons le cœur en gardant toujours vivante la flamme du désir des retrouvailles. Pour Jésus c’est pareil. Veiller c’est aussi prendre conscience de notre responsabilité dans le présent.
Les prophètes d’Israël n’ont cessé de rappeler la promesse d’un monde de bonheur, de justice et de paix. Nous sommes toujours dans l’attente de ce monde. C’est à nous de travailler à le transformer pour faire advenir ce monde promis. François Varillon dit que Dieu divinise ce que nous humanisons. Dieu se révèle chaque fois que l’homme humanise l’humanité. Humaniser l’humanité, y apporter plus de justice, plus de fraternité, plus de clarté, plus de vérité, plus de tendresse, plus de consolation, c’est continuer d’écrire l’Evangile et préparer la route pour le Seigneur qui à la fois est déjà là et pas encore là.

La foi dans cette venue du Seigneur peut être mise à mal. Comment garder confiance ?

Seule l’expérience peut fonder la confiance. Dieu est déjà venu nous visiter. Nous avons fait l’expérience de sa douceur et de son amour dans notre existence. Nous avons pris conscience de sa douceur et de son amour dans notre existence. Nous avons pris conscience du mystère de l’Amour, à l’œuvre dans notre vie et autour de nous. Nous savons celui que nous avons trouvé et qui reviendra comme il l’a promis. C’est l’anamnèse.
Quiconque reconnaît le salut à l’œuvre dans l’aujourd’hui de sa vie peut s’endormir dans la confiance, sûr que Dieu conduira à son accomplissement l’œuvre qu’il a commencée.
Mais Dieu est discret, même quand il semble s’imposer. Il peut même se cacher, et il se peut qu’il paraisse absent. Si cette absence peut faire mal, c’est à la mesure du désir que l’attente a attisé. C’est aussi parfois que nous ne sommes pas assez présents au … présent : nous voulons tout, tout de suite, sans un patient consentement au temps.
Pourtant nous ne le chercherions pas si nous ne l’avions déjà trouvé.

(Paru dans le journal La Croix du 9/12/2006
Recueilli par Martine de Sauto, )