Si Dieu existe, pourquoi le mal ?

Débat entre Fanny et le père Denis Biju-Duval - Controverse.
Difficile de croire en un Dieu d’amour devant le mal dans le monde. Pour beaucoup, face aux innombrables souffrances, il est irréaliste et scandaleux d’avoir foi en un Dieu tout-puissant. L’athéisme est-il la seule réponse possible ?

Fanny :
Pour moi, le mal dans le monde est la meilleure preuve que Dieu n’existe pas. Toutes ces famines, ces guerres, ces perversions… Si Dieu était bon et tout-puissant, il ne laisserait pas faire !

Père Denis Biju-Duval :
Pourquoi accuses-tu Dieu du mal que commettent les hommes ? C’est nous qui par nos actes provoquons toutes ces misères. Quand tu penses, par exemple, que le budget mondial de l’armement suffirait à nourrir plusieurs fois l’humanité !

Fanny :
C’est peut-être vrai, en partie. Il n’empêche que des innocents souffrent. Des enfants meurent de faim ou de maladie dans les bras de leurs mères… Comment Dieu, s’il existe, peut-il laisser faire ? Il pourrait empêcher toutes ces horreurs !

Denis Biju-Duval :
Mais s’il le faisait, cela voudrait dire que notre liberté ne servirait à rien, qu’elle n’aurait aucun enjeu. Tu imagines un Dieu qui ferait des miracles à tout bout de champ pour empêcher nos actes de produire leurs conséquences mauvaises ?

  • Chaque fois que tu pollues la planète, il passerait derrière pour nettoyer,
  • chaque fois que tu insultes quelqu’un, il le rendrait sourd ;
  • chaque fois que tu refuses d’être généreux, il compenserait auprès des victimes de ton égoïsme, etc. ?

Un Dieu comme ça serait comme ces parents qui veulent résoudre tous les problèmes de leurs enfants à leur place : résultat, ils fabriquent des irresponsables. En plus, ça ferait un monde totalement incohérent, où n’importe quoi peut arriver n’importe quand.

Non, si Dieu nous donne la liberté, il la prend au sérieux. Il nous appelle à être vraiment responsables les uns des autres. Le revers de la médaille, c’est que lorsque nous utilisons notre liberté en sens inverse, nous blessons les autres. À l’échelle du globe et de l’histoire du monde ; cela peut faire boule de neige jusque dans des proportions terribles.

Fanny : Excuse-moi, mais puisque selon toi, Dieu est tout-puissant, il aurait pu nous créer bons, incapables de faire le mal. Ça aurait évité le communisme, le nazisme, les viols, les guerres, etc.
Sans qu’il ait besoin de passer par derrière pour faire des miracles. Un peu moins de liberté pour nous, mais avec toutes ces misères en moins, globalement, ça valait le coup !

Denis Biju-Duval : :
Mais à quoi aboutirait-on ? Ce que tu voudrais, c’est un homme qui ferait le bien non pas de lui-même, par amour, mais parce qu’il est programmé pour ? Quel bien ce serait ? Tu voudrais, toi, d’un mari qui t’aime parce qu’il est programmé pour ? Tu ne préférerais pas un mari qui choisit librement de se donner à toi, parce qu’il trouve que tu en vaux la peine ? Mais pour se donner à toi, il faut déjà qu’il « s’appartienne », qu’il soit libre de choisir de t’aimer ou pas.

C’est le risque ! Mais voilà, il choisit de t’aimer, et c’est un cadeau gratuit et merveilleux. Du côté de Dieu, c’est un peu pareil. Il est Amour, il te crée à son image et il t’appelle donc à aimer. Mais si c’est vraiment de l’amour, il veut qu’il y ait un « oui » qui vienne de toi. Il prend donc le risque que tu dises non. Si tu le fais, tu te blesses, et tu blesses ceux dont tu es responsable. Ça reste vrai à l’échelle de l’humanité, des belles réalisations dont elle est capable quand elle dit oui, mais aussi des horreurs quand elle dit non.

Fanny :
Admettons, mais le mal dans le monde dépasse largement les conséquences de notre liberté. Il y a les famines, les tremblements de terre, les épidémies, etc. II y a des gens qui font du mal parce qu’ils sont déséquilibrés mais ils n’ont pas choisi de l’être, des enfants perdent leur mère d’un cancer, etc. Ça, personne ne le provoque avec sa liberté. C’est simplement que le monde est mal fichu. Alors si c’est Dieu qui l’a créé, il ne nous aime pas !

Denis Biju-Duval :
C’est vrai qu’il y a un mystère du mal. Il prend même parfois des proportions démoniaques, au sens propre. Il y a dans le monde des « puissances du mal » qui dépassent, si j’ose dire, nos capacités ordinaires de faire le mal. Ce sont des esprits mauvais, des créatures de Dieu qui ont utilisé la liberté bonne qu’il leur avait donnée pour se révolter contre lui et pour entraîner les hommes dans cette révolte.

Fanny :
Alors tout à l’heure, tout était de notre faute, et maintenant tout est de la faute du diable ?

Denis Biju-Duval :
Là-dessus, la foi chrétienne insiste sur un point : Dieu n’est pas l’auteur du mal, il n’a pas créé l’homme dans l’état de fragilité, de souffrance et de mort qui est le sien aujourd’hui. Les textes bibliques parlent à ce sujet d’une « entrée » du péché, du mal et de la mort, à l’instigation du diable, dans une humanité que Dieu avait créée au départ heureuse et harmonieuse. Mais l’homme est vraiment responsable : il aurait pu ne pas céder au tentateur. Tout le rapport des hommes avec Dieu, avec le monde, avec eux-mêmes et les uns avec les autres, s’en est trouvé blessé et déséquilibré. Depuis, c’est cet état blessé et mortel que les hommes se transmettent de génération en génération. Et qui touche aussi la nature, qui produit elle aussi des choses mauvaises (maladie, catastrophes, etc.).

Fanny :
Attends, là j’ai l’impression qu’on entre dans la mythologie ! Tu me ressers le coup d’Adam et Eve, du serpent et de la pomme ?

Denis Biju-Duval :
C’est bien de ce récit-là dont je te parle, (Genèse, chapitre 3). Bien sûr, c’est un récit imagé : aucun archéologue ne retrouvera jamais le trognon de pomme ! Mais il exprime quelque chose de très profond : l’homme n’est pas fait pour le mal, pour la souffrance et pour la mort. Tout son être se rebelle face à ces réalités, parce qu’au fond, l’homme sait qu’il est fait pour la vie, pour l’amour, pour le don. Ce que le texte biblique essaie d’exprimer, c’est que la souffrance et la mort n’étaient pas dans le projet originel de Dieu. Elles sont « entrées dans le monde » non pas à cause de lui, mais dès l’origine, à cause de la liberté de l’homme qui s’est laissé tenter, et qui a refusé son amour à Dieu.

Fanny :
Tout de même, ton Dieu, il aurait pu prendre sa grande baguette magique et éviter au moins que toutes ces horreurs et cette violence se transmettent sur les descendants : ils n’ont rien fait, eux !

Denis Biju-Duval :
Plutôt que de nous protéger magiquement du mal dont nous héritons, Dieu a choisi d’apporter à notre humanité blessée une vie nouvelle. Comme le dit saint Augustin : « Dieu qui nous a créés sans nous, ne veut pas nous sauver sans nous. » Non seulement il a vaincu le mal à notre bénéfice (par le Christ), mais il nous fait participer à sa victoire. S’il ne nous dispense pas du combat contre le mal ni de la mort physique, c’est pour que nous puissions collaborer avec lui, pour que nous soyons victorieux avec lui, dès maintenant et pour l’éternité.

Paru dans L’ 1visible n°10 de décembre 2010, page 8

Vos témoignages

  • Philippe Lestang 24 décembre 2010 20:14

    Bonsoir Bernard,

    Merci de ton site qui donne accès à des « pépites ». S’agissant du problème du mal, je reste mal à l’aise face à l’exposé ci-dessus, et renvoie plutôt au texte du Père Duval-Arnould en http://plestang.free.fr/duval.htm Jésus ne nous a pas dit pourquoi il y a le mal. Et il n’est pas si facile de rejeter le mal sur « le diable ». Il y a des passages de l’Ancien Testament où Dieu dit « C’est moi qui fais vivre et c’est moi qui fais mourir », etc. (p.ex. Isaïe 45,7). Duval-Arnould, en résumé, dit que Jésus ne nous a pas dit pourquoi il y a le mal. Il n’a ni supprimé le mal ni n’en a expliqué la cause. Mais il nous a proposé un chemin de vie. Comme en témoignent certaines personnes qui gardent foi et joie dans leurs malheurs.