Des changements dans le domaine religieux, le déclin du spirituel

L’ouverture au monde, la diffusion du progrès ont provoqué le déclin du spirituel, rejetant celui-ci dans l’archaïsme et les souvenirs.

Ce grand progrès matériel, voulu et exigé par les Bretons, réalisé par les ministères souvent avec lenteur ou mauvaise humeur, a-t-il profité à la bonne santé multiséculaire de la religion dans l’ancienne province ? La réponse est différente selon que l’on parle de la période de lancement du processus ou de celle de sa réalisation et de ses premiers bienfaits.

Des années 1950 aux années 1960

Des années 1950 aux années 1960, en un temps d’effort sous-tendu par des motivations religieuses, la péninsule continue à être cette terre de prêtres et de croyants qu’elle a toujours été de façon si spécifique. Puis, lorsque le mouvement s’organise et que les signes d’un renouveau se font sentir, l’influence du sacré diminue très sensiblement.

Les jeunes paysans qui gagnent les villes

Pour des raisons multiples, de nature essentiellement sociale et psychologique. Lorsque les jeunes paysans ne peuvent pas, faute d’argent, investir pour accomplir eux aussi leur révolution agricole, ils gagnent la ville pour y devenir employés ou ouvriers, se coupent de leur famille et remettent en question leurs modes de pensée habituels. Ils doivent réinventer un « credo » et un système de valeurs, qui ne sont pas forcément ceux qu’enseigne le clergé. D’autant qu’ils fusionnent avec le monde des banlieues, étranger et inhumain, qui ne connaît que rarement la culture de la foi.

La recherche du confort et du bien-être se développe

Pour ceux-là, pour ceux aussi qui sont restés à la ferme dans de meilleures conditions de vie, se développe une recherche du confort et du bien-être que l’évolution rend possible. Au niveau des aspirations mentales, la publicité, le conditionnement et la standardisation croissante imposés sans heurt par le nouveau marché français et international développent progressivement des tendances de masse qui tournent l’individu vers des horizons tout à la fois simples et tentateurs.

À cet égard les timides débuts du cinéma érotique invitent plus à deviner les merveilles du corps à demi dévoilé de Brigitte Bardot qu’à la vénération assidue des Vierges des sanctuaires… Enfin, les esprits, déjà perturbés, ont du mal à comprendre les bouleversements liturgiques imposés par la modernité de Vatican II. Pour beaucoup, l’Église n’est plus l’Église. Autrement dit, l’ouverture au monde, la diffusion du progrès ont provoqué le déclin du spirituel, rejetant celui-ci dans l’archaïsme et les souvenirs.

En Bretagne, de 1965 à 2000, une chute religieuse spectaculaire

En Bretagne, de 1965 à 2000, la chute religieuse est aussi spectaculaire que le bond en avant économique qui lui est quasiment concomitant. Les messes dominicales ne sont bientôt suivies, de façon plus ou moins régulière d’ailleurs, que par 20 % des baptisés, souvent moins dans les villes. Les femmes, qui étaient jusque-là les principaux agents de la transmission du modèle chrétien, semblent avoir renoncé à leur ancien rôle : la natalité régresse de plus en plus au point de devenir inférieure à la moyenne française ; les avortements sont aussi fréquents ici que dans le reste du pays.

Une forte participation des enfants à l’école catholique pourrait faire croire à une volonté lointaine de redressement pour les générations à venir. Mais c’est en fait rarement le cas : les enseignants sont souvent peu informés des dogmes et des rites, quand ils ne sont pas eux-mêmes agnostiques, incroyants, voire parfois secrètement anticléricaux. ou antireligieux. Les institutions privées sont alors surtout porteuses pour les parents d’un espoir de réussite sociale pour leur descendance, car elles sont réputées plus exigeantes et plus sérieuses que les établissements publics.

Les prêtres sont le reflet de la société religieuse

Quant aux prêtres, ils sont le reflet de la société religieuse : en voie d’extinction. Ils sont beaucoup moins nombreux aujourd’hui qu’il y a une trentaine d’années, sont âgés ou en retraite quand ils ont réussi à traverser leur vie sacerdotale sans défroquer. Derrière eux peu de vocations , devant la rareté des postulants on doit regrouper les grands séminaires.

Extrait de Philippe Tourault : « La résistance bretonne du XV° siècle à nos jours » p. 286