L’Economie bretonne au 15e siècle

Richesse en argent, richesse en hommes… « Bretagne est Pérou pour la France. »

L’agriculture, les exportations

Si l’agriculture est encore très archaïque et entièrement soumise aux fluctuations climatiques, le commerce international, maritime surtout, est florissant : on exporte des toiles de lin, de chanvre aussi pour les sacs d’emballage et les voiles de bateaux, du vin, le sel récolté dans le comté nantais, à Guérande et dans la baie de Bourgneuf, des cuirs, et, quand les récoltes sont excédentaires, des céréales.

Tous ces produits sont répandus dans l’Europe de l’Ouest. Vers le nord, en Angleterre, principal client de la péninsule, en Flandre, dans les Pays-Bas et jusque dans les ports de la Baltique.
Vers le sud, sur la côte atlantique, les navires bretons viennent chercher à La Rochelle et à Bordeaux des vins fins qui seront réexpédiés un peu partout ; ils font aussi escale au Pays basque, en Espagne et au Portugal…

Une population assez nombreuse

La terre et la mer font vivre une population assez nombreuse, bien qu’elle soit difficile à évaluer faute de recensements. Il semble qu’on puisse l’estimer à cette époque à 900.000 ou 1 million de personnes.
Ce qui est sûr, c’est que les habitants sont essentiellement des ruraux et des paysans, mais que le mouvement de prospérité profite à une soixantaine de « villes » industrielles et commerçantes.
Par « villes », il faut entendre des localités de dimensions modestes, à l’exception surtout de Nantes et de Rennes qui dépassent les 10.000 âmes. D’une façon générale, les ducs leur ont consenti de véritables structures municipales avec des conseils élus, peuplés de gens aisés et dirigés par un « procureur des bourgeois », même si les réunions sont théoriquement présidées par un capitaine nommé par le pouvoir central.

Richesse en argent, richesse en hommes…

On comprend mieux le dicton qui s’est répandu lors de l’annexion du pays par la France en 1532, même si la conjoncture s’était sensiblement modifiée depuis les débuts du règne de François II : « Bretagne est Pérou pour la France. »
Comme le pays est fort et prospère sur les plans politique et économique, François II veut qu’il le soit aussi dans le domaine intellectuel. Il réussit à obtenir du pape Pie II, le 4 avril 1460, une bulle créant une université à Nantes, dotée des mêmes droits et privilèges que les grands centres universitaires déjà existants. Cette fondation résulte de longues négociations avec Rome, ouvertes dès 1414 par le duc Jean V.
Elle est d’importance pour le duché, car celui-ci peut désormais garder son intelligentsia qui, jusque-là, allait étudier à Paris ou à Angers. Comme les élites ont à présent la possibilité d’acquérir leurs grades sur place, elles seront nécessairement mieux préparées à devenir les cadres administratifs ou religieux, patriotes zélés dont le prince a besoin.

Philippe Tourault : « La résistance bretonne du XV° siècle à nos jours » p. 22

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