La Bretagne entre 1532 et 1675 : la situation économique

Le secret de la réussite du paysan breton, c’est la diversification de ses activités et de sa production.

Il est essentiel de rendre compte rapidement de cette heureuse conjoncture, car elle explique en grande partie le loyalisme ordinaire des populations envers la France. Le secret de la réussite du paysan breton, c’est la diversification de ses activités et de sa production. Cultivateur, il récolte bien sûr comme ses semblables des céréales. Mais, sur les sols pauvres, il s’attache à faire pousser du sarrasin, autrement dit du blé noir, qu’il broie lui-même pour en faire des galettes dont il se nourrit abondamment, un peu comme les estivants d’aujourd’hui.

Mais il ne se limite pas à l’exploitation du sol : il élève des chevaux et surtout des bovins, dont des vaches qui lui fournissent en grande quantité lait et beurre.
Enfin, à la morte-saison surtout, il peut devenir tisserand, participer à l’industrie campagnarde du lin et du chanvre, ou encore récolter du sel dans les marais salants de Guérande ou de la baie de Bourgneuf, même si les quantités recueillies sont moindres au XVIIe siècle.

Évidemment, comme son pays est bordé de côtes, il peut, s’il est proche du littoral, s’adonner à la pêche en cas de nécessité. Ainsi ce paysan éleveur - artisan, accessoirement paludier ou pêcheur, peut-il échapper aux accidents climatiques nombreux en cette période un peu partout en France.
Si la récolte est mauvaise ou désastreuse, il compense aisément ses pertes par d’autres ressources qui suffisent à sa subsistance.

La bourgeoisie commerçante profite évidemment de ces heureuses dispositions. Les excédents de biens sont revendus avec profit sur les marchés du royaume, mais font aussi l’objet d’un trafic international par mer, au XVIe siècle surtout, car la concurrence anglaise et hollandaise se développe au 17° siècle. Bref, le dynamisme et la prospérité économiques sont si réels et si singuliers alors qu’on a pu parler de la Bretagne comme du « petit Pérou » de la France. L’« âge d’or » que traverse la péninsule aux deux premiers siècles de l’Ancien Régime est bien évidemment un ressort puissant de paix et d’entente entre le pays et le gouvernement.

Philippe Tourault : « La résistance bretonne du XV° siècle à nos jours » p. 120