Prendre un guide pour avancer dans la vie spirituelle

« Si tu n’as pas de guide, il faut te donner la peine de chercher. »

La nature humaine est bien fragile. Celui qui s’engage sur la voie de l’hésychasme peut aisément se leurrer, se laisser prendre dans les rets de l’illusion. Toutes les religions pratiquent un mode de transmission de leur message de maître à disciple.

Or, dans les conditions de la vie actuelle, il peut être bien difficile de trouver un maître authentique, un starets, un geron, capable de guider le novice sur la voie. Un moine, Nicéphore le Solitaire, apporte dans la Philocalie des éléments de réponse :

« II nous faut donc chercher un guide sûr afin d’apprendre de lui et de nous représenter, par la forme de son témoignage, les manques d’attention qui nous menacent […] et les excès où nous mène le malin. Un tel guide nous éclaire par l’expérience de ce qu’il a lui-même souffert dans ses épreuves […]. Si tu n’as pas de guide, il faut te donner la peine de chercher. Mais si tu ne trouves pas, invoquant Dieu d’un esprit brisé et dans les larmes, et le suppliant dans ta pauvreté, fais ce que je te dis. »

Nicéphore développe alors le fond de son enseignement sur la prière du cœur.

Pour trouver sa voie et y progresser, il est nécessaire de faire preuve de discernement. Dans la pensée de saint Paul, qui insiste particulièrement sur ce point, le discernement est un don de l’Esprit, un charisme, une « lumière de l’âme » qui permet de s’orienter dans un monde de ténèbres. Il a la capacité de vérifier l’authenticité de la démarche spirituelle, de l’approfondir, de la purifier, et de permettre à l’âme d’entrer dans l’amour infini de Dieu.

En hésychasme, la paternité spirituelle est essentiellement non-directive. Un jeune moine demande à un ancien de le prendre à son service et s’étonne de ne pas recevoir d’enseignement. A quoi l’ancien rétorque :
« Je ne dirai rien. Fais comme moi si tu veux. »

Michel Evdokimov : Ouvrir son cœur p. 99