Cardinal Martini : Qu’est-ce qu’un accompagnateur spirituel ?

La question que pose un accompagnateur spirituel sera toujours d’emblée celle-ci : Comment as-tu vécu la semaine dernière ? Suit alors une discussion sur les desseins et projets conçus au début de la semaine précédente et sur ce qu’il en est advenu au cours de la semaine, ainsi que sur la question de savoir ce que j’ai pu apprendre et observer en relation avec cela.
Ainsi se dessine de nouveaux projets pour l’intervalle de temps suivant. Il s’agit de petites choses de ma vie quotidienne, depuis la pratique de la prière, en passant par l’accomplissement de mon travail et de ma vie dans la famille ou dans la communauté, jusqu’aux points qui me gênent et sur lesquels je veux travailler. Aucun thème ne doit être exclu.

Cardinal Martini, le rêve de Jérusalem

Mes relations les plus profondes sont nées de cette forme d’accompagnement spirituel,
avec des prêtres plus âgés qui étaient mes directeurs de conscience, de même qu’avec ceux que j’ai moi-même pu accompagner. Ainsi sont nées des amitiés, chacun gratifiant l’autre de ce qu’il pouvait lui offrir.

Je suis convaincu que de telles relations offrent une grande chance à l’Eglise
pour gagner la confiance des jeunes et les former afin qu’ils deviennent de véritables apôtres de Jésus. […]

Rien n’est plus urgent pour l’Eglise que de disposer de tels maîtres ou accompagnateurs
qui sachent conduire d’autres personnes vers la relation avec Dieu. Elle a besoin d’hommes qui libèrent chez d’autres le courage ou la générosité pour qu’ils se mettent à la disposition de Dieu et du service des hommes. Cela exige pour commencer la découverte de ses propres talents. (Le rêve de Jérusalem, p. 133)

Cette pratique de l’accompagnement n’est-elle pas semblable à la « supervision », telle qu’elle s’est largement répandue désormais dans le monde des affaires et en psychologie ?

Cette diffusion de la supervision, c’est-à-dire de l’accompagnement compétent de processus relationnels, est réjouissante et d’une grande utilité pour beaucoup de gens.
Cela paraît peut-être présomptueux, mais reconnaissons que les maîtres spirituels – rabbins, pères du désert, directeurs de conscience et surtout nous autres jésuites – ont tout de même le droit de prétendre qu’ils ont inventé l’original, un original qui a été copié et diffusé à travers la supervision moderne.

« Un frère dit à un ancien :
« Je ne vois pas de lutte en mon cœur ».
L’ancien lui dit : « Tu es un carrefour
et quiconque le veut entre chez toi
sans que tu t’en aperçoives.
Si tu avais une porte, si tu la fermais
et ne permettais pas aux
mauvaises pensées de la franchir,
tu les verrais alors rester dehors et te combattre. »

Au fond, chaque être humain a besoin, dans des situations de décision ou dans le cas de sollicitations ou de défis particuliers, d’un accompagnement spirituel. Les accompagnateurs spirituels sont des amis au sens de l’Evangile, qui cheminent avec lui, lui posent des questions, le soutiennent, mais qui ne se placent jamais entre lui et Jésus, tout en encourageant ce dialogue.

Si l’Eglise veut servir davantage la jeunesse et se montrer plus attractive pour celle-ci qu’elle ne l’est à l’heure actuelle en Europe occidentale, elle devra en tout cas former de nombreux accompagnateurs spirituels et les utiliser. Si nous pouvons offrir ce service aux personnes, y compris par notre exemple et par nos exercices spirituels, cela ne restera pas sans effet. J’éprouve pour ma part la plus grande reconnaissance pour les hommes qui sont liés à moi par des exercices spirituels ou par l’accompagnement spirituel. (p. 134)

Carlo Maria Martini, Le rêve de Jérusalem, DDB 2009

Demander conseil à son accompagnateur spirituel

Tous nos malheurs proviennent de ce que nous ne demandons pas conseil aux anciens, qui ont été établis pour nous guider, et que, de leur côté, les pasteurs ne demandent pas au Seigneur comment ils doivent agir. (…) Il faut toujours se souvenir qu’un père spirituel accomplit son service dans le Saint-Esprit et c’est pourquoi il faut lui témoigner de la vénération. (…) Les prières d’un père spirituel ont une grande force. J’ai beaucoup souffert de la part des démons à cause de mon orgueil, mais le Seigneur m’a rendu humble et a eu pitié de moi grâce aux prières de mon père spirituel. (Saint Silouane l’Athonite - 1866-1938)