Pourquoi et comment prier ? ( 1 / 2 )

Qu’est-ce que la prière ? Pourquoi prier ? La prière de Jésus. Exposé donné au Cours Alpha à la paroisse St-Dominique (Paris XIV°)le jeudi 20/10/05.

Qu’est-ce que la prière ?

Donner une définition de la prière à mon avis ne sert pas à grand chose. C’est un peu comme la marche. Marchez d’abord, ensuite vous en donnerez la définition si vous pouvez !

La prière de demande :

La première forme de prière qui vient à l’esprit est la prière de demande. Quand un enfant vient de tomber et de se faire mal il se met à pleurer et appelle tout naturellement sa maman.
Voilà déjà une forme de prière. On dit que le soldat blessé et qui se sent mourir appelle parfois sa mère. Ce cri d’appel est aussi une forme de prière. On pourrait donner de multiples exemples de personnes qui se sont trouvées dans une très grande épreuve et qui ont appelé Dieu au secours.
Je pourrais donner des exemples personnels, beaucoup parmi vous aussi sans doute.

La prière de louange :

Il faut parcourir la Bible pour découvrir d’autres facettes de la prière et elles sont multiples. Prenons d’abord la prière de louange que Jésus a souvent exprimée :
« Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout petits. Oui, Père, c’est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance. »
(Luc 10:21)

Elle est admiration devant les beautés de la Création :
« Observez les lis : ils ne filent ni ne tissent, et je vous le dis : Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a jamais été vêtu comme l’un d’eux. »
( Luc 12:27)

Elle est admiration devant la foi de la Cananéenne ou du Centurion romain. Jésus était surpris et disait son admiration de rencontrer cette foi magnifique devant ces gens qui n’avaient pourtant pas grandi dans le peuple d’Israël et n’avaient pas été nourris de son héritage spirituel si riche.

Cette prière de louange je la connais aussi quand je me promène parfois dans le parc de Montsouris par une soirée de printemps particulièrement lumineuse en contemplant la végétation magnifique et aussi le bonheur que l’on devine chez les personnes qui courent dans les allées ou se promènent paisiblement avec leurs enfants.

Cette prière jaillit tout naturellement quand il m’arrive d’écouter des savants qui nous expliquent comment notre monde matériel a été formé à partir de ce moment initial qu’on appelle le Big-Bang.
C’était il y a quelque 15 milliards d’années disent-ils. Rien n’existait alors que du feu, de la lumière, de l’énergie à l’état pur. Puis le refroidissement a commencé, les particules élémentaires se sont mises à se combiner entre elles pour donner la matière, avec une organisation de plus en plus complexe.
Et voyez ce que cela a pu donner sur notre planète des milliards d’années plus tard.
Qui a présidé à toute cette mise en ordre et dans quel but ?
Mon âme se tourne vers le Père et je loue son infinie sagesse. Si bien que lorsque je vois tout ce qui va mal dans notre monde je ne peux accuser Dieu. J’ai un peu compris sa science infinie, son immense sagesse et son admirable bonté. Si je ne comprends pas je lui fais confiance.

Cette prière de louange a été encore plus intense certains jours d’enterrement. Je pense à des exemples bien précis. L’église était archi-pleine et tous ceux qui étaient là savaient que celui ou celle qui s’en allait avait vraiment passé sa vie en faisant le bien.

La prière d’action de grâce

La prière d’action de grâce est très présente dans la Bible. Sans cesse, au cours des pèlerinages et des cérémonies au Temple on chante des psaumes qui rappellent ce que Dieu a fait pour son peuple.
Revenir sur le passé est une manière de fortifier sa foi. Ce que le Seigneur a fait autrefois il peut encore le faire. Quand Jésus accomplit des guérisons il dit souvent à celui qu’il a guéri :
« Ta foi t’a sauvé, va en paix. »

Il ne cherche pas à garder cette personne sous sa dépendance. Il lui redonne sa liberté. Pourtant on s’aperçoit qu’il est très sensible à la reconnaissance. Il suffit de se rappeler la guérison des 10 lépreux. Il les guérit de leur maladie et leur dit d’aller se montrer aux prêtres. Ils ne sont sans doute pas guéris sur le coup. Ils s’éloignent tous et voilà que l’un d’eux revient pour remercier Jésus lorsqu’il s’aperçoit que sa lèpre a disparu. Et Jésus a cette parole :
« Tous les dix n’ont-ils pas été guéris ? Où sont les neuf autres ? »

J’aime bien cette prière de reconnaissance. Sans doute qu’il est assez naturel de revenir sur le passé pour les gens âgées. On connaît la vogue de la généalogie depuis quelques années ! Repasser certains épisodes de sa vie passée pour dire à Dieu sa reconnaissance pour certaines personnes qu’il a mises sur notre route, pour les évènements heureux qui ont marqué la trame de notre existence.
C’est avec du recul que l’on peut découvir les « pas de Dieu » dans notre vie pour reprendre les mots d’un cantique qu’on chante souvent. Je me souviens de ce séjour que je fis à l’hôpital de Clermont-Ferrand il y a un peu plus de 10 ans. L’un de mes compagnons d’hôpital me prit pour confident et je passais de longues heures à l’écouter raconter sa vie passée, ce dont il se souvenait avec bonheur et aussi ce qu’il regrettait. Il y avait dans ses paroles matière à faire de belles prières.

Ce que la prière n’est pas

Il faut dire aussi ce que la prière n’est pas. Quand on prie on se met dans les dispositions d’un enfant de Dieu qui implore sa bienveillance. Cela n’a rien à voir avec la magie qui cherche à acquérir des pouvoirs pour échapper aux limites de la condition humaine.

Dans la prière chrétienne on ne cherche pas à s’emparer de la puissance de Dieu, à prendre barre sur lui en quelque sorte. Le désir secret de chacun est de trouver la formule de prière dont l’efficacité est garantie.
Ce sentiment peut guider parfois ceux qui entreprennent certains pèlerinages pour forcer la main de Dieu pour ainsi dire. Vous savez qu’au Moyen Age on s’imposait parfois de longs déplacements pour aller prier sur la tombe de quelque saint et vénérer ses reliques.
Loin de moi l’idée de mépriser certaines formes de piété populaire. Je veux seulement dire que la prière authentiquement chrétienne devrait toujours se terminer comme celle de Jésus au Jardin des Oliviers la veille de sa mort :
« Père, éloigne de moi ce calice, mais que ta volonté soit faite et non la mienne ! »

Mais pourquoi prier ?

On n’a pas envie tous les jours de prier. On n’en sent pas le besoin. Souvent on n’a pas le temps, et pas assez de tranquilité pour cela. On ne peut pas s’isoler. Et surtout on ne sent rien. On ne voit pas à quoi ça sert.

Quand je disais à mes grands élèves adolescents que les moines de Sept-Fons qui n’habitaient pas loin de chez nous passaient 8 heures par jour à prier la réaction de certains était tout simplement qu’ils étaient « dérangés du cerveau » ! Ces jeunes ne comprenaient pas. En effet ce genre de vie n’est pas donné à tout le monde.

Donner à Dieu tout ce temps chaque jour n’est pas facile.

Il doit falloir beaucoup de foi et de courage à ces contemplatifs. Ils vont même jusqu’à se lever en pleine nuit pour se livrer à cet exercice. Ils suivent en cela une règle qui leur a été donnée par un homme de Dieu, leur fondateur qui savait ce qu’il faisait.
Cela pose question à nous hommes du 21e siècle habitués à courir après le temps. Cela nous montre toute l’importance de la prière.

Il faut donc considérer la prière comme un devoir.

On dit parfois que c’est la nourriture de l’âme. Il faut manger tous les jours, c’est une des conditions pour rester en bonne santé et conserver ses forces. De même notre éducation nous a fait intégrer un certain nombres d’autres obligations : se laver, faire de l’exercice, ne pas abuser de l’alcool ou de tabac, s’accorder suffisamment de sommeil. Tout cela on essaie de le faire même quand ça nous coûte plus que d’habitude.

Sur le plan intellectuel on accepte aussi d’autres nécessités : apprendre à lire, se cultiver, s’informer, éduquer son jugement, suivre une formation permanente dans son métier, etc.

La prière est l’un des moyens dont nous disposons pour préparer de la bonne terre qui fera fructifier le grain.

Sur le plan spirituel il y a aussi des obligations à accepter, celle de prier en est une. C’est une des nourritures de l’âme, ce n’est pas la seule.
J’ai dit plus haut que les moines qui suivent la Règle de St Benoît réservait 8 heures par jour à la prière. En fait ce temps réservé à Dieu ne se passe pas uniquement à chanter des psaumes mais aussi à nourrir sa foi par la lecture de la Bible et des études religieuses.
Dans une parabole Jésus parle de la semence qui ne donne pas de fruit parce qu’elle tombe sur le chemin, dans une terre peu profonde ou encore au milieu des épines. Pour que la terre produise il faut la travailler, labourer profond, enlever les pierres et les épines. La prière est l’un des moyens dont nous disposons pour préparer de la bonne terre qui fera fructifier le grain.

Jésus a montré l’exemple de la prière.

Dans les jours difficiles, quand je n’ai pas envie de prier, pour me donner du courage je me rappelle combien Jésus insiste sur la prière dans l’Evangile. Lui-même a montré l’exemple de la prière. Ses disciples le voyaient souvent prier et cela leur posait question. Il lui arrivait de partir seul de bon matin pour prier. On s’étonnait de son absence et on le cherchait. Il y avait tant de choses à faire : des malades à guérir, un enseignement à donner, etc. Les disciples ne comprenaient pas. On réagit nous aussi de cette façon. On entend dire parfois :
« Que font tous ces moines enfermés dans leur couvent alors qu’il y a tant de paroisses sans prêtres ! »

Jésus prie au début de chacune des grandes étapes de sa mission :

  • au moment de son baptême (Luc 3/21) et de sa tentation au désert (Mt 4/1-2)
  • avant de choisir ses douze apôtres (Luc 6/12-13)
  • au moment de sa transfiguration avant d’annoncer sa passion à ses disciples (Luc 9/28-29)
  • après la Cène, le dernier repas qu’il prend avec ses disciples, avant sa mort (Jean 17/1-26)
  • avant son arrestation au jardin de Gethsémani (Marc 14/35-39)
  • avant de mourir (Mt 27/46), (Luc 23/34), (Luc 23/46).

Jésus nous dit de prier avec confiance et persévérance.

Il fait appel à plusieurs de ses paraboles pour nous en persuader. Il cite en exemple cette veuve qui ne peut obtenir justice car le juge auquel elle s’adresse n’a
« ni crainte de Dieu ni respect des hommes ».

Elle ne se décourage pas et tant qu’il ne s’occupe pas de son affaire elle ne lui laisse pas la paix. Il finit par dire :
« Je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne pas sans fin me casser la tête. »
(Luc 18, 1-8).
Dans une autre parabole il raconte l’histoire de l’homme qui va réveiller l’un de ses amis pour qu’il lui prête du pain. Celui-ci résiste : c’est trop tard, les nattes sont étalées par terre, la porte est bloquée, c’est trop compliqué. Le quémandeur ne se décourage pas et il finit par avoir gain de cause. Cela fait penser au spectacle qu’on peut voir dans certains pèlerinages : des fidèles qui se traînent à genoux pour faire une sorte de chemin de croix. Cela met mal à l’aise de voir cela et pourtant on reconnaît là cette forme d’insistance dans la prière qui plaît à Dieu.

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