Pourquoi et comment prier ? ( 2 / 2 )

Les formes de prière sont nombreuses. On peut prier seul ou avec d’autres. Il faut se garder d’oublier que l’efficacité de la prière n’a rien à voir avec la quantité des formules qu’on récite.

Comment prier ?

Les formes de prière sont nombreuses. On peut prier seul ou avec d’autres. Jésus semble avoir une préférence pour cette dernière forme de prière :
« Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. »
Matthieu 18:20
Dans ce type de prière on doit mettre en premier lieu l’eucharistie, la messe.

Quand on prie à haute voix on parle de prière vocale par opposition à la prière silencieuce qu’on appelle aussi oraison. Quelle est la meilleure ? Il faut des deux sans doute. Jésus conseille, par exemple, de prier dans la discrétion :
« Pour toi, quand tu veux prier, entre dans ta chambre la plus retirée, verrouille ta porte et adresse ta prière à ton Père qui est là dans le secret. Et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. »
Matthieu 6:6

Par ailleurs on constate que les moines accordent une très grande place à la prière vocale. En effet ils ne se contentent pas de lire les psaumes chacun de son côté mais ils les chantent ensemble. S’exprimer à haute voix dans les moments de grande tension apporte un soulagement, l’expérience le montre. Les groupes de prière du renouveau charismatique ont bien compris cela. Ils prient à haute voix, ils chantent, ils prient avec tout leur corps en faisant des gestes.

Y a-t-il donc des techniques pour bien prier ?

Certaines méthodes peuvent aider effectivement. Il existe des sessions pour apprendre à prier. On trouve même des « Ecoles de prière ». Celle de Troussure avec le Père Caffarel a eu son moment de célébrité. Plusieurs de mes confrères l’ont suivie et s’en sont bien trouvé.

La mystique chrétienne n’a rien à voir avec la technique

Terminons sur ce point par un texte du Père Jean-Marie Verlinde qui est venu à Notre Dame pour les Conférences de Carême il y a quelques années. C’est un converti qui a une vaste expérience. Il est passé par l’occultisme et a vécu aux Indes auprès d’un grand maître de l’hindouisme.
« Assurément le Chrétien a besoin de temps déterminés de retraite dans la solitude pour se recueillir et retrouver près de Dieu son chemin. Mais à cause de son caractère de créature, et de créature qui sait n’avoir de sécurité que dans la grâce, sa manière de s’approcher de Dieu ne se fonde sur aucune technique au sens strict du mot. Cela contredirait l’esprit d’enfance requis par l’Evangile. La mystique chrétienne n’a rien à voir avec la technique : elle est toujours un don de Dieu, dont le bénéficiaire se sent indigne. »

« Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens »

Il faut se garder d’oublier que l’efficacité de la prière n’a rien à voir avec la quantité des formules qu’on récite. Ce n’est pas parce qu’on aura récité trois chapelets qu’on sera plus sûrement exaucé qu’avec un seul. Jésus lui-même a mis en garde ses disciples sur ce point :.
« Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens ; ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer. »
Matthieu 6:7

Faire une large part à la prière silencieuse

Beaucoup de chrétiens font une large place à la prière silencieuse. C’est une prière qui a besoin de calme. C’est celle que j’aime bien pratiquer en me promenant le soir quand la journée est finie. C’est un peu une prière-révision de vie. Quand le calme s’est établi je sens remonter le souvenir des évènements du jour écoulé. Je revois en esprit des personnes.
J’adresse alors à Dieu des remerciements, des louanges pour tout ce que j’ai vécu de bon et des demandes aussi pour ces gens avec qui j’ai été en contact. Cette prière est faite d’écoute intérieure également.
Est-ce Dieu qui me parle ? Difficile à dire, je sais seulement que certaines idées qui se présentent sont bonnes et parfois très inattendues.

Dieu ne se manifeste donc jamais de manière sensible ?

C’est effectivement très rare sauf peut-être au début de notre chemin spirituel. C’est une manière pour lui de nous attirer vers lui dans les commencements. St Paul parle aux nouveaux chrétiens en leur disant qu’au début ils sont nourris du « lait des consolations » mais ce lait est bientôt remplacé par de la nourriture plus solide. .
« C’est du lait que je vous ai fait boire, non de la nourriture solide : vous ne l’auriez pas supportée. Mais vous ne la supporteriez pas davantage aujourd’hui, »
1 Corinthiens 3:2

C’est normal. Autrement on finirait par tomber dans l’illuminisme. Ce n’est pas Dieu qui nous intéresserait mais seulement les douceurs qu’il nous fait éprouver. Il ne cherche pas à nous détourner du monde mais au contraire il nous pousse à ouvrir nos yeux sur nos frères. La tentation a toujours existé semble-t-il c’est pourquoi on peut lire dans l’épître de st Jean.
« Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu, qu’il ne voit pas. »
(1 Jean 4:20)

Des traversées du désert dans la vie spirituelle.

Il faut donc s’attendre à des moments de sécheresse quand on avance dans la vie spirituelle. On parle aussi de traversées du désert. Tous les grands saints en ont connu. De grands mystiques comme Ste Thérèse d’Avila, ou saint Jean de la Croix ont su les décrire. Ce sont des temps de purification indispensables semble-t-il pour s’approcher plus près de Dieu.

« Seigneur apprends-nous à prier. »

Les apôtres les premiers ont demandé à Jésus comment prier. Vous savez sans doute que c’est à cette occasion qu’il leur a enseigné le « Notre Père ». De nos jours encore on pose cette même question à des personnes que l’on sent plus près de Dieu que les autres. Voici la réponse que le Père de Maillard, ancien aumônier de prison a donné pour la revue « Panorama »

La prière du Père de Maillard

« Je me laisse nourrir par quelques phrases de l’Evangile du jour. Puis je laisse monter les visages de celles et ceux que je vais ou que j’ai rencontrés dans la journée. C’est avec tous ces visages que j’ai une chance d’accéder un peu à Son visage à Lui, sans avoir peur du silence du désert…

La prière n’est pas de l’ordre du ressenti, de l’émotion. Si, lorsque nous prions, si nous étions continuellement submergés par nos émotions, nous ne serions plus libres. Nous serions conduits, manipulés par notre affectivité. L’émotion peut avoir sa place dans notre prière, mais pas trop… le grand secret de la prière, c’est la fidélité

Lorsque Zachée souhaite voir le Christ, il grimpe dans un arbre. Un arbre, c’est d’abord des racines qui vont puiser dans la terre, c’est ensuite un tronc qui se tient dans le vent, les bourrasques, les épreuves, les douleurs ; c’est enfin le feuillage tendu vers le soleil, disponible à la lumière et à la pluie. Il faut tenir les trois dans la prière pour porter du fruit. L’image qui me parle le plus de la prière, c’est celle de l’arbre.

La prière doit être gratuité. Nous ne venons pas devant Dieu pour quémander quoi que ce soit mais pour être là, simplement là en sa présence. Nous avons voulu faire du catholicisme quelque chose d’efficace alors qu’il est davantage de l’ordre de la fécondité : se laisser habiter par une semence qui, petit à petit, peut porter son fruit.

La fidélité à la prière favorise la lente maturation spirituelle, elle permet à la sérénité de s’installer peu à peu en nous, en relativisant tout ce qui n’est pas essentiel. Nous vivons dans un monde où le bruit, le stress, la course perpétuelle nous distraient de l’essentiel. il faut se donner des moyens concrets.

J’en propose trois : prendre chaque jour le temps de s’arrêter, dix minutes, un quart d’heure. Etre là, gratuitement, se tenir dans son corps, dans sa respiration, invoquer le nom de Jésus, faire silence, souffler… Deuxièmement, se mettre chaque jour à l’écoute de la Parole, laisser l’Evangile nous parler, nous habiter. Troisièmement, se faire attentif aux visages que nous rencontrons. Laisser venir à nous le visage de l’autre, non pas son personnage social, mais ce qu’il est en profondeur, avec son itinéraire fait, comme nous, de haut et de bas, de faiblesse et de richesse d’amour. Non pas seulement avec l’autre, mais pour lui.

Dieu répond-il toujours aux prières ?

J’apporte enfin le dernier point de cet exposé : Dieu répond-il toujours aux prières ?
Si je répondais oui, carrément et sans nuances vous répondriez que c’est vraiment un bon truc, la solution à tous vos problèmes, une manière de capter la puissance de Dieu pour la mettre à son service. Evidemment ce n’est pas le cas.

Et cependant Jésus nous l’assure. Quand nous prions nous sommes toujours exaucés. « Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez ce que vous voudrez, et cela vous arrivera. » Jean 15:7
Les saints disent la même chose et pas seulement eux. Je n’ose pas me mettre dans cette catégorie. Pourtant avec le recul je suis obligé de reconnaître que ça été le cas pour moi aussi mais ça dépendait de ce que j’ai demandé et la réponse n’a pratiquement jamais été immédiate sauf dans quelques cas précis.
Et ce que j’ai obtenu n’a pas toujours été ce que je demandais. Du reste ce qui m’a été accordé correspondait mieux à ce qu’il me fallait réellement. Je pense à certaines circonstances que je n’oublierai jamais où m’a été donné ce dont j’avais réellement besoin avant même que je l’ai demandé. C’était bien l’illustration parfaite de ce qu’on lit dans l’Evangile :
« Votre Père sait ce dont vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. »
(Matthieu 6:8)

Quand on traite avec Dieu on ne traite pas avec un commerçant. Si on vient de recevoir une grande grâce, une guérison par exemple, on se demande alors qu’est-ce que Dieu va bien me demander en retour. La réponse est franchement : « rien ». Il sera heureux de tout ce qu’on fera pour lui, de bon cœur, et quand on sera prêt pour cela mais il n’exigera rien.
Cette image de Dieu qu’on acquière avec le temps et l’expérience n’a plus rien à voir avec celle qu’on a parfois enseignée aux gens de ma génération : « un Dieu juge, sourcilleux et toujours prêt à vous prendre en faute. »

La prière de Charles de Foucaud

La conclusion logique sera donc de vous proposer cette magnifique prière d’abandon que faisait le Père de Foucaud. Peut-être vous direz-vous qu’il est risqué de s’abandonner ainsi totalement à Dieu. C’est effectivement ce que j’ai pu éprouver dans le passé mais ce n’est plus le cas :

« Mon Père,
Je m’abandonne à Vous,
Faites de moi ce qu’il Vous plaira.
Quoique Vous fassiez de moi,
Je Vous remercie, je suis prêt à tout ;
J’accepte tout
Pourvu que Votre volonté se fasse en moi
Et en toutes vos créatures.
Je ne désire rien d’autre, mon Dieu ;
Je remets mon âme entre Vos mains,
Je Vous la donne, mon Dieu,
Parce que je Vous aime,
Et que ce m’est un besoin d’amour de me donner,
De me remettre entre Vos mains,
Sans mesure,
Avec une infinie confiance,
Car vous êtes mon Père. »


La prière de Père Christian Delorme :

« Ma prière de tous les jours, c’est la lecture et la méditation de l’Evangile. C’est mon héritage pradosien. L’une des originalités du Père Chevrier, en son temps, a été ce corps à corps avec l’Evangile, non pour faire de l’exégèse, mais pour connaître Jésus-Christ. J’ai la passion de Jésus-Christ. C’est un visage que je ne me lasse jamais de regarder. Je le regarde, et je me laisse regarder. Mais j’entre aussi en prière au cœur même des évènements et des rencontres. Le plus souvent, les mots qui me viennent alors sont ceux de la prière du cœur :
« Seigneur Jésus-Christ, prends pitié de moi pécheur. » »

Journal La Croix, 13 janvier 2007


Recueil de prière :

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  • Prière de Saint-François d’Assise
  • Prière de saint Ignace de Loyola
  • Prière du père de Grandmaison
  • Prière de Paul Claudel
  • Prière de Mère TERESA Prière de Mère TERESA
  • La prière scoute

fr Bernard Méha