Les questions auxquelles la Science ne peut répondre

Que faisons-nous, là, au milieu de cet univers de milliards de milliards de galaxies, perdus dans l’immensité ? D’où venons-nous ? L’univers a-t-il un sens ?

" Les croyants, fidèles, qui pratiquent l’observance d’un rite, ont toujours été une minorité comme le remarque le dalaï-lama dans ses entretiens avec Jean-Claude Carrière :
« Sur les cinq milliards d’hommes sur la planète, un milliard se réclamant de telle ou telle religion me paraissent sincères. »

Je crois même que cette estimation est optimiste.

Dans le même temps, si l’on faisait l’inventaire de ceux qui croient qu’au-dessus de la nature, de nos actes quotidiens, de nos brèves vies terrestres, il existe « quelque chose », une transcendance, une logique universelle, il dépasserait largement ce chiffre. Mon expérience m’apprend que même dans le milieu scientifique, les véritables athées ne sont pas majoritaires. Les croyants en une religion définie non plus. Les agnostiques sont probablement les plus nombreux.

Les religions ont créé le principe divin, mais la croyance en ce « Etre suprême » dépasse largement la sphère des religions. Il est donc important d’examiner le concept de dieu, dépouillé, intrinsèque, à la lueur des enseignements de la science.

Son domaine, sa sphère d’action sont par essence totalement distincts du religieux. En effet, elle n’offre pas, et n’offrira jamais, l’immortalité, la résurrection ou la réincarnation comme perspective. En ce qui concerne la vie, elle se contente de la prolonger grâce aux progrès de la médecine. Mais en même temps, la science, qu’on dit omniprésente dans nos sociétés modernes, peut jouer un rôle dans cette « quête du sens » que toutes ces sociétés réclament.

Ce rôle, elle peut le jouer par la diffusion du savoir, donc par le combat contre les peurs nées de l’ignorance. Elle le joue quand elle nous dit qu’il n’existe pas de race humaine pure et donc que le racisme est sans objet, lorsqu’elle nous apprend à ne pas dissimuler les faits, à les interpréter, à les discuter avec rigueur. Elle joue son rôle lorsqu’elle nous fait rêver en nous racontant le big-bang, l’origine de la Terre ou la manière dont l’ADN code le programme génétique.

Elle sort par contre de son rôle lorsqu’elle fait croire qu’elle peut avoir, ou aura, une réponse à la grande question : que faisons-nous là au milieu de cet univers de milliards de milliards de galaxies avec notre cerveau, nos cent milliards de neurones perdus dans l’immensité de l’univers ? D’où venons-nous ? l’univers a-t-il un sens ? La science n’a pas et n’aura jamais de réponse à ces questions, et elle doit le dire. Sans honte.

(Claude Allègre, Dieu face à la Science, p 273)