La science peut-elle démontrer ou infirmer l’existence de Dieu ?

Par principe, la science exclut Dieu de son champ de raisonnement. Croire ou non en Dieu est et reste un choix individuel qui doit être respectable et respecté.

La science, cette science conquérante qui affaiblit les religions, peut-elle démontrer ou infirmer l’existence de Dieu ?

Après avoir dit et répété que Dieu était une création humaine par religions interposées, nous allons examiner la question de l’existence de Dieu, débarrassé de la description particulière, de l’image anthropomorphique ou non que lui donnent les diverses religions.

Démontrer l’existence de Dieu, divers scientifiques s’y sont essayés : Descartes, Pascal, Buckland, le célèbre mathématicien Cauchy, qui publia même des théorèmes sur le sujet, pour ne citer que ces quelques noms parmi beaucoup d’autres. Ils n’ont convaincu personne. D’autres scientifiques, rationalistes ou matérialistes de tout poil, se sont engagés avec frénésie et pugnacité dans l’entreprise inverse. S’ils ont mis à mal les lectures littérales et les dogmes religieux, ils n’ont pas davantage atteint l’objectif essentiel de leurs attaques.

La science ne peut ni infirmer,
ni confirmer l’existence de Dieu.

Et cela pour les raisons qui suivent :

Par principe, la science exclut Dieu de son champ de raisonnement. Laplace avait raison lorsqu’il déclara à Napoléon : « Je n’ai pas besoin de cette hypothèse. »

Comme nous l’avons dit, la science exclut l’intervention de Dieu de son champ d’approche, par méthode et non par conviction. Pour la science, je veux dire pour la méthode scientifique, l’intervention de Dieu ne peut être que « résiduelle », ce ne peut être « que ce qu’on n’explique pas ». Mais comme la science avance constamment, ce que l’on n’a pas compris est toujours provisoire. La règle d’airain de la science est là, inflexible. Sa méthode est et doit être le raisonnement, la démonstration, l’expérience, l’observation. Et rien d’autre.

Le but de la science est de construire une représentation du monde « objective ». donc « vérifiable ». indépendamment de toute intervention divine.

Excluant Dieu de son champ, elle exclut du même coup la démonstration de son existence ou de son inexistence.

La seconde raison, c’est que la Science ne donnera jamais de réponse aux deux questions fondamentales :
" L’univers a-t-il un sens ?
Qu’y avait-il avant la naissance de l’univers ?

Ce qu’on pourrait traduire en langage plus abstrait par : la science ne dira jamais ce que signifient zéro et l’infini dans les coordonnées de temps et d’espace.

La raison en est contenue dans le théorème de Gödel. Dans son jargon, la question de savoir si l’univers a un sens est « indécidable » à partir de l’étude de l’univers lui-même. Il faudrait une étude externe pour en décider. De même que si nous sommes « totalement » enfermés dans un système donné, nous ne pouvons savoir ce qu’il y a à l’extérieur du système. on ne peut voir avant 12 milliards d’années dans l’univers puisque les plus lointaines galaxies sont éloignées de nous de 12 milliards d’années de lumière. Nous ne pouvons donc pas savoir ce qu’il y avait avant le big-bang.

Croire, ou ne pas croire. Telle est la question.

C’est, comme le dit François Jacob, une question « de goût », de choix individuel. Croire ou non en Dieu est et reste un choix individuel qui doit être respectable et respecté. C’est un fondement essentiel de la liberté.

(Claude Allègre, Dieu face à la Science, p 301)