« J’ai fait HEC et je m’en excuse »

Une ancienne élève du H.E.C. s’interroge. Nous subissons une crise économique terrible et qui dure : quelle est la part de responsabilité des élites formées dans cette école de commerce au renom prestigieux ? de Florence Noiville (Stock 2009)

Une ancienne élève du H.E.C. s’interroge. Nous subissons une crise économique terrible et qui dure : quelle est la part de responsabilité des élites formées dans cette école de commerce au renom prestigieux ? de Florence Noiville (Stock 2009)

« Ce qui me frappe aussi, en pleine crise économique, c’est que personne autour de moi ne semble se sentir personnellement responsable.

Couverture de l'ouvrage

Barack Obama est capable de dire : ‘I screwed up’ (‘Je me suis planté’), mais pas les financiers. Ni les commerciaux. On parle de crise systémique, ce qui, tout en renvoyant à une réalité, a pour effet d’exonérer individuellement les acteurs de cette catastrophe. Nul n’a l’impression d’être responsable, moins encore coupable. Du moins en public, nul ne se demande quelle est sa part – notre part, si je m’inclus dans cette communauté -, même minime, dans ces dysfonctionnements. »
«  J’ai fait HEC et je m’en excuse » p. 61

Ce qu’on apprend à faire à HEC et dans les écoles de commerce

« Pour maximiser ou préserver les profits, la recette que l’on enseigne dans les écoles de management est d’un simplicité biblique : augmenter les revenus et/ou diminuer les coûts. Le problème, c’est que l’on n’apprend jamais jusqu’où on peut pousser cette logique simple. L’éthique ou la morale des affaires a peu de place dans les programmes. Pas étonnant si, tout au long de ces vingt-cinq années et en l’absence de barrières psychologiques, certaines situations ont pu tourner à la catastrophe ou au scandale pur et simple. »
« J’ai fait HEC et je m’en excuse » p. 37

« Quand je repense à cette sophistication ahurissante de l’ingénierie financière – on a parlé de « la finance pour la finance » comme on dit l’art pour l’art - , je me demande comment une telle somme d’intelligences individuelles a pu être mise au service de constructions suffisamment opaques ou illisibles pour que leur contrôle échappe à tous, et d’abord à leurs inventeurs. Tous avaient d’ailleurs intérêt à ce que le système se maintienne : les patrons de banques, leurs salariés, les investisseurs, les agences de notation, les acteurs politiques aussi. »
« J’ai fait HEC et je m’en excuse » p. 28

Le gain toujours, et après nous, le déluge…

« Une fois de plus, je repense à nos cours d’économie à HEC. […] Nous avait-on vraiment sensibilisés à ces enjeux – à l’interconnexion de tout, au pillage et au gaspillage, à la nécessité d’un meilleur usage du monde ? Aujourd’hui, il existe un mastère de développement durable. Mais à l’époque, il me semble jamais on ne nous a invités à réfléchir au coût environnemental de la croissance. Ni à la responsabilité de l’entreprise en matière de protection, de valorisation, d’attention portée à la nature. C’était il y a vingt-cinq ans, certes, mais le Club de Rome avait, depuis dix ans déjà, sonné l’alarme… Le gain toujours, et après nous, le déluge… »
« J’ai fait HEC et je m’en excuse » p. 47

De futurs dirigeants à qui l’on a plus appris à briller dans l’instant qu’à construire sur le long terme

« Plus grave, ils considèrent généralement qu’HEC et l’ensemble des grandes écoles de management propulsent à des postes importants des cadres ayant perdu le sens des réalités, gonflés du sentiment de leur propre importance, et peu sensibilisés aux ‘conséquences humaines des actes de management’. Bref, de futurs dirigeants à qui l’on a, comme le dit Juliette, ‘plus appris à briller dans l’instant qu’à construire sur le long terme’. »
« J’ai fait HEC et je m’en excuse » p. 53

« Comme si mon amie avait lu dans mes pensées, elle ajouta : “Tu vois, à HEC j’ai davantage appris à briller dans l’instant qu’à construire sur le long terme. Je n’ai rien appris sur la valeur du temps, la durabilité, la ténacité, les qualités humaines qu’il faut développer pour devenir un bon manager, efficace et vertueux.” »
« J’ai fait HEC et je m’en excuse » p. 32

« Longtemps, j’ai pensé qu’il était absurde de passer toute une vie à se battre, à quelque niveau que ce soit, pour qu’un produit A grignote des parts de marché sur son concurrent B. J’avais sûrement tort. Pourtant, n’était-ce pas, là encore, un formidable gâchis de cerveaux ? HEC ne fonctionnait-il pas comme un énorme ‘aspirateur de talents’ se nourrissant des meilleurs pour recracher au bout du compte – et sous l’étiquette d’élite économique et financière – des dirigeants âpres au gain, relativement inutiles à la société et, pour beaucoup, privés d’états d’âmes ? »
« J’ai fait HEC et je m’en excuse » p. 49

Des riches, toujours plus riches, aux Etats-Unis mais aussi en France

« L’article [ du Financial Times ] expliquait qu’en vingt-cinq ans justement, l’écart moyen de rémunérations entre un PDG et un salarié aux Etats-Unis s’était accru des proportions astronomiques : de 1 à 40 en 1980, il était passé de 1 à 411 en 2005. Avec pour conséquence spectaculaire de voir les 300.000 Américains tout en haut de l’échelle gagner autant que les 150 millions d’Américains se trouvant en bas. J’ai retrouvé ces chiffres dans Le Monde. Pour la France, l’économiste Camille Landais avait calculé ceci : entre 1998 et 2006, “ pendant que le revenu moyen des 90% des Français les plus pauvres stagnait quasiment, celui des 10% les plus riches augmentait de 8,7% et, surtout, celui des 0,01% les plus fortunés s’envolait de 42,6%.” »
« J’ai fait HEC et je m’en excuse » p. 41

Les fruits amers de cette politique à courte vue
"Science sans conscience n’est que ruine de l’âme"

« Inutile de s’étendre sur l’état de dégradation actuel de la planète. Si nos ancêtres revenaient pour un état des lieux, ils trouveraient la “maison” saccagée, le jardin dévasté, l’air irrespirable, l’intérieur pillé, l’espace envahi par les déchets, le patrimoine artistique pas toujours en bon état … Bref, une pitoyable gestion de l’héritage. »
«  J’ai fait HEC et je m’en excuse  » p. 43

« D’un côté on sait qu’il est urgent de prendre soin de la Terre, de stopper la surexploitation des ressources, de consommer moins. De l’autre, les économistes, les hommes politiques, n’ont qu’un mot à la bouche : la croissance. Comme si c’était le seul chemin possible. Tous les jours, ils nous expliquent qu’il est vital, là, tout de suite, maintenant ; d’acheter des voitures, des ordinateurs, des téléphones portables, par ce que c’est ça qui va relancer la croissance. Bref, d’un côté on nous dit ‘économisez !’ et de l’autre, ‘gaspillez !’. N’est-ce pas à devenir fou ? »
« J’ai fait HEC et je m’en excuse » p. 44

Hommage à ceux qui prennent leurs distances avec les folies du libéralisme

« A l’issue du dîner, Yunus [Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix] avait aussi réussi à faire vaciller une autre idée reçue. Celle qui veut que l’appât du gain existe depuis que le monde est monde et qu’il faut bien s’y résoudre. Peut-être, m’avait expliqué en substance le prix Nobel, mais “cette pulsion n’est pas plus grande que l’envie du bien. Celle-là aussi nous est constitutive, sinon comment expliquer que nombre d’entre nous soient attirés par des organisations à but non lucratif, des ONG, des associations caritatives et même des congrégations religieuses ?” »
« J’ai fait HEC et je m’en excuse » p. 82