Effets dévastateurs du mode de vie occidental sur le rapport au religieux.

L’argent, la facilité matérielle, l’importance du besoin de gagner et de réussir ont fini par plonger de nombreux jeunes adultes dans le désarroi.

On ne s’est pas aperçu qu’un mouvement de société avait emporté les générations qui ont vécu le phénomène de la croissance accélérée des « trente glorieuses ». L’argent, la facilité matérielle, l’importance du besoin de gagner et de réussir ont fini par plonger de nombreux jeunes adultes dans le désarroi. Ils ont découvert, en effet, que la plénitude de vie n’était pas au rendez-vous de cette évolution.

Henri Madelin « Sous le soleil de Dieu »

Mais surtout, on n’a pas perçu tout de suite que les enfants élevés dans ce climat se mettaient à prendre leurs distances par rapport à la foi, le mode de vie occidental ayant eu des effets dévastateurs sur le rapport au religieux. Doubler ou tripler le niveau de vie en une génération, surtout accaparée par les soucis du monde, a fini par créer une sorte de vide religieux.

II n’est donc pas étonnant qu’aujourd’hui les groupes les plus divers essayent de combler ce vide. (…)

L’augmentation du niveau de vie n’a pas seulement affadi la religion, mais aussi la relation.

Nous avons une société, mais peu de communautés : l’exaspération de la réussite individuelle provoque des désastres affectifs. On croit pouvoir se passer d’autrui, mais, dans une société froide et compétitive, on a besoin d’échanges et de liens affectifs. Les groupes sectaires l’ont bien compris, et offrent lors de leurs premiers contacts avec les gens un accueil très convivial et chaleureux.

Pourquoi l’Église catholique n’a-t-elle pas su répondre à cette attente ?

La spiritualité paraissait réservée aux religieux et religieuses. On n’en parlait guère dans les séminaires et les églises. Peut-être aussi dans l’Église de France vivait-on la foi de manière trop cérébrale et « aristocratique » sans tenir assez compte de la religiosité populaire.
Le cardinal Daniélou, pourtant un grand intellectuel, percevait ce risque quand il disait que le christianisme n’était pas une religion réservée à une petite élite privilégiée économiquement et culturellement.

Je crois aussi que l’on n’a pas su trouver le langage chrétien compréhensible pour les hommes d’aujourd’hui, et beaucoup ont donc souffert de carences graves dans leur formation religieuse. Je pense à la première vague de militants d’Action catholique qui sont devenus des gens compétents et reconnus dans la société moderne. Certains ont rompu avec l’Église parce qu’on n’a pas su les aider à trouver des réponses chrétiennes aux interrogations contemporaines. D’autres ont sombré dans un militantisme ou un activisme exacerbés.

Plusieurs facteurs ont donc joué : le malaise engendré par le progrès économique accéléré, l’absence de repères chrétiens et, sans doute, le caractère trop clérical d’une Église manquant de chaleur humaine ont poussé les gens à s’adresser à des groupes plus accueillants au premier abord.

Henri Madelin, Sous le soleil de Dieu, p. 102 …