Les 4 phases dans l’exclusion

La première phase est la phase d’agression. S’instaure alors un cercle vicieux où la récrimination entraîne le rejet qui à son tour alimente l’agressivité.

Elle comporte quatre phases, dont les deux premières sont réversibles si l’on peut dire, pour peu que l’on trouve une aide et une écoute.

La première phase est la phase d’agression. Les gens se révoltent, se débattent, exigent leurs droits à grands cris, réclament avec violence des soins, une formation, des aides publiques. En général, la véhémence même de cette revendication la condamne à l’échec. S’instaure alors un cercle vicieux où la récrimination entraîne le rejet qui à son tour alimente l’agressivité.

Au stade suivant, le doute s’insinue : et si le responsable de mes ennuis, c’était moi et moi seul ? La dépréciation de soi s’installe, c’est la phase de dépression, dangereuse, suicidaire, qui voit proliférer les actes manqués : on rate le métro, on se tord la cheville, on manque la classe ou le travail. On se vit comme un looser, on voit sa vie comme un fiasco permanent, on est paralysé par la peur de l’échec. C’est là que commence, si l’on n’y prend garde, la dérive dans la drogue ou l’alcool. Les détenus que je soignais à la prison de Fleury relevaient la plupart du temps de ces deux stades où on est encore dans la pulsion de vie, même si elle s’exprime dans le langage de la violence et de l’autoviolence. (p. 68)

Comment on devient SDF : la phase d’abandon, l’alcool.

Dans cette descente aux enfers, après la phase de fixation, il y en a une quatrième et dernière, la phase d’abandon : la personne n’a plus de ressort. Il faut aller à sa recherche pour la secourir. L’alcool fait beaucoup dans le passage entre ces deux dernières phases. C’est une drogue qui permet de supporter la lente dégradation, la glissade de plus en plus irréversible vers la dépossession. Il a trois vertus puissantes : c’est un antalgique, un tranquillisant et, surtout, il dissout la réalité. Mais, ce faisant, il accentue la perte des repères temporels, biographiques, spatiaux, il affaiblit la personnalité et sa capacité de réagir. L’addiction qu’il entraîne démultiplie l’effet destructeur. Sans parler des pathologies organiques qu’il déclenche, métaboliques, digestives, cardiovasculaires, neurologiques, respiratoires. (p. 70)