Histoire de la psychiatrie, le travail des pionniers en France au XIX°s.

Au début du 19e siècle des savants ont jeté les fondements de l’univers conceptuel qui est encore le nôtre. Des médecins ont compris que la folie était une maladie du système nerveux.

Comment a-t-on pu en arriver là ? La France est pourtant le pays où s’est écrite en lettres d’or l’histoire de la psychiatrie. Au début du XIXe, siècle, à cette période à tous égards révolutionnaire de l’histoire des sciences, où des savants ont jeté les fondements de l’univers conceptuel qui est encore le nôtre aujourd’hui, des médecins ont compris que la folie était une maladie du système nerveux qui altérait les facultés mentales exactement comme d’autres maladies touchaient le système cardiovasculaire ou l’appareil digestif.

C’était l’époque prodigieuse du prépositivisme. Dans le domaine de la physiologie avec Claude Bernard, de la cardiologie avec Bichat, ou celui de la pneumologie avec Laennec, on faisait des descriptions magistrales de pathologies, on dressait des tableaux cliniques, on dégageait des syndromes, on établissait des rapports de causalité, on bâtissait des diagnostics. Bien sûr, on ne disposait pas encore de traitements efficaces. Mais cet effort a fait l’universalité de la médecine française. On venait de tout l’univers pour voir officier les médecins au lit du malade. (…)

Le destin des malades mentaux jusque-là

Jusque-là, le destin des malades mentaux était atroce. Sous Louis XIV, puis sous la Régence, le grand enfermement avait été décrété pour tous les déviants qui s’étaient agglutinés dans la ville. La cour des Miracles avait été détruite. Les vieux, les malades, les bandits, les fous, les mendiants, les convalescents, les putains et autres désadaptés qui la peuplaient avaient été enfermés en vrac dans des lieux appelés « hôpitaux généraux », qui servaient à la fois de prison et d’hospice. La Pitié, Charenton ou la Salpêtrière étaient des lieux de relégation où s’entassaient tous les indésirables dans une promiscuité effroyable.

À partir de 1789, des bonnes âmes avaient commencé à trier cette population de parias. Petit à petit, on a distingué les vieux des jeunes, les malades des non-malades, les convalescents des grabataires. On a fait des catégories. Le sanitaire a été dissocié du philanthropique, le policier du psychiatrique. I’hôpital a ainsi émergé comme établissement de soins. Les hospices ont pris en charge les orphelins, les vieillards, les incurables. Les prisons ont été réservées aux délinquants. ( p 169 )