La « modernité » se caractérise par une foi, parfois naïve, au progrès technique

L’idée de progrès est née dans le monde chrétien - Pour les sagesses orientales l’âge d’or, lorsqu’il existe, est situé dans le passé.

Ce que l’on appelle par commodité la « modernité » se caractérise par une vision foncièrement optimiste de l’histoire humaine. Histoire souvent tragique, mais néanmoins tendue vers un avenir forcément meilleur.

Au cours des derniers siècles, cette croyance a pris la forme d’une foi parfois naïve au progrès technique. Plus récemment encore, elle s’est cristallisée dans l’idée d’une croissance économique exponentielle et indéfinie. C’est sous cette forme qu’elle s’est véritablement mondialisée et qu’elle s’impose désormais comme un horizon de sens universellement partagé.

Notre croyance au progrès est d’abord une leçon que nous croyons pouvoir tirer du passé. Malgré d’innombrables drames, les choses paraissent évoluer plutôt dans le bon sens. Nous vivons dans de bien meilleures conditions matérielles que nos pères, c’est certain, même si nous avons depuis quelque temps des raisons de douter des bienfaits de l’accumulation des biens matériels.

L’idée de progrès est née dans le monde chrétien et ce n’est pas un hasard. Nous sommes tellement habitués à vivre dans une société qui valorise le changement que nous avons du mal à concevoir ce que cette attitude a d’exceptionnel et de peu naturel.

L’instinct vital pousse davantage à la conservation et à la répétition de ce qui a fait ses preuves qu’à l’innovation permanente. La logique fondamentale du vivant est de reproduire ce qui a permis de vivre, et l’homme n’y échappe pas.

Toutes les civilisations, certes, ont connu des innovations, mais la civilisation issue du judéo-christianisme est la seule qui ait fait du changement permanent une valeur cardinale. Rien n’est plus étrange à l’esprit des sagesses orientales, qui pensent le bien comme équilibre, harmonie, symbiose avec un ordre immuable du monde.
L’âge d’or, lorsqu’il existe, est situé dans le passé. A lire les écrits des sages orientaux, on cherche en vain la trace d’une promesse concernant l’avenir. L’art fournit une illustration spectaculaire de ce contraste : l’idée moderne d’un art en rupture voulue avec les modes d’expression hérités est typiquement occidentale.

(Bernard Perret : La logique de l’espérance p. 192-193)

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