MEMOIRES ( 9) Le départ pour Saint-Genis-Laval près de Lyon

Meha A 16 ans et demi ma résolution de devenir Frère n’avait pas changé. Mais ce départ pour Lyon représentait malgré tout un pas difficile à faire. Combien étions-nous ? Une douzaine, je pense. Pendant un an, nous allions vivre sans beaucoup de contacts avec l’extérieur, sous la conduite du F. Maître et de ses deux confrères.

A la Chapelle St-Marcellin avant le départ pour le Postulat
A la Chapelle St-Marcellin avant le départ pour le Postulat

Vint le temps d’entrer au Postulat à St-Genis-Laval (Rhône) à la fin des vacances de l’été de 1950. J’avais terminé ma classe de 3e à Varennes et passé avec succès le BEPC (Brevet des Collèges). A 16 ans et demi ma résolution de devenir Frère n’avait pas changé. Mais ce départ pour Lyon représentait malgré tout un pas difficile à faire.

Partant de Redon par le train pour rejoindre Varennes je m’arrêtai à Nantes chez Berthe Décorse, ma marraine. Elle dut sentir que je n’étais pas très enthousiaste. Elle fit part de ses sentiments à mes parents et un peu plus tard je reçus une lettre de maman. Elle me disait que je pouvais revenir à la maison si j’avais changé d’idée. J’en fus très touché. Mes parents feignaient d’avoir oublié que je leur avais forcé la main pour partir à Langon quelque cinq ans plus tôt. En quittant la maison à ce tout jeune âge je m’étais dit qu’il n’y avait pas de retour possible. Je n’avais pas encore douze ans et, cependant, j’avais l’intime conviction que j’irais coûte que coûte au bout de cette aventure. C’est comme si j’avais passé une sorte de contrat avec cet hôte intérieur qui m’avait habité et séduit pendant que je gardais mon petit troupeau en solitaire. Mais la lettre que maman m’envoya me fit du bien. Avec le recul je peux dire qu’elle est tout à l’honneur de mes parents.

Nous devions être en septembre 1950 quand je quittai Varennes pour rejoindre St-Genis-Laval. Notre groupe fut accueilli par le F. Jean Portal à la gare de Perrache à Lyon. Ce fut mon premier voyage en trolley-bus jusqu’à St-Genis-Laval. Il y en aurait beaucoup d’autres par la suite ! Nos plaisanteries pendant ce voyage dissimulaient à peine nos inquiétudes. Le coup fut rude en arrivant dans cette grande maison où je devais rester quatre ans.

Je me souviens du premier repas au réfectoire. Pour cette première rencontre je me disais qu’on pourrait sans doute parler pendant le repas du soir. Il n’en fut rien. Il est vrai que dans ce réfectoire nous n’étions pas seuls. Il y avait les novices, une quinzaine de jeunes gens inconnus pour nous. Ils portaient la soutane et semblaient d’un sérieux imperturbable en écoutant la lecture que faisait l’un d’entre eux. Ils nous observaient et nous les observions ! Je suppose qu’on leur avait recommandé de nous « édifier », c’est-à-dire de nous « donner le bon exemple » comme on disait alors. Désormais nous n’étions plus des juvénistes mais des postulants.

La maison de St-Genis vue de l'est
La maison de St-Genis vue de l’est

Combien étions-nous ? Une douzaine, je pense. Pendant un an, jusqu’à la prise d’habit le 8 septembre 1951, nous allions vivre sans beaucoup de contacts avec l’extérieur, sous la conduite du F. Maître, Louis Constant (Ubéral) et de ses deux confrères, le F. Sous-maître ainsi que F. Jean Portal qui nous avait accueillis à la gare de Perrache. Nous retrouvions les novices au réfectoire, pendant les prières (on disait « exercices de piété ») et les temps de détente (récréations, promenades dans la campagne).

La grande maison que certains confrères appelaient d’une manière irrévérencieuse la « Grande Carrée » est admirablement située dans un enclos connu comme « le Montet ». Cette propriété de plus de dix hectares s’étend à l’est du plateau de Saint-Genis-Laval qui s’incline doucement vers la vallée où coule le Rhône. Au loin on aperçoit les immeubles de la banlieue sud de Lyon. Certains matins « bénis » on voit briller à l’horizon les cimes enneigées des Alpes. Cette immense demeure construite au XIXe siècle forme effectivement un quadrilatère, un « grand carré », fermé au sud par un ancien château encore habité dans les années cinquante. Comme dans les monastères les pièces du rez-de-chaussée donnent sur une large galerie ouverte vers la cour intérieure. Les jours de pluie, on pouvait prendre l’air en se promenant sous ces cloîtres.

Maison de StGenis vue générale
Maison de StGenis vue générale

Ce grand bâtiment de deux étages aux plafonds très hauts n’abritait pas moins de cinq communautés de Frères. Les postulants et novices occupaient l’aile de l’est, les scolastiques celle de l’ouest. Au centre on trouvait la communauté des Frères chargés du « temporel ». L’infirmerie pour les Frères âgés ou malades se trouvait au deuxième étage du côté du scolasticat. L’administration générale de la congrégation était installée au premier étage du côté du noviciat. Cela faisait beaucoup de monde et certainement beaucoup de travail pour l’économat et la cuisine chacun de ces groupes disposant de son propre réfectoire. En repensant à ce lointain passé je ne puis m’empêcher d’éprouver une certaine admiration. Il devait inévitablement y avoir quelques « frottements » entre tous ces hommes jeunes ou âgés, pourtant les postulants que nous étions ne sentaient rien.

Nous avions notre réfectoire, notre salle de classe et la grande salle de réunion où l’on retrouvait les novices pour les prières et certaines conférences. J’allais passer deux ans dans ce lieu sans revenir à la maison, à peu près coupé du monde. C’est ainsi que l’on concevait la formation à cette époque.

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