MEMOIRES ( 8) Au juvénat de Varennes-sur-Allier

Meha Mes deux années de juvénat à Varennes-sur-Allier. Deux années très laborieuses - Une éducation stricte mais dans une bonne ambiance - Un bon professeur de maths et un excellent professeur d’anglais - Temps de prière, initiation à l’oraison - courtes vacances de famille mais charme des colonies de vacances (Le Mayet-de-Montagne, La Clayette, St-Pourçain-sur-Sioule)

Trois anées avaient passé. Nous étions en 1948 quand je partis pour Varennes-sur-Allier. Les petits Bretons que nous étions devaient entreprendre un long voyage de nuit par le train avant d’être pris en charge à Saint-Germain-des-Fossés près de Varennes.

Mais pourquoi Varennes-sur-Allier ?

Au chapitre général de 1946 il avait été décidé de rattacher le petit secteur de Bretagne à celui de la Province de « Varennes-Orient » beaucoup plus important. Un juvénat existait déjà dans la grande maison provinciale de Varennes-sur-Allier (Allier). Ces premières années d’après guerre les "recruteurs" s’activaient beaucoup et de nombreux jeunes entraient dans les juvénats. Certains supérieurs chez les Frères avaient pris conscience qu’il faudrait améliorer la formation des nouvelles recrues.

Varennes : la maison des Frères vue de l'allée centrale
Varennes : la maison des Frères vue de l’allée centrale

Le « Grand Juvénat » de Varennes-sur-Allier

Dans ce but on installa un « Grand Juvénat » à Varennes-sur-Allier. Des jeunes venant de la région lyonnaise, de Franche-Comté, d’Alsace et de Bretagne rejoignirent ceux de la région Centre. Une équipe de professeurs avec un représentant de la grande Province de St-Genis-Laval(Rhône) fut constituée.

Les petits Bretons, arrivaient dans un collège comportant les 4 niveaux du premier cycle. Certains jeunes venant de Grèce et du Liban avaient aussi rejoint ceux de France. Décidément il fallait élargir ses horizons !

Cette grande maison abritait aussi deux autres communautés de Frères. Les Frères âgés occupaient le deuxième étage, celui de l’infirmerie. On avait peu de contacts avec eux. On voyait davantage ceux de la communauté du premier étage, qui se chargeaient des multiples services de la maison et de la propriété. Pas de personnel laïc à cette époque. Les Frères se chargeaient de tout. L’argent était rare. Avant la loi scolaire du 31 décembre 1959 les Frères de France vivaient chichement. Ceux qui « tenaient » les écoles n’avaient qu’une bien maigre rémunération. Malgré cela ils devaient s’arranger pour soutenir les Frères des maisons de retraite et les jeunes en formation.

Des fleurs et des haricots, un jardin bien tenu
Des fleurs et des haricots, un jardin bien tenu

Une belle propriété, bien exploitée

Les Frères s’évertuaient de tirer profit de la propriété au milieu de laquelle est bâtie cette grande maison. On les voyait constamment occupés dans le grand jardin devant la maison. D’autres s’affairaient sur le coteau derrière la grande bâtisse. C’est là qu’on trouvait de nombreux arbres fruitiers, un grand poulailler et même une vigne.

Pour découvrir l’histoire de la Maison de Varennes, voir l’article écrit pour le fr Jean Portal

Deux années très laborieuses

Non sans hésitations on me mit en classe de 4e, section moderne. On pensait sans doute, que je n’avais été que médiocrement préparé à Langon pour de vraies études secondaires. J’avais déjà près de 15 ans, on ne pouvait pas me mettre en classe de 6e. C’est dans cette classe que j’aurais pu commencer à étudier le latin. Quand, plus tard, je m’orientai résolument vers des études de lettres classiques il fallut beaucoup de travail pour rattraper le temps perdu.

Juvenistes et professeurs : 1 F. François Morel, 2 F. Marcel Chambouvet, 3 F. Roberto Gugliemetti
Juvenistes et professeurs : 1 F. François Morel, 2 F. Marcel Chambouvet, 3 F. Roberto Gugliemetti

Les études de niveau collège étaient organisées de manière satisfaisante. J’ai conservé une grande estime pour certains de nos professeurs. F. Marcel Chambouvet, un homme très méthodique, savait nous faire aimer les mathématiques. Il est vrai que mes premiers pas en algèbre furent difficiles et, pendant longtemps, cette discipline me parut rébarbative. Mais quand je quittai Varennes à la fin de la 3e je me croyais bon en maths, en géométrie tout au moins. Je déchantai par la suite.

Un excellent professeur d’anglais

J’appréciais beaucoup F. Stanislas (François Morel), notre directeur et professeur d’anglais. Je me rends compte, avec le recul, que ses méthodes d’enseignement étaient originales et en avance sur son temps. Il ne se limitait pas à donner du vocabulaire à étudier et à faire traduire des textes difficiles. Il nous entraînait à l’expression orale. Je me souviens en particulier qu’il nous demandait de raconter des historiettes en anglais.

Varennes : la maison vue du sud
Varennes : la maison vue du sud

Au temps de Noël, en classe de 3e, on fit la découverte de Charles Dickens et de ses "Christmas Carols" avec l’inoubliable Scrooge présentés dans de petits livrets adaptés à notre niveau.
Ce professeur savait aussi nous amuser en racontant des histoires en anglais avec des mimiques inoubliables. D’un tempérament optimiste il savait communiquer sa bonne humeur. En accueillant un nouveau venu il disait d’ordinaire : "Salut et Joie !", salutation originale qui servit parfois à le désigner et lui valut quelques railleries de ses confrères !

C’est grâce à lui, sans doute, que je me suis passionné pour cette langue. Je l’ai beaucoup travaillée, plus tard, toujours avec plaisir, surtout quand je commençai à l’enseigner à Crozon dans les années 60. D’autres initiatives de ce bon pédagogue méritent d’être soulignées. Plusieurs de ses anciens élèves lui doivent sans doute comme moi d’avoir pris le goût à la lecture. En effet on nous imposait de consacrer une heure entière à la lecture des nombreux livres d’une bibliothèque bien fournie. Cette contrainte peut sembler douce si on oublie qu’il fallait prendre ce temps aux dépens des devoirs à rédiger ou des leçons à apprendre. Plus tard je m’en souvins quand on me confia les cours de français pour les élèves de 4e et 3e à Saint-Pourçain.

Une éducation stricte mais dans une bonne ambiance

Il y avait bien aussi quelques éléments faibles dans l’équipe de nos professeurs. Je pense en particulier à celui qu’on appelait F. Marie-Lucien (M. Zimmer), notre professeur de français en 4e et en 3e, un original, lui aussi, mais il manquait d’autorité comme on dit dans le jargon des enseignants et on ne se privait pas de le chahuter.

Les juvénistes en promenade au Pont de Chazeuil
Les juvénistes en promenade au Pont de Chazeuil

Dans cette maison l’encadrement était assez strict par moments : silence à table à peu près tout le temps du repas. On écoutait une lecture faite par l’un des jeunes. Pour délier les langues à la fin du repas le Directeur lançait le "benedicamus Domino" tant attendu ! Silence au dortoir évidemment.
Ces contraintes ne me paraissaient pas vraiment pesantes. Il faut dire que les temps de récréation apportaient beaucoup de soulagement. Nos surveillants organisaient des jeux très variés. On en n’était pas encore au temps où le football s’imposerait comme jeu unique. Le F. Roberto (Roberto Gugliemetti), le surveillant aimait beaucoup ce sport et il nous emmenait souvent sur le terrain de sport de la ville qui, à l’époque, se trouvait sur le plateau à quelque distance derrière la grande maison des Frères. Certains juvénistes se montraient doués pour le football. En général les camarades qui se distinguaient dans les activités physiques en tiraient un réel prestige aux yeux des autres. Personnellement j’étais plutôt du genre lourdaud et malhabile en ce domaine. Mon application en classe et les quelques réussites que j’obtenais de temps à autre permettaient de compenser un peu.

Temps de prière, initiation à l’oraison

La formation intellectuelle n’était pas la seule préoccupation de nos éducateurs. Le F. Stanislas, nous initiait aussi à la prière personnelle.

Dans le Hall de la maison - je suis à droite au 1er rang
Dans le Hall de la maison - je suis à droite au 1er rang

Les temps de recueillement, suivis d’une sorte de "méditation" appelé aussi oraison le matin m’ont laissé un bon souvenir. On suivait également les exercices religieux des Frères de la communauté : messe, visite au Saint Sacrement, chemin de croix le vendredi. Cela n’était pas particulièrement attirant ou nourrissant spirituellement mais c’était ainsi qu’on l’entendait dans les maisons de formation à cette époque d’avant Vatican II.

Pendant les deux années passées à Varennes je ne revins à la maison que pendant l’été. Les courtes vacances de Noël et Pâques se passaient au juvénat. On avait certainement un « règlement » adapté avec des activités de loisir mais je ne m’en souviens pas. On nous conduisit un jour à l’abbaye de Sept-Fons, à une cinquantaine de kilomètres de Varennes, cette grande abbaye cistercienne que j’ai beaucoup fréquentée quand j’étais à Saint-Pourçain-sur-Sioule. On nous conduisit aussi un jour au congrès eucharistique qui se tint à Clermont-Ferrand ces années-là.

Les vacances d’été

Même les grandes vacances passées chez nos parents étaient courtes, guère plus de 15 jours ce me semble. On revenait ensuite au juvénat pour participer à l’une de ces colonies de vacances, très à la mode à l’époque. Celles de la Clayette (Saône-et-Loire), et du Mayet-de-Montagne (Allier) m’ont laissé un excellent souvenir. Ces deux petites villes sont situées dans des lieux magnifiques ! Promenades, jeux, ateliers de bricolage, on ne voyait pas le temps passer !

L’année scolaire 49/50 se termine. Nous sommes conduits à Moulins pour l’examen du BEPC ( Brevet des Collèges). Je suis content de réussir cette épreuve mais il faudra aller plus loin, beaucoup plus loin ! Je vais devoir quitter Varennes, faire un saut vers un inconnu ! A la rentrée prochaine on me propose d’entrer au Postulat à St-Genis-Laval. Mais que veut dire ce mot Postulat ? St-Genis-Laval, près de Lyon, encore plus loin de ma Bretagne ! J’emporte avec moi une certaine inquiétude en partant pour les vacances en famille. Mes parents l’ont-ils devinée ?

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