MEMOIRES (32) Mon année St-Priest

Une année difficile - Je ne voyais pas très bien pourquoi j’avais été nommé dans cette nouvelle communauté - Il me fallut puiser beaucoup dans mes ressources spirituelles pour me faire à cette nouvelle vie.

Un accueil qui manquait de chaleur

La Cité de Bel Air à St-Priest (Rhône)

Notre court séjour à la Maison Générale à Rome se terminait. Le bus qui nous avait conduit à Rome nous en ramena. Je demandais au chauffeur de faire un crochet pour me déposer sur une aire de repos près de la ville de St-Priest, dans la banlieue lyonnaise assez loin de mon nouveau domicile. Il accepta, non sans mauvaise grâce, avant de poursuivre sa route vers N.D. de l’Hermitage avec le reste de ses passagers.
Les confrères de ma nouvelle communauté avaient été avertis de mon arrivée, pourtant je dus me passer totalement de « comité d’accueil ». Personne ne m’attendait quand je descendis du bus. Je me réfugiais dans le restaurant près de ce parking. Je comptais voir arriver une voiture d’un moment à l’autre. L’attente se prolongeait et je devais commencer à m’inquiéter. Un client du restaurant remarqua cette « âme en peine » qui attendait près de sa valise. Il me demanda où je devais me rendre. Il partait lui-même dans cette direction. Il me conduisit gentiment jusqu’au pied de l’immeuble où se trouvait notre appartement.
Quand j’arrivais à la porte d’entrée de l’appartement, au premier étage je sonnai en vain. Il fallait se rendre à l’évidence, il n’y avait personne. Le choc était rude. En fouillant dans mes affaires je retrouvai le jeu de clés qui m’avait été remis lors de ma visite l’été précédent. Il ne me restait plus qu’à attendre à l’intérieur le retour de mes futurs confrères. A leur arrivée j’eus droit à des excuses mais chacun se renvoyait la responsabilité de cet oubli !
Une chambre vide ou presque quand j’avais apporté mes affaires quelques mois plus tôt … et maintenant, ce genre de réception… étais-je vraiment le bienvenu dans cette communauté où mon supérieur m’avait nommé en « m’arrachant » à St-Pourçain que je quittais avec tant de regret ?

Le projet mariste de St-Priest

En vacances avec les Sr Maristes

Nous étions à l’époque où les différentes branches des Maristes tentaient de se rapprocher. Pendant longtemps les Pères et les Frères, s’ils se connaissaient, se fréquentaient peu. Les supérieurs des Pères, Sœurs et Frères se rencontraient désormais plus souvent. Des initiatives germaient pour resserrer les liens entre ces congrégations aux origines communes. Pourquoi ne pas tenter une expérience commune dans une de ces cités nouvelles qui naissaient aux abords des grandes villes ? On entendait parler de ces religieuses qui avaient choisi d’habiter des banlieues. Elles y faisaient beaucoup de bien à ce qu’on disait. Les Maristes ne devaient-ils pas faire un effort de leur côté ? On choisit donc la cité de Bel Air située à quelque distance du centre de Saint-Priest, une ville du sud-est de la banlieue lyonnaise. Cette cité de Bel Air est formée essentiellement de logements HLM construits pendant les « Trente Glorieuses », dans les années 1970 et 1980.

Ce fut pour moi une année difficile

Je ne voyais pas très bien pourquoi j’avais été nommé dans cette nouvelle communauté. Je pense que le F. Provincial de l’Hermitage se devait de trouver un volontaire pour cette mission. Il n’avait pas une tâche facile ! Comme je l’ai dit précédemment, je représentais les Frères Maristes dans l’association « Maristes Laïcs ». Ce fut sans doute l’une des raisons qui lui fit penser à moi. Il devait se dire également que j’étais depuis bien longtemps à St-Pourçain. Je courais le risque de faire pousser de trop longues racines, de trop bien « m’installer » en somme. Sur ce point je lui donnais raison. Mais étais-je bien l’homme qu’il fallait ? Ce que j’avais vécu dans le passé ne m’avait guère préparé à participer à des initiatives audacieuses !

Vacances à Aubenas

Je ne voyais pas bien en quoi consistait la mission assignée à cette implantation nouvelle par les supérieurs des quatre branches des Maristes. Assurer une présence au milieu de ces HLM ? Oui, mais, comment établir des liens avec les habitants de cette « cité dortoir » ? Certes, ses architectes avaient imaginé des constructions de hauteur modeste - quelques tours seulement. Pour des promeneurs ou des visiteurs ce quartier de Saint-Priest faisait bonne impression. Dans cet espace assez vaste la verdure et les espaces propres aux loisirs ne manquaient pas.

Comment s’intégrer ?

Pouvait-on compter sur des institutions existantes, une école catholique, un relais paroissial, de nombreux commerces pour faire des connaissances ? Nullement ! L’église et les locaux paroissiaux étaient situés assez loin, ce qui limitait les contacts surtout pour un nouvel arrivant. Les confrères de ma communauté qui habitaient cette cité depuis quelques années déjà n’étaient guère mieux intégrés me semblait-il. Bien évidemment on pouvait s’appuyer sur la communauté des Pères et celles des sœurs. Des rencontres régulières étaient organisées entre ces différentes communautés. Je ne me souviens plus bien ce qu’on y faisait. Cependant je compris assez vite que les contacts avec les Pères et les sœurs ne seraient pas des plus faciles ! J’avais déjà assez de mal à me faire avec certains membres de ma propre communauté.

Confronté à mes propres limites

J’avais été habitué à vivre à la campagne dans une vaste maison. Désormais il faudrait me contenter d’une petite chambre sans même un lavabo. Décidément cet appartement me paraissait bien petit. Je revis ces pénibles soirées d’hiver dans notre salle de séjour avec une télévision envahissante.

Michel et Agnès à St Priest

Depuis plusieurs années j’avais développé une sorte d’allergie au journal télévisé, devenu un rendez-vous incontournable pour certains confrères ! Le comble c’était les jours de matches. Je n’avais jamais pu partager les enthousiasmes des « aficionados  ». A quoi bon se réfugier dans sa chambre ? Le bruit vous y poursuivait ! Il m’arrivait d’essayer de « fuir » en sortant pour une promenade du soir. Mais je ne suis pas des plus courageux et ne me sentais guère en sécurité à ces heures tardives dans cette cité à peu près déserte ! Dès le début je fus habité par la crainte dans ce nouvel environnement. Qui habitait dans ces grands immeubles et ces quelques tours ? On voyait bien des personnes sortir de chez elles mais c’était, le plus souvent, pour prendre leur voiture et s’en aller. Il fallait aussi compter avec mes préjugés. J’arrivais de la campagne et ce qu’on disait sur ces banlieues habitées en grande partie par des immigrés n’était guère rassurant.

Des efforts d’adaptation

Bon gré mal gré il fallait s’adapter. Je ne ménageai pas mes efforts. Je disposais de beaucoup de temps et je passais de longues heures devant cet ordinateur que j’avais apporté de St-Pourçain, mais aussi pour faire de la lecture. Il me fallut puiser beaucoup dans mes ressources spirituelles pour me faire à cette nouvelle vie. Sans doute n’étais-je guère heureux et cela devait se voir. En effet je reçus la visite de mon frère Michel avec Agnès ma belle sœur. Ils se rendirent compte de mon état d’esprit et me le dirent par la suite.

Reste à savoir comment mes confrères et les membres des autres communautés vivaient cette expérience de leur côté. Nos supérieurs devaient en sentir les limites également. On appris bientôt que la situation allait évoluer. Pour l’année suivante les Pères Maristes devaient se retirer pour s’implanter ailleurs. Ne resterait que le Père Beaubion, aujourd’hui décédé, qui assurait des services à la paroisse. Quand j’appris que ce Père ferait communauté avec les Frères, l’année suivante, je le pris très mal. Mon Frère Provincial s’était déjà rendu compte de mes difficultés et lorsqu’il me proposa un changement de communauté ce fut pour moi un grand soulagement.