MEMOIRES (31) De St-Pourçain à St-Priest

Arrivé à St-Pourçain depuis près 20 ans je m’attendais à être muté. Je redoutais cette perspective me demandant où je serais envoyé - En visite à St-Priest pour reconnaître les lieux - Le recyclage à Rome.

En l’an 2000 j’avais achevé le mandat de supérieur à la communauté de St-Pourçain. Arrivé dans cette maison depuis à peu près 20 ans je m’attendais à être muté. Je redoutais cette perspective me demandant où je serais envoyé.

C'était à Rome en l' an 2000
C’était à Rome en l’ an 2000

Un soir du mois de juin, je reçus un appel téléphonique du F. Provincial, F. Maurice G. qui me mit dans l’embarras. Il me proposait de rejoindre la communauté de St-Priest après un temps de recyclage à Rome. J’étais bien loin de m’attendre à une telle nomination. J’allais devoir habiter dans une cité dans la banlieue lyonnaise. Moi qui avais toujours vécu à la campagne dans une maison particulière, avec beaucoup de place, comment pourrais-je m’adapter à la vie dans un petit appartement. Et ce n’était-là qu’une partie des mauvaises surprises qui m’attendaient !

"Saurai-je dire oui, comme toi, Marie…"

Pouvais-je dire non ? Je n’avais pas de raisons sérieuses pour refuser de tenter cette difficile expérience. Du reste je me trouvais dans un état d’esprit qui me poussait à faire confiance à Dieu. En effet je venais de vivre une petite expérience qui me parut une sorte de clin d’œil de Dieu. Pour me préparer à affronter l’épreuve qui m’attendait il me témoignait sa tendresse.
Cela mérite d’être raconté. C’était l’époque des premiers appareils photo numériques. Ils étaient très chers et les clichés étaient médiocres, au début tout au moins. J’étais tenté pourtant. C’est que je prenais beaucoup de photos pour l’école, la paroisse, la revue « Présence Mariste ». Avec un appareil numérique, je me voyais déjà prendre des photos à volonté sans me préoccuper de la dépense. Quelques jours avant cet appel téléphonique embarrassant je tombai sur une publicité pour ce type d’appareils. Le prix était abordable. Comme je me rendais chez le technicien informatique d’Avernes dont j’ai parlé précédemment j’en profitais pour lui présenter cette publicité. D’après lui c’était un bon appareil. Le supermarché qui le vendait en avait fait un « produit d’appel ». C’est pour cela qu’il n’était pas cher. Mais il fallait se dépêcher, il ne devait pas y avoir beaucoup d’appareils en vente. De retour à la maison je me hâtais de téléphoner au magasin. Effectivement il ne leur restait plus qu’un seul appareil et ils acceptèrent de me le réserver. Quelques jours plus tard je compris que cette affaire où le hasard avait joué un grand rôle était fait pour atténuer le grand choc qui m’attendait. Et je remerciai le Seigneur de sa délicatesse.

Le groupe des Frères en recyclage
Le groupe des Frères en recyclage

Il me restait encore du temps pour me préparer à ce changement

La communauté qui m’attendait était installée dans la banlieue lyonnaise dans la cité HLM de « Bel Air » assez loin du centre de St-Priest. Pour s’y rendre on prenait une voiture le plus souvent.
Les Pères maristes, les sœurs maristes et les sœurs SMSM avaient aussi loué un appartement dans la même cité, le même immeuble ou un immeuble voisin. Les quatre communautés devaient avoir des activités communes.
Je profitai des mois d’été pour faire une visite de reconnaissance à la communauté qui m’attendait. L’accueil ne fut pas des plus chaleureux. On me montra la chambre, celle laissée par le F. Jean-Pierre Lachaize parti s’installer ailleurs dans la ville. Il avait emporté tout le mobilier de cette chambre en ne laissant qu’un grand placard. Cette découverte me laissa une mauvaise impression. Autre surprise : des trois Frères qui restaient depuis le départ de Jean-Pierre, deux étaient en mauvaise santé, Jean Dupré et Marcel Soutrenon. Plusieurs fois par semaine un taxi venait de très bonne heure chercher Jean Dupré et le conduisait à l’hôpital pour faire une dialyse. L’après-midi, quand on le ramenait, il était très fatigué. Chez le pauvre Marcel alternaient les phases d’excitation et de dépression.

Recyclage : en pélerinage à Assise
Recyclage : en pélerinage à Assise

J’allais partager l’appartement avec Jean et Marcel. F. Lucien B. logeait dans l’appartement supplémentaire destiné aux activités communes des quatre communautés maristes. Autre déconvenue la communauté des Frères n’avaient pas de supérieur, excellent moyen de se dégager de toute responsabilité en cas de difficultés ! En fait c’était la personnalité la plus affirmée, celle de Jean Dupré, aujourd’hui décédé, qui s’imposait.

Deux mois de recyclage

Ce temps de formation se passa en partie à N.D. de l’Hermitage et surtout à Rome dans notre Maison Générale. Ce temps de répit m’a laissé un excellent souvenir. Cela me fournit l’occasion de rencontrer des personnes dont le contact vous enrichisse. C’étaient des confrères de ma génération pour le plupart. Nous avions beaucoup de temps libre en dehors des exercices communautaires.

Notre session commença par un séjour à l’Hermitage (St-Chamond). On fit connaissance puis on découvrit ou redécouvrit tous les lieux maristes : Lavalla, Marlhes, St-Genis-Laval, Fourvière, la Neylière mais aussi le Puy-en-Velay. Bien sûr nous avions des temps de prière et des conférences. Le F. André L. vint nous parler de l’Histoire mariste. Un médecin nous donna d’excellents conseils pour aborder notre 3e et peut-être 4e âge. Pourtant ce n’était pas le bonheur parfait. J’avais emporté avec moi une grande inquiétude. Qu’allais-je devenir à St-Priest ?

Messes et célébrations au cours de notre recyclage à Rome
Messes et célébrations au cours de notre recyclage à Rome

Je me revois encore dans cette petite chambre de notre Maison Générale dans le quartier EUR à Rome. De ma fenêtre et surtout de la terrasse de cette grande bâtisse j’apercevais la ville immense. Je me réservais beaucoup de temps pour lire. Les après-midi en prenant le métro on pouvait visiter cette grande capitale au passé si riche. J’en profitai largement. Tout ce que j’avais appris de l’histoire romaine remontait à la mémoire en parcourant ces ruines impressionnantes. J’usais et abusais de mon nouvel appareil photo numérique pour emporter le maximum de souvenirs. Et puis il y eut ces jours d’excursion. Un bus était mis à notre disposition pour toute la journée. Que de découvertes intéressantes : Assise, Notre Dame de Lorette, Monte Cassino, etc.

C’était en l’an 2000 avec le grand jubilé de cette année-là. Plusieurs fois je fis partie de ces nombreux pèlerins qui se massaient sur le place St-Pierre pour voir le pape Jean-Paul II passant au milieu de l’immense foule dans sa « papa mobile » en distribuant des bénédictions. J’eus tout le temps de visiter en détail tous les célèbres monuments de la ville sainte.