MEMOIRES (3)- Et si je parlais de ma famille ?

Famille Gree Bleheu Mon père Eugène Méha était l’un des fils de François MEHAT, un métayer qui eut 9 enfants de sa femme Mathurine Macé. Deux enfants sont morts en bas âge. Trois fils pour reprendre cette métairie c’était trop ! C’est ainsi qu’Eugène devint ouvrier. Puis il y eut la crise de 1929 dont les effets se firent bientôt sentir jusqu’à Bains-sur-Oust.

Quand on me demande dans quelque administration où je suis né je réponds à Bains-sur-Oust (Ille-et-Vilaine). J’imagine que le fonctionnaire se demande qu’est-ce-que c’est que ce coin perdu de la campagne bretonne. Si je répondais Rennes, Quimper, Brest, St-Malo ou encore Versailles comme ma sœur j’en récolterais plus de considération.

François Méhat le grand-père
François Méhat le grand-père
Mathurine Macé la grande-mère
Mathurine Macé la grande-mère

Mais oui, ma sœur, Marie-Hélène, est bien née à Versailles. Ça demande une explication. Mon père Eugène Méha était l’un des fils de François MEHAT (avec le T de Méha que mon père a perdu !), un métayer qui eut 9 enfants de sa femme Mathurine Macé. Deux enfants sont morts en bas âge. J’entends encore ma tante Thérèse de Cancave (hameau de Bains), décédée à près de 90 ans parlant de cet homme très pieux mais sans concession quand il s’agissait de faire son devoir. Il était de la génération de ces "rudes" chrétiens pour qui Dieu doit être "premier servi". Venait-on à la ferme de bon matin pour le voir on s’entendait dire "Patientez un peu, il est en train de « faire » ses prières !".

Trois fils pour reprendre cette métairie c’était trop ! C’est ainsi qu’Eugène devint ouvrier. Il m’a raconté qu’il avait travaillé à la construction du barrage de Redon, celui qui fut longtemps le seul à régulariser le cours de la Vilaine avant celui d’Arzal. Mais il travailla aussi longtemps à la carrière de Bains. On y taillait un beau granit qu’on retrouve dans les cimetières mais pas seulement. Un calvaire presque colossal, se dresse au-dessus de la grotte dont les Bainsois sont très fiers. Mon père faisait partie de l’équipe qui l’a taillé.

VIDEO(3’39) Une cérémonie à la grotte de Bains

Le calvaire monumental qui surplombe la grotte
Le calvaire monumental qui surplombe la grotte

Puis il y eut la crise de 1929 dont les effets se firent bientôt sentir jusqu’à Bains-sur-Oust. En ces temps difficiles pas d’assurance chômage ! Que faire d’autre sinon aller chercher ailleurs. Avec l’aide de M. Le Curé Guillou (un personnage celui-là !) on leur proposa du travail à Versailles. Imaginez-vous ce couple de jeunes parents laissant leurs deux garçons (nés en 1931 et 1933 - c’est moi) au Bléheu chez le grand-père maternel.

Les voilà qui prennent le train à Redon pour s’en aller vers cette grande ville de la région parisienne où ils ne connaissent personne. Mais, dit le proverbe : "A brebis tondue, Dieu ménage le vent ! Quelle chance ! Ils ne pouvaient pas mieux tomber ! Ils font partie du personnel d’une maison bourgeoise, avenue du Maine . Une providence pour mes parents que cette famille de Beauregard dont je n’ai entendu que du bien ! Papa sera l’homme à tout faire, valet de chambre, jardinier, etc. et maman est intronisée cuisinière.

Quel genre de cuisine doit-elle faire ? Celle qu’elle a connue chez ses parents au Bléheu ? Pas du tout ! Nous sommes à Versailles et dans la maison d’un colonel en retraite on reçoit du monde ! Mais la patronne n’est pas mauvaise personne - maman n’en parlait qu’avec vénération - sera maîtresse d’apprentissage. On retrouvera, beaucoup plus tard, dans l’armoire de La Grée du Bléheu un gros livre de cuisine, qui visiblement, avait beaucoup servi. Des gens laborieux, “dégourdis” ces parents qui m’ont été donnés ! Donc au travail ! avec un grand souci : économiser. Il ne faut pas oublier ces deux petits qu’on a laissés en pension chez le grand-père au Bléheu. Il faudra bien le dédommager, il n’est pas riche !

Mon frère André et moi-même ne coûteront pas cher en habillement. Vêtements et chaussures qui ont servi aux enfants de la famille versaillaise feront très bien pour nous ! Ils ont aussi un grand projet à ne pas perdre de vue, mettre de côté le plus d’argent possible. Ensuite revenir au pays natal et si l’occasion se présente, acheter une petite maison et quelques arpents de terre !

Javron, devant la porte de la propriété en 2005 avec ma belle sœur
Javron, devant la porte de la propriété en 2005 avec ma belle sœur

De ce temps passé à Versailles je ne sais que peu de choses. Sauf, bien sûr, que maman mettra au monde une petite sœur qui sera versaillaise pour peu de temps du reste. Pourtant la famille chez qui travaille mes parents possède une maison de vacances à Javron dans la Mayenne. André et Bernard, les deux aînés auront la grande chance de venir y passer quelque temps de vacances.
Comment ont fait nos parents pour nous y amener ? On n’a pas de voiture, en louer une ? vous n’y pensez pas ! Ce doit être une des premières fois que j’ai pris train à Redon.
Des merveilleux souvenirs qui flottent encore dans ma mémoire d’enfant je n’en retiendrai qu’un seul et celui-là n’a rien de merveilleux ! La propriété est tout à côté de l’église. Je me vois avec maman près de porte qui donne sur la rue. La cloche de l’église se met à sonner de manière bizarre.

Maman, qu’est-ce que c’est, pourquoi ça sonne ?

  • C’est le tocsin mon "gars" !
  • C’est quoi le tocsin ?
  • Ca veut dire que papa va partir à la guerre !

Nous sommes en septembre 1939. Je n’ai pas encore six ans ! (à suivre)