MEMOIRES (29) - Une expérience extraordinaire, une sorte d’apparition de la Vierge Marie

Nous étions en 1988. J’allais avoir 50 ans.

Ma santé s’était à peu près rétablie. La crainte de la rechute ne m’habitait presque plus. Ma personnalité s’affermissait, je le sentais.
C’est alors que je connus une expérience extraordinaire dont les retentissements se font encore sentir plus de 25 ans plus tard. Cela me « tomba » dessus de manière inattendue. Ce n’est pas à dire qu’il n’y eut pas de préparation antérieure. Le travail de « refondation » entrepris avec le Père Bruno dont j’ai parlé plus haut commençait à porter ses fruits.

Voir MEMOIRES (24) : La redécouverte de l’accompagnement spirituel

Chaque fois que j’ai essayé de raconter ce qui s’est passé, même devant un public restreint, j’ai ressenti une sorte de blocage. Ma gorge se serre. L’émotion me submerge, les larmes coulent et j’ai du mal à continuer. Cela montre qu’il s’agit de quelque chose de très profond.
Maintes fois j’ai écouté ou lu le récit de personnes qui disaient avoir connu ce qu’ils nomment une « effusion de l’Esprit ». C’est ce même genre d’expérience mystique que j’ai connu.

Ce que j’ai noté à ce sujet à l’époque

Heureusement, le jour même et les jours suivants, je notai soigneusement ce qui s’était passé pour en informer le Père Bruno. C’est le texte de cette lettre qui est relevé ci-dessous :

Foyer de charité de La Flatière, 5 août 1988 pendant une retraite (recopié sur un carnet de notes personnelles aujourd’hui détruit)

« Hier soir il ne me restait plus que la conclusion à mettre à cette lettre. Je la reprends ce matin après avoir vécu une soirée exceptionnelle. A la prière de la veillée [à la chapelle] nous avons été invités à recevoir l’effusion de l’Esprit. Nous étions invités à passer devant des membres du foyer. Ils formaient des équipes de deux (6 équipes, je crois). Ils présentaient une icône de la Vierge en appelant sur nous la venue de l’Esprit.

Un paysage qu'on peut voir de la Flatière
Un paysage qu’on peut voir de la Flatière

Voici ce qui s’est passé pour moi. Le hasard m’a guidé vers deux personnes que je n’avais pas choisies. En fait, si je n’avais pas été distrait ( ?) et suivi mon tour je serais tombé avec deux autres personnes bien différentes. (Chaque détail a son importance.) Je me suis donc présenté vers deux femmes, l’une assez âgée qui, ce me semble, a toujours gardé les yeux baissés. L’autre était plus jeune, un peu plus jeune que moi mais d’âge mûr. Je l’avais déjà aperçue travaillant dans une salle à manger. J’arrivais là, la tête vide mais sans émotion particulière en ayant préparé une demande qu’il aurait fallu dire à haute voix (il y avait un fond musical).

Le Foyer de Charité de La Flatière où j’ai eu la chance de faire deux retraites

Puis tout s’est déroulé au niveau instinctif, sans calcul de ma part. Je n’ai pas baisé l’icône [que ces deux personnes présentaient], après j’ai vu que d’autres le faisaient. J’ai présenté mes mains et je l’ai tenue comme pour l’accueillir. Je l’ai regardée sans pouvoir penser à rien. Je la voyais mal, surtout la Vierge, je ne portais pas mes lunettes. Cela me semble avoir duré de longues secondes puis brusquement j’ai levé les yeux comme pour un appel.

’Je les ai levés vers la femme la plus jeune dont je parle plus haut, sans hésitation dans le choix, comme si l’avais été attiré par une force invisible’ (note ajoutée le 25/8/88)
Alors j’ai rencontré un autre regard qui semblait attendre le mien. C’était celui de la femme dont j’ai parlé plus haut. Ce regard était lumineux, heureux, presque taquin. Cette femme respirait l’équilibre ‘et la force’ (note du 18/2/89).
On ne sentait dans son regard aucune peur, aucune envie de dominer. Elle a eu un petit rire amusé comme pour dire ‘enfin te voilà !’
[Note postérieure : cette personne était comme recouverte par une autre baignant dans une grande lumière.]
‘Ce n’est que plus tard, avec beaucoup de retard, que j’ai compris que cette femme n’avait pas conscience de ce qui passait par elle, qu’elle n’avait certainement pas conscience qu’à travers elle je rencontrais Marie
[la Vierge Marie]. Par conséquent ce petit rire voulait sans doute dire pour elle : ‘Il ne sait pas que faire celui-là, comment allons-nous continuer cette scène ?’ Dans ce regard j’ai senti une immense tendresse. Il y avait aussi une sorte de reproche qui se communiquait avec cette tendresse. Je me suis senti et accepté tel que j’étais mais en même temps invité à dépasser mes résistances face à Marie. (note ajoutée le 25/8/88)

Icône Vierge consolatrice sm

Puis elle a baissé les yeux, m’a mis la main sur l’épaule et elle a prononcé des paroles en regardant l’icône. C’est comme si je ne les avais pas entendues sauf les dernières dont je me rappelle : « quelle que soit votre vocation … accueillir le don de Dieu dans votre vie et le rayonner autour de vous. »

J’étais sous le coup de la rencontre du regard car à ce moment précis j’ai eu l’impression – c’était plus qu’une impression, une sorte d’évidence qui s’impose brusquement – qu’au travers de cette personne c’était la Vierge [Marie] qui se manifestait à moi. Du reste j’en ai oublié la personne réelle, concrète, qu’elle était et je l’ai regardée avec une sorte de vénération quand je l’ai aperçue le jour suivant, traversant la salle à manger [pendant cette retraite] à deux ou trois reprises. (note ajoutée le 25/8/88)

Puis je suis reparti vers ma place. Pendant cette scène que je viens de décrire il m’est apparu de façon soudaine sous la forme d’une évidence qu’on ne pense même pas à mettre en doute que c’était [la Vierge] Marie qui se manifestait à moi à travers cette femme. Cela voulait dire à peu près ceci : « Tu vois je ne suis pas celle que tu crois, découvre mon vrai visage. »
J’ai eu l’intuition que Marie était vraiment une femme concrète qui a eu sa personnalité bien à elle et qui demeure telle après son entrée dans la gloire du ciel. Jusqu’à ce moment elle n’était pour moi qu’une idée vague et désincarnée. (note du 29/8/88)

Quand je me suis retrouvé assis, cela a entraîné une cascade de découvertes, d’idées lumineuses mais qui suscitaient une émotion intense et qui déclenchaient les larmes.

Là je ne saurais tout dire mais je noterai tout de même une idée qui me paraît importante. Pourquoi cette résistance à prier Marie, à la mettre dans ma vie, à vivre en tendresse avec elle ? Je l’ai soudain compris. Avec Marie et avec toutes les autres femmes j’en suis resté à l’image [ négative que j’ai reçue] [Je n’ai pas cru bon de relever ici ce que j’ai écrit à l’époque à propos de cette image négative que j’ai dépassée depuis.]

Je n’ai pas le temps d’en écrire plus. J’irai vous voir à la fin du mois. Vous m’aiderez à y voir plus clair. Union de prières. (Ces notes que j’ai recopiées en juillet-août 2011 ont été écrites pour la plus grande partie le 28/8/88)

Notes tirées du carnet de notes personnelles et écrites le 18/2/89

‘Il est remarquable que cet instant privilégié ait eu un retentissement si long puisque j’en vis encore. Peu à peu la relation que j’avais avec Marie a évolué. Elle est toujours perçue comme mère mais ce n’est plus la mère d’un bébé mais la mère d’un adulte, plus discrète, plus proche pourtant. Elle est devenue une sorte de grande sœur qui veut m’entraîner vers Jésus son Fils. C’est comme si elle me disait parfois : « Vois tout le chemin qu’il m’a demandé de faire, tu peux le faire toi aussi, si tu le veux, je t’aiderai. De toute manière il a besoin de toi. »

Je pressens également que le rôle qu’elle a fait jouer à cette femme pour se manifester à moi, elle me l’a fait jouer à moi aussi, pas totalement à mon insu, pour se manifester à L. pendant la rencontre provinciale du mois d’août dernier. (note du 18/2/89)

Clin d’œil : Par suite de diverses circonstances j’ai été amené à mettre cet article en ligne ce dimanche 12 mars 2017, jour où la liturgie nous fait relire le récit de la Transfiguration (Mt 17, 1-9)