MEMOIRES (28) - La catéchèse à N.D. des Victoires de St-Pourçain-sur-Sioule

Une participation libre aux célébrations - Un travail en petits groupes en collège - Les réunions de préparation des animateurs - La venue de « témoins » - Les « ateliers » en classe de 4e.

Parlant de mon séjour à St-Pourçain je ne saurais omettre d’expliquer ce qu’on faisait en catéchèse dans cet établissement.
La situation que je vais décrire se rencontrait sans doute dans beaucoup d’autres établissements du même type. Il n’est pas rare d’entendre des personnes déjà avancées dans la vie raconter combien elles avaient été « dégoûtées de la religion » par ce qu’elles avaient vécu dans ce domaine lors de leur séjour dans des établissements catholiques. En lisant la suite de cet article elles pourraient constater que cette situation est heureusement révolue. Il est bien loin le temps où la messe et/ou le chapelet étaient obligatoires pour tous, tous les jours !

Souvigny témoin

Je suis resté à N.D. des Victoires de 1980 à l’an 2000. Ce furent de belles années pour cet établissement. La communauté comptait alors de 5 à 8 Frères selon les années, certains encore jeunes et dans la force de l’âge. Les Frères âgés, en bonne santé, contribuaient de leur mieux à la marche de la maison.
F.Joseph Fontbonne s’activait au long des jours dans son grand jardin et dans le parc si bien fleuri qu’on découvre à l’entrée de la propriété.
F. Lucien Schwaller s’occupait de façon admirable du dortoir de nos plus jeunes pensionnaires et de la petite boutique des bonbons et fournitures scolaires.
F. Albert Pfléger, le plus âgé d’entre nous, faisait des travaux de comptabilité. Sa piété était un sujet d’édification pour tous. Pendant des années il s’efforça de soutenir les missions de Madagascar. Il le faisait de maintes manières, surtout en préparant des colis qu’il expédiait dans ce pays. Quand arrivait la kermesse il tenait une boutique avec l’aide de quelques dames de la paroisse, boutique bien fournie grâce aux dons reçus de certaines personnes qu’il avait sauvées des Nazis quand il était à Budapest pendant la guerre de 39-45.

Biographie du F. Albert Pfleger : extrait d’une vidéo réalisée lors de ses 80 ans

Les heures de catéchèse - hors contrat, c’est-à-dire non prises en charge par l’Etat - avaient toujours une place privilégiée dans l’emploi du temps. Le Frère particulièrement chargé d’organiser ces temps de formation prenait cela très à cœur. Je connus d’abord le F. Michel M.  dans cette fonction puis le F. Daniel Chambonnière (décédé en 2001 quand il allait avoir 60 ans). La plupart de nos collaborateurs laïcs donnaient bénévolement de leur temps pour participer à ces activités. Les animateurs que nous étions étaient soutenus, accompagnés. Je ne saurais dire le nombre de ces réunions, organisées le soir après la classe pour préparer ces temps de catéchèse. C’est bien parce qu’on était nombreux à s’investir qu’il était possible de travailler en petits groupes pour les séances de « caté ».

Mais que faisait-on pendant cette heure hebdomadaire de catéchèse ?

Denis Ledogar à NDV

Les programmes étaient différents à chaque niveau évidemment. Je me bornerai à expliquer ce qu’on faisait dans les classes de 4e, là où j’étais particulièrement engagé. Quand on dit catéchèse on pense souvent à des cours pendant lesquels un animateur propose la foi chrétienne à des élèves plus ou moins actifs et consentants. Il n’en était pas ainsi. Certes, une ou deux fois par trimestre on proposait des célébrations mais, dans ce cas, tous les élèves n’étaient pas tenus d’y participer. S’il s’agissait d’une messe ou d’un autre type de célébrations, seuls les volontaires s’y rendaient.

Pour l’heure de catéchèse tous élèves d’un niveau de classes étaient regroupés. En classe de 4e, la plupart du temps on constituait des « ateliers ». Dans ces petits groupes chaque animateur proposait un thème différent. Ce pouvait être la découverte de la Bible par exemple ou tout autre sujet propre à susciter la réflexion. On gardait le même petit groupe (une dizaine d’élèves au maximum) généralement pendant un trimestre.

Les témoins de la foi

Atelier vidéo drogue

Il arrivait assez fréquemment qu’on invite une personne extérieure à l’établissement pour donner son témoignage. Certains de ces intervenants m’ont beaucoup marqué personnellement. Nul doute que beaucoup d’élèves, devenus des adultes à présent, pourraient en dire autant ! Je ne résiste pas à l’envie d’en citer quelques-uns.
Je revois encore dans notre CDI cet ancien miraculé de Lourdes venu tout spécialement de Clermont-Ferrand. Il raconta avec la plus grande humilité et simplicité ce qui lui était arrivé.
Dans une autre circonstance on eut la chance d’écouter le témoignage du Père Denis Ledogar, aumônier d’hôpital à Strasbourg que j’ai encore vu récemment à la télévision participant au Jour du Seigneur.
Je ne voudrais pas oublier non plus ce Frère de St-Jean venu de Souvigny. Cet homme avait connu la prison, cela avait fait partie de son chemin de conversion. Il se prêta à toutes les questions que les élèves voulurent lui poser. Toutefois, nous dit-il, en préambule, il se réservait un « joker ». Il le « sortit » quand un de nos jeunes voulut savoir pourquoi il avait fait de la prison !
Je pourrais évoquer encore beaucoup d’autres « témoins », véritables « modèles » à proposer à ces élèves dont nous avions la charge. On imagine sans peine tout le mal que se donnait notre « animateur en pastoral » pour faire venir ces intervenants exceptionnels dans notre établissement.

L’atelier de vidéo en classe de 4e

Parmi les « ateliers » que je pris en charge dans le cadre de la catéchèse il en est un qui m’a laissé un très bon souvenir. Nous étions à l’époque où la vidéo commençait à se vulgariser dans le grand public. De nos jours il est devenu facile de filmer quelque scène avec son smartphone ou des caméscopes minuscules. Ce n’était pas le cas à l’époque dont je parle. L’appareil d’occasion que les anciens élèves de l’établissement nous avait payé était lourd et encombrant. Il ne bénéficiait pas des automatismes des caméscopes numériques actuels. Les bancs de montage pour réaliser des films vidéo de qualité étaient très couteux et pratiquement réservés aux professionnels. Ces obstacles n’arrêtèrent pas ces adolescents que j’accompagnais. Certains mêmes se passionnèrent au point de venir terminer leur montage pendant un week-end.

Atelier vidéo générique

Mais quelle utilité penserez-vous ?
Pour ces adolescents c’était une méthode originale et attrayante d’aborder des sujets de réflexion. J’ai conservé quelques-uns de ces petits montages dont voici quelques titres : « Nous et les animaux », « Les métiers de la Santé », « La drogue », « Le racisme », « La violence » .
Ils devaient réunir une documentation. Cela supposait des recherches au CDI ou ailleurs. Pour les métiers de la santé on fit venir le père d’une élève qui était médecin. Un garçon sut convaincre sa mère, infirmière, de se laisser interviewer devant la caméra. Quand il fut question de drogue, un professeur, gros fumeur, eut la simplicité de parler de son « addiction » devant la caméra !
Evidemment, ces jeunes aimaient particulièrement répondre aux questions de leurs camarades pour figurer dans le film. Ils le faisaient avec beaucoup de sérieux.