MEMOIRES (25) - Mais pourquoi cette maladie qui m’avait terrassé ?

Pourquoi avais-je « craqué » au point qu’il avait fallu m’hospitaliser deux fois, à Brest puis à Pau ? Personne n’avait pu me l’expliquer clairement. J’avais lu, ici ou là, qu’on ne guérissait jamais complètement de ce qu’on appelait la « dépression nerveuse ». J’avais de quoi me faire du souci !

En arrivant à Saint-Pourçain en 1980 je sortais d’une grande épreuve. Je me demandais même si j’arriverais à m’en relever. Comme je l’ai écrit dans l’article précédent la découverte de l’accompagnement spirituel me fut d’un grand secours. Ma vie intérieure se développa considérablement dans les années qui suivirent. J’apprenais peu à peu à penser par moi-même. J’avais l’impression de m’arracher à de multiples « conditionnements » et que ma véritable personnalité commençait à émerger.

Comprendre ce qui m’était arrivé

Un point restait à éclaircir : pourquoi avais-je « craqué » au point qu’il avait fallu m’hospitaliser deux fois, à Brest puis à Pau ? Personne n’avait pu me l’expliquer clairement. J’avais lu, ici ou là, qu’on ne guérissait jamais complètement de ce qu’on appelait la « dépression nerveuse ». J’avais de quoi me faire du souci ! A cette époque je tombai par hasard sur un article de Newsweek ou de Time Magazine que je trouvais très éclairant. Il y était question de « psychose maniaco-dépressive ». Ce terme de « psychose » n’était pas sans m’inquiéter. Névroses, psychoses, je ne voyais pas bien ce que ces termes pouvaient recouvrir. Mais je me reconnus assez bien dans les symptômes que décrivait cet article.

Peinture - exposition à la Défense 2

A plusieurs reprises, et dans des conditions particulières, j’avais enclenché un cycle caractérisé par une période d’exaltation suivie de dépression. Je me rendis compte qu’il fallait beaucoup se méfier des ces états euphoriques où je me sentais plus intelligent que d’ordinaire avec une grande facilité de parole, le désir de m’imposer, etc. Je flairais un piège. Ce pouvait être le terrain favorable pour commettre des erreurs de jugement que je regretterais après le « dégrisement » !

Je ne fis pas tout de suite le lien avec ce que j’avais vécu à Neuville au printemps de 1963. Mais le couple exaltation-dépression se notait bien dans les crises vécues au printemps 78 et en août 79. Je m’aperçus également que je n’étais pas le seul à pâtir de cette faiblesse. Mais fallait-il considérer cette sorte de maladie comme un accident provoqué par les sessions PRH que j’avais suivies ou bien aller chercher plus loin ? Une conclusion s’imposait : observer la plus grande prudence quand je me trouverais dans une période euphorique. J’appris assez vite à en distinguer les signes avant-coureurs. En positif je pouvais noter une élocution facile, de l’aisance dans mon travail et les relations avec les autres. Les peurs qui m’habitaient d’ordinaire disparaissaient, les « bonnes idées » abondaient, etc, de quoi se laisser séduire. Si seulement cela pouvait durer, me disais-je ! Ma vie en serait toute changée ! Pourquoi ne pas relâcher tous les freins ?

Vivre avec des « hauts » et des « bas »

Mais il y avait les côtés négatifs : une imagination qui s’emballait facilement, une activité fébrile avec parfois la prise de nouveaux engagements difficiles à tenir dans la durée. Et, surtout, un sommeil difficile avec des réveils très matinaux sans compter d’autres symptômes physiques que je constatais. Dans le cycle opposé, en période de baisse de vitalité, les symptômes étaient, là aussi, bien repérables : le besoin de dormir difficile à rassasier. Je me repliais sur moi-même, prisonnier du monde intérieur, habité par toutes sortes de peurs, redoutant les événements à venir et n’ayant plus la facilité de parole remarquée auparavant. Vivre dans le moment présent était épuisant.

Plus je m’étais abandonné à mes états euphoriques, plus les temps de récupération avaient été longs et difficiles. Je m’appliquai à repérer ce qui provoquait le déclenchement de ces cycles de hauts et de bas. Ce pouvait être des périodes de grand surmenage, des réunions trop nombreuses où je m’investissais beaucoup surtout lorsqu’elles s’enchaînaient sur une courte période. Des événements particuliers, comme les sessions, les retraites spirituelles avaient parfois le même effet. Ce tempérament que je n’avais pas choisi n’était pas dépourvu de richesses. Bien au contraire ! Mais si je voulais n’en retenir que les aspects positifs je devais être prudent lorsque je connaissais des périodes euphoriques.

Peinture - exposition à Défense

Les années passant cette connaissance que j’avais de moi-même s’approfondit. Mes observations ne firent que se confirmer avec le temps. Aussi je pris de plus en plus d’assurance en me disant que je ne connaîtrais plus jamais les douloureuses expériences vécues auparavant. Ce que j’observais chez d’autres personnes en but à ces mêmes difficultés renforçait ma conviction. Je pense à certains confrères ! Je découvris également que des écrivains, des artistes, certains qualifiés de véritables « génies », avaient fonctionné de cette manière.

Se connaître, certes, mais aussi alimenter son esprit …

Ces années passées à Saint-Pourçain furent d’une grande fécondité. La santé revenant mon esprit devenait disponible pour reprendre ma formation initiale que je sentais déficiente. Je donnais libre cours à ma faim de connaître.
Je me cultivais beaucoup en premier lieu pour devenir plus compétent dans l’enseignement que l’on m’avais confié. Je fis beaucoup de progrès en anglais, cette langue que j’aimais et que j’avais déjà beaucoup travaillé auparavant. Ce fut la lecture de grands auteurs tels que Somerset Maugham. J’appréciai particulièrement « Of Human Bondage », un roman à caractère autobiographique que j’ai relu plusieurs fois. Mais l’écoute de la BBC accompagna beaucoup de mes loisirs. De là où j’habitais on captait assez bien cette station lointaine. Ce fut une grande chance et j’en profitai beaucoup. Pas encore de fichiers MP3 en ce temps-là mais grâce aux enregistrements sur cassettes audio il était possible de garder la maîtrise de son temps.

Certaines années je fus aussi chargé d’enseigner le français en classe de 4e et 3e. Cela demandait beaucoup de travail si on voulait bien préparer ses cours et se tenir à jour pour la correction de copies. Que de souvenirs lumineux j’ai conservés des heures passées avec ses adolescents que je savais intéresser ! Comme je voulais leur donner le goût de la lecture il fallait bien que je lise beaucoup moi-même.