MEMOIRES (24) 1980 : Mes débuts à N.D. des Victoires à Saint-Pourçain-sur-Sioule (Allier)

Ma convalescence à Varennes-sur-Alier et mon installation à N.D. des Victoires à St-Pourçain-sur-Sioule. Ma découverte de l’accompagnement spirituel, une pratique qui a grandement contribué à ma guérison.

La maison des Frères à Varennes
La maison des Frères à Varennes

Après le séjour à l’hôpital de Pau je fus ramené en voiture à la maison des Frères de Varennes-sur-Allier. Je devais y rester jusqu’à la fin de cette année 1979. Un changement de communauté avait été décidé. J’allais quitter Le Mayet-de-Montagne pour rejoindre St-Pourçain-sur-Sioule. C’était un soulagement pour moi. Je ne m’étais pas réellement plu dans le communauté du Mayet. Je n’étais pas fâché non plus de quitter cet établissement. A St-Pourçain je retrouverais des confrères que je connaissais et estimais. F. Robert Paput, depuis peu de temps, assurait la direction de cette école, aidé par Fr. Michel M. comme supérieur de la communauté. Tous deux avaient à peu près 30 ans. Je ne tarderais pas à me rendre compte que l’ambiance de l’école et de la communauté était excellente. Ce fut pour moi une chance qui me permit de rebondir. Mais les débuts furent très difficiles.

Ma convalescence à Varennes

En quittant l’hôpital de Pau on me prescrivit un traitement énergique, aussi les premières semaines de convalescence à Varennes furent pénibles. J’étais sans force et ne pouvais pas faire grand chose. Cependant je mobilisai toute mon énergie pour préparer les cours de français et d’anglais qu’on m’avait réservés. Mon absence se prolongeait. Cela devait ennuyer le directeur de l’établissement le F. Robert Paput, qui venait me voir de temps en temps. Quand arriva la Toussaint de 1979 je me crus suffisamment fort pour reprendre la classe. Mais je ne pus résister plus d’une quinzaine de jours. Il fallut retourner à Varennes. Le moral n’était pas brillant ! J’occupais mon temps par des lectures et de longues sorties à bicyclette quand le temps le permettait.

ND des Victoires à St Pourçain
ND des Victoires à St Pourçain

Je quittai Varennes au début des vacances de Noël pour reprendre place dans ma nouvelle communauté. Cette fois-là j’étais bien résolu à tenir le coup, coûte que coûte. L’adaptation prit du temps. Fort heureusement tout le monde fit de son mieux pour m’aider. Je n’avais pas un service complet, cela me permit de faire de longues promenades dans la campagne environnante, particulièrement agréable. Les forces revinrent peu à peu ainsi que le goût de vivre et de faire la classe. Quand arriva la fin de l’année scolaire, sans autre arrêt maladie, je poussai un énorme soupir de soulagement. Un emploi du temps allégé, l’ambiance chaleureuse de la communauté, le bon climat de cet établissement, sans compter mes promenades dans les environs, tout cela avait contribué à me refaire une santé avec le secours des médicaments dont je ne pouvais encore me passer. Plusieurs années plus tard je retrouvai enfin le sommeil naturel, sans prendre de cachets. Quels efforts il avait fallu pour échapper à cette servitude ! Cela me donnait une idée des combats que doivent livrer ceux qui veulent sortir de la drogue.

Communauté des Frères à St Pourçain - années 90
Communauté des Frères à St Pourçain - années 90

La redécouverte de l’accompagnement spirituel

Je situe ma redécouverte de l’accompagnement spirituel à la fin de 1983. J’appris par hasard que Fr. Michel M. se rendait ce jour-là à l’abbaye de Sept-Fons. C’était, me dit-il, pour rencontrer un trappiste, le Père Bruno. Je chargeai mon confrère de demander à ce Père s’il pouvait me recevoir, moi aussi. Il fut d’accord. Je me souviens encore des premières entrevues avec ce moine. Je lui fis le récit de toute ma vie. En me racontant j’éprouvais de vives émotions qui allaient jusqu’aux larmes. Quand j’évoquai devant lui ce passé je faisais revenir à la mémoire des événements que j’avais oubliés.

Ces séances qui duraient parfois plus d’une heure étaient éprouvantes mais elles étaient suivies d’un grand soulagement. Je voyais de plus en plus clair en moi. Le Père Bruno savait m’écouter patiemment et intervenait peu. Ces entrevues se terminaient pratiquement toujours par le sacrement de la réconciliation (confession). Pendant tout le temps que je restai à Saint-Pourçain, de 1980 à 2000, je me rendis à Sept-Fons, au moins une fois par trimestre. Il m’est difficile d’évaluer tout ce que cette pratique a pu m’apporter dans beaucoup de domaines, et pas seulement pour la vie spirituelle. Bientôt je ne sentis plus le besoin de rencontrer le psychiatre que je consultais au début de la maladie. Je me contentai de voir un généraliste pour le suivi de ma santé.

A cette époque je fis la lecture du roman de Marie Cardinal intitulé « Des mots pour le dire ». Cela me permit de me faire une meilleure idée de ce qu’est la psychanalyse. Je compris alors que j’avais vécu moi aussi quelque chose d’analogue dans mes rencontres avec mon accompagnateur. Si je repris goût à la vie, à l’enseignement, je le dois certainement en partie à cela.

Abbaye de Sept Fons l'hôtellerie
Abbaye de Sept Fons l’hôtellerie

« Connais-toi toi-même ! »

Quand je quittai St-Pourçain en l’an 2000 il ne m’était plus guère possible de me rendre à Sept-Fons. Quand je rejoignis la communauté de la rue Dareau à Paris, en août 2001, je me mis en quête d’un nouvel accompagnateur que je ne tardais pas à trouver. Cela me permit de poursuivre le travail commencé avec le Père Bruno.

C’est donc avec beaucoup de recul que je peux aujourd’hui évaluer tout ce que cette pratique de l’accompagnement spirituel m’a valu. Je ne vois rien de meilleur pour développer l’intériorité et apprendre à se connaître en profondeur. Les principaux événements de ma vie passée me restent toujours très présents. Je ne peux m’empêcher de constater combien j’ai été guidé par quelqu’un qui me voulait du bien. J’ai mis longtemps à comprendre ce que pouvait vouloir dire « avoir la vocation ». Maintenant j’y vois beaucoup plus clair. J’ai envie de chanter avec Noël Colombier "Dieu écrit droit avec des lignes courbes, Il nous mène où il veut par des chemins sinueux".