MEMOIRES (18) Mes années à Crozon (Finistère)

Meha sm Le F. Provincial de Varennes, F. Hilaire Détraz, me désigna pour faire partie des 4 Frères chargés de reprendre l’école Ste-Jeanne d’Arc dans la presqu’île de Crozon dans le Finistère. J’ai conservé de bons souvenirs de cette époque.

Je quittai Neuville et la Province de Saint-Genis à la rentrée scolaire de 1963 et passai la fin de la décennie à Crozon en Bretagne, bien loin de la région lyonnaise où j’étais resté six ans à mon retour de Grèce. Je m’éloignai de cette région qui fut particulièrement secouée quand la tempête se fut déchaînée après 1968. J’appris avec stupeur la sortie de confrères que j’estimais beaucoup. Et que dire du départ de leur F. Provincial, le F. Henri Noë ( Marcel Colin ). C’est lui qui avait présidé la retraite des « Grands Exercices » que j’avais suivie à St-Quentin-Fallavier avant ma profession perpétuelle. J’avais lu certains des livrets qu’il avait publiés. Mon estime pour lui s’en était accrue. L’éloignement atténua pour moi l’impact de cette crise.

Crozon, l'école Ste J. d'Arc, après les agrandissements
Crozon, l’école Ste J. d’Arc, après les agrandissements

Les Frères Maristes prennent en charge l’école Ste-Jeanne d’Arc de Crozon (Finistère)

Le F. Provincial de Varennes, F. Hilaire Détraz, me désigna pour faire partie des 4 Frères chargés de reprendre l’école Ste-Jeanne d’Arc à Crozon dans le Finistère. Jusque-là cette école avec Cours Complémentaire était tenue par un prêtre diocésain, le Père Kermarrec. Le diocèse de Quimper avait décidé de décharger ce prêtre d’une tâche qui devenait trop lourde pour lui. A Trégunc, dans le sud Finistère les Frères Maristes voulait adjoindre un Cours Complémentaire à l’école primaire. La direction diocésaine de l’enseignement catholique à Quimper n’était pas favorable à cette solution et proposa de prendre en charge un Cours Complémentaire tenu jusque-là par le clergé diocésain. On caressa un moment l’espoir de s’établir dans le Nord Finistère.

Crozon à la pointe de Bretagne

Le temps que je passai à Crozon m’a laissé un assez bon souvenir

L’année scolaire 1963-64 à peine commencée, le F. directeur, Henri B., tomba malade, victime d’une sorte de dépression. Il quitta Crozon. Le Provincial d’alors, F. Hilaire Détraz, (on l’appelait F. Jules-Henri) me demanda d’assurer la direction de l’établissement en attendant le retour du directeur en titre. J’acceptai en pensant qu’il s’agissait d’une situation provisoire. Cela faisait beaucoup de travail supplémentaire car j’assurais un temps complet d’enseignement. De plus je n’avais jamais été directeur et ne souhaitais pas le devenir. Je me sentais jeune, sans aucune expérience pour cela. Comment allais-je faire si la situation se prolongeait ?

Presqu'île de Crozon - Au « Tas de Pois » avec F Adrian
Presqu’île de Crozon - Au « Tas de Pois » avec F Adrian

Au mois de janvier 1964 il s’avéra que le F. Henri ne reviendrait pas. Le supérieur décida de me pérenniser dans ma charge. J’étais acculé et ne pouvais refuser. En repensant à cela, des années plus tard, j’ai cru deviner une « ruse » de la Providence pour me pousser, un peu malgré moi, vers ce que je ne voulais pas. Une sorte de pusillanimité m’a souvent fait reculer devant des obstacles car je me croyais incapable de les franchir. Après un certain temps d’adaptation je me sentis à l’aise dans ce nouveau travail. Je me rendis compte qu’il contribuait à m’apporter cette maturité qui me faisait défaut.

Ce furent des années d’intense activité.

Je connus bien des moments de découragement. J’en entretenais le nouveau Provincial, F. Jean Portal, le successeur de Fr. Jules-Henri quand il venait nous voir. Mais j’éprouvais une certaine satisfaction dans mon travail. L’établissement marchait bien et je sentais que j’étais apprécié.

J’ai conservé de bons souvenirs de cette époque. Je faisais de fréquentes promenades dans ce beau pays pendant mes temps libres. Au cours des mois d’été notre école recevait des colonies de vacances organisées par les sœurs de l’avenue de Villiers à Paris (17e). Assez vite je constatai que ces religieuses s’occupaient admirablement des filles qui leur étaient confiées. J’admirais leur sens de l’organisation, le sérieux de leur travail et leur manière de vivre.
A la fin du mois de juin, au départ de nos élèves, grand branle-bas, les sœurs, aidées de leurs monitrices, adaptaient nos locaux en un rien de temps et, quand elles repartaient, à la fin du mois d’août, on retrouvait notre maison en parfait état. Non seulement les Frères étaient déchargés de tout souci pour cette maison mais, en plus, elles assuraient nos repas pendant tout l’été. Il va sans dire que nous étions aux « petits soins » !

F. Clément Jacquat à gauche et F. Louis Prucser à droite
F. Clément Jacquat à gauche et F. Louis Prucser à droite

Séjours de vacances à Crozon

Après le départ de la colonie, j’invitais parfois mon père et ma mère à venir passer quelques jours à Crozon. Ils amenaient avec eux les enfants d’André mon frère. Alain et Claudine, encore petits à l’époque, s’en souviendront. Ma mère se chargeait de la cuisine et, l’après-midi, nous faisions de belles promenades. Nous aimions aller nous asseoir au bord de la mer sur la plage de l’Aber.

Au fil des années notre établissement prospérait. Grâce à F. Louis Prucser, en charge de l’économat, nos finances s’améliorèrent. La vente d’un terrain à la sortie du bourg de Crozon, en direction de la plage de Postolennec, améliora considérablement notre situation. Cette propriété avait été léguée par des bienfaiteurs à l’école Ste-Jeanne d’Arc. C’est que les Crozonnais étaient très attachés à cette école pour laquelle ils s’étaient beaucoup dévoués. Le Père Kermarrec qui dirigeait l’établissement avant l’arrivée des Frères était tenu en très haute estime dans cette paroisse. Ce don permit d’éponger les dettes de l’établissement. Cela nous donna aussi assez d’argent pour acheter le champ qui jouxtait la cour de l’école, là même où s’éleva plus tard une nouvelle construction. On en profita pour agrandir la cour de récréation.

Voir l’article que je rédigeai pour "Présence Mariste en 1964 L’école Sainte-Jeanne d’Arc à Crozon

Travaux d’aménagement

Ecole Ste-Jeanne d'Arc, chantier de construction
Ecole Ste-Jeanne d’Arc, chantier de construction

Pendant le temps que je passai dans cette école on entreprit des travaux pour faciliter le fonctionnement de l’établissement. D’abord dans l’ancien corps de bâtiments avant de se lancer, en 1967, dans une nouvelle construction. La petite école primaire des origines s’était agrandie peu à peu. A mesure que les effectifs s’accroissaient on construisait de nouvelles classes si les ressources le permettaient mais sans plan d’ensemble.
L’école s’élève sur un terrain en pente. Le premier corps de bâtiment fut construit sur la partie basse. Les constructions nouvelles s’élevèrent à la suite des anciennes vers le haut avec des différences de niveau qu’il fallait rattraper par des escaliers. Ce n’était là que l’inconvénient principal. Pour améliorer le fonctionnement de l’école et de l’internat il fallut procéder à de nouveaux aménagements. Un passage fut ouvert entre la cour de récréation et celle du patronage par où entraient beaucoup d’élèves. Auparavant tout le monde passait par le couloir donnant accès au Bureau du directeur, à l’escalier et au grand réfectoire des pensionnaires, un encombrement inimaginable.

Un établissement avec un gros internat

A l’arrivée des Frères Maristes, en 1963, l’internat de l’école Ste - Jeanne d’Arc comprenait encore une centaine d’élèves. Pour accéder aux dortoirs du 1er et du 2e étage les pensionnaires n’avaient d’autres choix que d’emprunter cet escalier central. C’est pour remédier à cela qu’on construisit une sorte de véranda qui s’élève à l’angle formé par le bâtiment principal et celui du réfectoire des externes. De la cour de récréation on pouvait désormais gagner directement soit le 1er palier de l’escalier central soit le réfectoire des externes.

Plus tard on aménagea une large ouverture entre ce réfectoire et la classe attenante, à l’extrémité de ce bâtiment situé à l’équerre. La surface de ce réfectoire fut doublée par la 2e partie située un peu en contrebas. La grande salle obtenue servit aussi pour les réunions de parents.

Départ pour un stage d'anglais à Londres en 1964
Départ pour un stage d’anglais à Londres en 1964

De nouvelles classes pour le collège

C’est en 1966, si ma mémoire est bonne, qu’on entreprit de construire de nouvelles classes dans le champ que nous avions acheté. M. Sévellec, un grand ami de l’école, se chargea de ce gros chantier. Cet édifice s’élève sur 3 niveaux comprenant deux classes au rez-de-chaussée et au premier étage. Le 2e étage fut entièrement réservé pour une grande salle réunion et une salle d’étude pour les élèves. Cette construction s’éleva au bas et en bordure du champ que nous avions acquis. Comme le terrain est en pente on se dit qu’il faudrait peut-être, un jour, le prolonger vers le haut. On se réserva cette possibilité en surélevant une partie du bâtiment ; cela nous permit d’aménager un sous-sol qui devint plus tard un vestiaire pour les sports.

Mes premiers pas comme professeur d’anglais

Dans ces années soixante le travail administratif de directeur d’établissement n’était pas ce qu’il est devenu. Je pouvais l’assumer sans le secours d’une secrétaire. A partir de la 2e année mes heures d’enseignement furent réduites mais je conservai un mi-temps. J’abandonnai peu à peu les heures de français et pris davantage de cours d’anglais.

Au mois d’août de 1964 je fis un séjour d’un mois à Londres. L’affaire avait été conclue à la rentrée précédente. En effet il se trouva que personne ne pouvait se charger de l’enseignement de l’anglais dans notre unique classe de 6e. Le F. Hilaire Détraz qui nous aidait à préparer cette rentrée était très embarrassé. C’est alors que dans une sorte de coup d’audace je me proposai pour assurer cet enseignement si on voulait bien me promettre de passer un mois en Angleterre l’année suivante. J’avais cédé à mon impulsivité en me lançant dans cette aventure. Mais cette décision allait se révéler heureuse.

En Angleterre avec des amis
En Angleterre avec des amis

J’avais beaucoup d’attrait pour cette langue. Mon niveau de départ était insuffisant mais il s’améliora très vite. Je fis un usage intensif de la radio et du magnétophone au cours de mes loisirs. Je faisais cela par goût en n’en ressentais pas de fatigue. Nous captions assez bien la BBC de chez nous en utilisant les grandes ondes. J’essayais même de me connecter en modulation de fréquence et, pour cela, j’installai une antenne appropriée sur un toit. Mais la réception n’était convenable que certains jours. A mesure que les années passaient je fis de grands progrès dans cette langue et je me retrouvais assez à l’aise lors de mon deuxième séjour en Angleterre en 1968.

Voyage en Ecosse en 1968

Cette année-là, dans notre petite Renault 4L, je reconduisis dans son pays un jeune Frère écossais (John R.) qui avait passé une année scolaire avec nous. Nous prîmes le bateau à Cherbourg pour débarquer le lendemain matin à Southampton. De là, avec notre petite voiture, on s’achemina vers Glasgow après un premier arrêt à Oxford puis à Manchester chez le Père Alfred Gower Jones. Ce prêtre anglican, curé d’une paroisse de cette ville, était un ami du Père Le Bihan, curé de Crozon. Nous passâmes plusieurs jours chez lui. A notre arrivée à Glasgow le F. John se rendit dans sa famille et je passai quelques jours de vacances chez lui. Je me rendis avec les siens dans une ville côtière appelée Ayr.

Lors de séjour en Angleterre je me rendis compte que mon niveau en anglais s’était beaucoup amélioré. C’est au cours de ce voyage que je fis la connaissance du F. Adrian Walker qui devint un ami. Je restai très lié avec lui. Il vint me voir à Crozon et plus tard à Chagny. Je garde le souvenir du voyage de déménagement que je fis en sa compagnie de Chagny à Crozon pendant l’été de 1977. Nous nous sommes perdus de vue depuis ma maladie en 1978. Il connut la maladie lui aussi.

Au port du Fret avec le F. Adrian
Au port du Fret avec le F. Adrian

Travail manuel avec de grands élèves

C’est aussi de mon séjour à Crozon que date mon goût pour le travail manuel. Il y avait beaucoup à faire dans cette maison et mes loisirs étaient agrémentés par de petits travaux d’entretien. Je fis l’acquisition de petits outils de bricolage, ce qui facilita les choses. Certains pensionnaires parmi les grands aimaient travailler avec moi. Certains étaient assez débrouillards et habiles. Pendant ces temps informels de travail il se créait de véritables liens d’amitié.

Ce fut aussi le temps où se développèrent les réunions de parents. Avec beaucoup de soin j’organisai des « cercles de parents ». Je fus récompensé de mes efforts en voyant que peu à peu la fréquentation des parents augmentait.

En 1967, au mois de janvier, je fus libéré de mon travail à Crozon pour faire mon « second noviciat ». Je passai cinq mois de repos et de formation religieuse dans notre maison de Saint-Paul-Trois-Châteaux. La gestion de l’école Ste-Jeanne d’Arc fut assurée par les autres Frères de la communauté. Le Fr. Louis Prucser, notre économe, dut en assumer la meilleure part, je crois. Ainsi la construction des nouvelles classes se poursuivit et fut pratiquement terminée en mon absence.