MEMOIRES ( 14 ) - Mon séjour en Grèce (2éme partie)

Grece logo Vacances dans l’île de Tinos - Promenades avec le F. Eusèbe et les enfants - Retour à Athènes et séjour à l’hôpital - Au temps de « l’énossis » !

Vacances à Kolimpithra

Ce n’est pas sans un certain soulagement que je vis arriver la fin de l’année scolaire 1954-55. Cette première année en Grèce avait demandé beaucoup d’efforts d’adaptation, mais, tout compte fait, les choses s’étaient bien passées. Je me sentais maintenant à l’aise en classe et en communauté. J’avais fait des progrès dans l’étude du grec moderne, cela me rendait service dans la vie quotidienne.

Tinos Kolimpithra

Les Frères possédaient une maison perchée sur des rochers en bord de mer sur la côte nord de l’île de Tinos. A cette époque, dans la baie de Kolimpithra, il n’y avait guère que notre maison. La route venant du port de Tinos (sur la côte sud) s’arrêtait alors dans le village de Komi situé à plusieurs kilomètres.

Le car nous déposa au bout de la route et on poursuivit à pied. Devant nous, sur le chemin sablonneux de la vallée, notre guide s’avançait avec son âne, une bonne bête qui portait nos valises sur son dos.

« Tinos est une île du nord des Cyclades grecques dans la mer Égée méridionale. Elle se situe entre Andros et Mykonos. Son port principal et capitale Tinos est dominé par l’imposant rocher de l’Exombourgo (640 m). Ses habitants sont appelés les Tiniotes. » (Wikipedia)
A la découverte de la Grèce antique
A la découverte de la Grèce antique

Le confort était des plus sommaires dans cette résidence de vacances. Pas d’électricité, pas d’adduction d’eau, il fallait se contenter de notre citerne et ne pas gaspiller cette précieuse ressource. Mais qu’importe, un bon vent frais, venant du nord, soufflait à peu près tous les jours, un vrai soulagement après la chaleur étouffante de la ville d’Athènes.
Je me réservais beaucoup de temps pour l’étude, cela me permit de faire de réels progrès en grec. Mais les après-midi nous passions ensemble de bons moments sur une petite plage où les Frères étaient souvent les seuls. Une grande plage tout aussi attirante était jugée dangereuse et on n’osait pas trop s’y aventurer.
L’eau était à bonne température et la baignade était très agréable, des conditions idéales pour apprendre à nager.

Le F. Eusèbe, un confrère grec, était chargé d’un petit groupe d’enfants qui passaient leurs vacances avec nous. J’aimais beaucoup l’accompagner quand il les emmenait en promenade dans la campagne environnante. Cela me donna l’occasion de parler grec avec ces jeunes qui étaient peu regardants lorsque je faisais des fautes. Comme il faisait très chaud on profitait des sources rencontrées sur notre chemin pour se désaltérer. Ce n’était pas très prudent Je m’en aperçus à mon retour à Athènes.

Séjour à l’hôpital

De retour au Lycée Léonin de Patissia, il fallait se mettre à préparer la rentrée scolaire. En prenant des cachets j’essayais en vain de me débarrasser de certains états fiévreux persistants. Après quelque temps on me conseilla de voir un médecin. Il jugea prudent de me faire hospitaliser en constatant la montée de la fièvre. Au début je fus assez inquiet. Les médecins ne comprenaient pas ce qui m’arrivait. Il leur fallut plusieurs jours pour identifier le mal qui me rongeait.
Quand on m’annonça que j’étais atteint de la fièvre typhoïde on me rassura en même temps. On avait découvert récemment un antibiotique spécifique et cette grave maladie se soignait très bien. Mais il faudrait prendre de grandes précautions pour éviter les séquelles.

La maison de vacances à Tinos
La maison de vacances à Tinos

Je dois reconnaître que je fus bien soigné. Après quelques jours de traitement la fièvre tomba mais je n’étais pas guéri. On me dit que les microbes avaient causé de gros dégâts sur le tube digestif. A partir de ce moment-là je ne fus nourri que par des aliments froids. Pendant trois semaines environ je dus me contenter de crèmes et de yaourts. De plus, on m’obligea à rester allongé. Je ne fus isolé que pendant une courte période. Le reste du temps je me revois dans une chambre qui comportait une demi-douzaine de malades. Je savais encore bien peu de grec moderne, mes compagnons de chambre et les infirmières en savaient encore moins en français. Imaginez la situation ! Les autres occupants de la chambre et le personnel soignant faisaient de gros efforts pour se faire comprendre. Je comprenais à peu près ce qu’on me disait quand ce n’était pas trop compliqué. Mais, pour parler, c’était une autre affaire. Je me lançai cependant. Je ne choisissais pas toujours les termes qui convenaient et cela nous valut de bonnes séances de rire. Mes confrères venaient me voir très souvent en m’apportant de la lecture et en donnant des nouvelles.

Il fallait songer à rentrer, mes élèves m’attendaient. Quand je quittai cet hôpital - il faudrait plutôt dire cette clinique tenue par des religieuses et appelée « Pamacharistos » - j’avais perdu une dizaine de kilos mais l’expérience vécue en valait la peine.

A la rue Sina au centre d’Athènes

A la fin de cette année scolaire 55-56 le F. Provincial me nomma dans l’autre école mariste, celle de la rue Sina, au centre d’Athènes, près de la cathédrale catholique et de l’Académie. Elle n’existe plus aujourd’hui (2015). Elle a été déplacée et remplacée par le magnifique établissement de Nea Smyrni dans la banlieue d’Athènes.

Notre école était située tout près de l’Institut Français d’Athènes. C’était une chance pour moi. Tout en assurant mes cours de français je me rendais régulièrement dans cet institut de formation. Je suivis régulièrement les cours de latin de niveau universitaire. Combien étions-nous ? A peine une quinzaine à suivre ces cours. Nous avions une excellent professeur, du genre méthodique. Je fus vite conquis par cet homme. J’admirais sa simplicité et sa compétence. Il était très proche de son petit groupe d’étudiants et nous initiait à sa façon de travailler. Plus tard je me rendis compte de l’influence qu’il avait eue sur moi.

En excursion à l île de Samos
En excursion à l île de Samos

De l’année passée dans cette nouvelle communauté je n’ai gardé que de bons souvenirs. Nous n’étions que sept ou huit et l’ambiance était excellente. Je ne saurais évoquer tous ces confrères. Certains sont encore bien présents à ma mémoire. Je revois encore ce petit Frère Pierre, originaire d’Asie Mineure, à la bonne humeur si contagieuse. Je repense aussi au Frère Ducros, un confrère français assez âgé et chargé de l’économat. Le dimanche après-midi il nous arrivait de prendre un bus pour découvrir Athènes et ses environs. J’étais alors le seul jeune Frère de cette communauté et il s’était sans doute donné pour mission de me distraire et de me préserver du « cafard ». De fait, sa compagnie était agréable et enrichissante.

Le monde étudiant et "l’énossis’’

Nos nombreux élèves étaient très à l’étroit dans ce bâtiment de centre ville. La cour de récréation était minuscule. Par bonheur cet immeuble était couronné d’une belle terrasse. C’était mon lieu de détente favori. De là on dominait tous les environs et particulièrement la grande artère qui parcourt le centre d’Athènes. Au printemps de 1957 le monde étudiant était en ébullition. De grandes manifestations réclamaient le rattachement de l’Ile de Chypre à la Grèce.

En promenade en Grèce
En promenade en Grèce

Du haut de notre terrasse je revois encore ce jour où la grande avenue était livrée tout entière à des centaines d’étudiants qui défilaient au cri de « enossis ! énossis ! » (union !). C’était impressionnant. Tout à coup je vis arriver des camions chargés de policiers. En un clin d’œil ils furent en bas de leurs véhicules et armés de leurs matraques ils donnèrent la chasse à ces manifestants. Ce fut la grande débandade ! Ils fuyaient en toute direction sautant les grilles du jardin de l’Académie qui bordent cette rue. Bien sûr tous les cris de la rue s’entendaient parfaitement de notre cour de récréation. Et nos élèves essayaient de profiter de l’occasion pour ébranler la discipline. Ce n’étaient que murmures reprenant bouche fermée les slogans de la rue. Quand sonna la fin de la récréation je me demandais ce qui allait se passer. Heureusement, le F. Surveillant sut garder son calme et nos élèves, à contre-cœur, se mirent en rangs, pour regagner leurs salles de cours.

La fin de l’année scolaire 1953-54 fut bientôt arrivée. J’étais partant pour prolonger mon séjour en Grèce. J’accueillis sans enthousiasme la lettre de mon F. Provincial qui me demandait de rentrer en France ! Je lui fis part de mon désir de revenir en Grèce pour l’année suivante. Il me donna son accord et je partis tout confiant. Mais une grande déception m’attendait. Les plans allaient changer pendant l’été.