MEMOIRES (1) - Aux origines de ma « vocation religieuse »

Grotte de Bains C’est précisément en 1945 que je situe une sorte de transformation dans ma vie. Le garnement que j’étais connut une sorte de conversion. Je ne saurais indiquer un moment précis. Nous étions à la fin de la guerre de 1939-1945. J’avais environ 10 ans quand s’amorça ce changement.

Mais pourquoi et comment expliquer cette conversion qui aboutirait à mon départ au juvénat de Langon (Ille-et-Vilaine) en 1945 ? En quittant la classe de fr Pierre Antoine je devins élève de Monsieur Durand, un laïc qui enseignait à l’école des Frères. Le souvenir que j’ai gardé de lui est assez positif. Rien à voir avec les attitudes ambiguës de son collègue de la petite classe. Il me semble que c’est dans sa classe que mon esprit commença à s’ouvrir.

En passant dans la classe supérieure on retombait dans l’ornière. Elle était confiée à un Frère âgé, appelé fr Marc. Quel âge avait-il exactement ? Je le revois comme un pauvre homme assez âgé qui, par moments, avait de la peine à se tenir éveillé et, surtout, à se faire respecter. Mais je dois avouer que mes souvenirs sont assez confus sur le temps que j’ai passé avec lui.

F Benoît Joseph Perrin directeur de l'école St-Joseph à Bains-sur-Oust
F Benoît Joseph Perrin directeur de l’école St-Joseph à Bains-sur-Oust

Avec F. Benoît, un nouveau départ

Assez rapidement, me semble-t-il, un remplaçant lui fut donné. C’était le Fr Benoît – Joseph (Perrin). Tout changea avec lui. C’est le premier enseignant à qui j’accorde mon entière estime. Mes progrès furent rapides sous sa direction. On m’accola bientôt l’étiquette de bon élève. Dans les interrogations les camarades en difficulté se tournaient vers moi pour recevoir de l’aide. Mon esprit s’était ouvert enfin de manière que je ne m’explique pas.

Réussissant bien en classe je conquis aussi la place de premier au catéchisme car, en ces temps-là, on classait les élèves par souci d’émulation. Conséquence heureuse, ma famille, de condition modeste, fut mise à l’honneur devant toute la paroisse pour la cérémonie de la Communion Solennelle. En effet pendant la messe une procession était organisée dans l’église bien remplie et l’usage voulait que la croix qui ouvrait ce défilé soit portée par le père du meilleur élève au catéchisme. Chez les filles le père portait la bannière ! Mon pauvre père dut être particulièrement fier de se voir ainsi mis à l’honneur devant une telle assemblée. Nous étions en mai 1945. Ma réputation de « bon à l’école », fut établie devant ce petit monde.

La famille en 1947
La famille en 1947

Nous étions à la fin de la guerre de 1939-1945

C’est précisément en 1945 que je situe une sorte de transformation dans ma vie. Le garnement que j’étais connut une sorte de conversion. Je ne saurais indiquer un moment précis. Nous étions à la fin de la guerre de 1939-1945. J’avais environ 10 ans quand s’amorça ce changement. Les années 1943 et 1944 avaient été difficiles. Même à la campagne où j’habitais on avait peur. Des escadrilles de bombardiers venant sans doute d’Angleterre et se dirigeant vers Nantes ou Saint-Nazaire je suppose, passaient fréquemment au-dessus de nos têtes. Les craintes des adultes se répercutaient sur les enfants. Je me souviens d’une vieille dame, une réfugiée de Rennes, qui était particulièrement terrorisée.

Une punition et un appel

J’ai encore l’image - souvenir, de ma "communion solennelle" en mai 1945. Et c’est cette même année que je partis au juvénat de Langon, sans doute au début du mois d’octobre. Les choses se décidèrent bien plus vite que je ne l’imaginais. C’est une période capitale de ma vie sur laquelle j’ai besoin de revenir.

Comme élément déclencheur je revois assez nettement une scène que je vécus dans la classe du fr Benoît-Joseph (Perrin). Il m’avait retenu un soir après la classe pour un pensum. Pour quelle raison ? Je ne sais plus. Ce ne devait pas être bien grave. Il avait sa manière à lui d’exercer votre patience. Comme pénitence il ne vous demandait que d’écrire cinq lignes d’une écriture appliquée. On se disait que ce serait bien vite fini. Erreur ! Quand on lui présentait ce travail il trouvait toujours quelque défaut dans ces lignes et il fallait recommencer.

Ce soir-là ma patience avait été poussée un peu loin et j’en étais venu presque aux larmes. C’est alors qu’il descendit de son estrade et s’approcha de moi. Entre autres choses il me dit : «  Voudrais-tu devenir Frère ? » sous-entendu comme je le suis moi-même. Ma réponse fut un « oui », embarrassé je crois, mais ce fut un oui.
Pourquoi ai-je répondu cela alors que je n’y avais pas pensé avant ?
Pourquoi n’ai-je pas renié plus tard cette parole que j’avais prononcée sans prendre le temps de la réflexion ?
C’est mystérieux pour moi. L’ambiance de cette classe était assez particulière. On s’y sentait heureux. Cela tenait à la personne de notre maître évidemment mais aussi à sa manière de faire la classe. Difficile d’expliquer après tant d’années ce qui se vivait alors. L’oubli a enfoui à peu près tout. Pourtant je me rappelle qu’il avait lancé ce qu’on appelait la « croisade eucharistique ». Plus tard ce mouvement deviendra le MEJ (Mouvement Eucharistique des Jeunes). J’en fis partie, mais je ne revois rien de précis à ce sujet dans mes souvenirs.

La grotte de Bains où je suis souvent venu prier
La grotte de Bains où je suis souvent venu prier

Un avenir qui paraissait un peu bouché

Ce oui dont je parle ne « sortit » pas par hasard. Cette année-là je vivais une sorte de résurrection. Des dons intellectuels ignorés jusque-là se manifestaient. Auparavant l’avenir apparaissait confusément un peu bouché. Les adultes de mon milieu agricole se moquaient souvent de moi. J’étais celui qui « perdait ses vaches », celui qui se montrait incapable de « toucher les bœufs » (conduire un attelage avec des bœufs). Les comparaisons avec André, mon frère aîné, sur ce point tournaient nettement à mon désavantage. Si j’étais resté dans ce milieu je serais devenu un bien piètre paysan, un peu comme Mathurin, le grand-père maternel, peu estimé comme agriculteur semble-t-il. Et voilà qu’à l’horizon se présentait une éclaircie. Mes petits succès scolaires me valaient une certaine considération et la séduction qu’exerçait sur moi la personnalité du Fr. Benoît, avaient préparé ce « oui » qui jaillit sans préméditation. Il s’agit bien d’un point de départ et je ne saurais dire à quel moment de l’année il se situe. Je fis ma « communion solennelle » au mois de mai 1945 et partis au juvénat de Langon cette même année, début octobre probablement. On peut supposer que la scène avec le Fr. Benoît sur déroula en avril ou au début mai. (à suivre)

Comment on peut être appelé par Dieu dès son plus jeune âge

Il se trouve que je suis resté très longtemps à Saint-Pourçain-sur-Sioule de 1980 à 2000. Je me suis intéressé tout particulièrement à un article de la revue Présence Mariste. Il fut publié en 1962. A cette époque ce magazine s’appelait « Voyages et Missions ».
Il raconte comment le petit Léon CRISTIANI qui devait devenir un écrivain célèbre se sentit appelé par Dieu dès son tout jeune âge alors qu’il était immobilisé à l’infirmerie du Pensionnat Notre-Dame des Victoires suite à un petit accident.

Extrait de cet article

Le Frère jardinier, tout à coup, je ne sais pourquoi, me dit à l’oreille, le long du chemin :
— Petit, est-ce que tu ne veux pas te faire prêtre ?
— Si, lui répondis-je.
— C’est bien.

Pour lire cet article paru dans Voyages-et-Missions en 1962