MEMOIRES (0) Ecrire ses « mémoires » ? Pourquoi pas ?

Meha Je me trouve face à un choix : composer des textes en secret ou les publier en prenant le risque d’être mal compris ? S’il fallait confier ces écrits à un éditeur le choix serait plus difficile. Ce n’est pas ce que j’envisage. Je me propose simplement de confier mes pensées ou mes souvenirs à un site Internet.

F. Jean R., chargé d’accompagner les Frères âgés, le souhaite. Des hésitations, des freins sont à lever avant de tenter l’aventure. Ne faut-il pas laisser ce genre d’entreprise à des écrivains ou des personnalités politiques ? On n’aura rien d’extraordinaire à raconter, il faut le reconnaître !
Déjà on imagine les critiques ! Mais pour qui se prend-il celui-là ?
Quels faits glorieux aura-t-il à rapporter ?
A quoi sert-il de se donner cette peine, cela n’intéressera personne !
Ces objections donnent à réfléchir.

Une habitude déjà prise

Ce ne sera pas la première fois que je me mets à écrire. Je n’ai jamais rien publié, je l’avoue, si ce n’est quelques articles dans des revues ou sur des sites Internet. Mais il m’est arrivé parfois de travailler longuement certains textes .

Un manuscrit de Victor Hugo -  voir en grand cette image
Un manuscrit de Victor Hugo

Quand j’avais de grosses difficultés avec certaines personnes, je me mettais à écrire pour voir plus clair en moi et retrouver le calme. J’ai parfois remis le fruit de ces réflexions à certains pour tenter de lever des « blocages » et améliorer nos relations. Curieuse méthode ! Pourquoi n’avoir pas essayé simplement de « discuter » avec ces personnes ? C’est bien ce que j’ai tenté en pareilles circonstances, mais j’ai constaté alors combien j’avais de mal à garder mon calme. Comment « rattraper » ensuite des paroles qu’il n’aurait pas fallu prononcer ? Je suis de ces gens que l’émotivité paralyse au point de perdre assez facilement leurs moyens. Je suis bien plus à l’aise à l’écrit.

Le plaisir d’écrire

Si je dois écrire un article je prends un certain plaisir à revenir plusieurs fois sur le texte pour en améliorer l’expression. L’exercice devient plus facile au bout d’un certain temps et les progrès encouragent à continuer.

F. Hilaire Détraz en 1980
F. Hilaire Détraz en 1980

C’est en forgeant qu’on devient forgeron dit-on mais c’est aussi en écrivant beaucoup que l’expression s’améliore. On se fait plus exigeant dans le choix des mots. Si le peintre ou le sculpteur revient sur son œuvre c’est pour qu’elle lui apporte pleine satisfaction. On sait que les écrivains, se sont donnés beaucoup de mal. Il suffit de regarder les brouillons présentés dans les musées ! S’ils avaient connu, comme nous, les facilités d’un traitement de texte leur tâche eût été grandement facilitée.

Que deviennent les écrits laissés après soi ?

Ainsi on peut écrire pour le plaisir ? Mais que deviendront ces textes qu’on ne publie pas ? Faut-il les cacher quelque part en se disant qu’ils seront découverts quand on aura quitté ce monde ? C’est parfois ce qui arrive. Deux exemples pour illustrer ce propos.

VOIR F. Hilaire Détraz missionnaire en Yougoslavie

Il y a quelques années j’ai découvert le gros cahier rédigé en secret par le F. Hilaire Détraz (en religion F. Jules Henri). On y trouve des récits intéressants sur les années qu’il a passées comme Frère enseignant en Macédoine et en Serbie. Pourquoi n’a-t-il pas fait connaître cela de son vivant ? Quels entretiens on aurait pu avoir avec lui à ce sujet ! Ces textes sont maintenant disponibles.

VOIR Mémoires de F. Charles Bonnet

Une découverte de cet ordre fut faite en 2008 à Varennes-sur-Allier (Allier), au décès de F. Pierre Roffat. Il aimait visiblement écrire de la poésie mais ses confrères n’en savaient rien.

F. Pierre Roffat
F. Pierre Roffat

Je me trouve face à un choix : composer des textes en secret ou les publier en prenant le risque d’être mal compris ? S’il fallait confier ces écrits à un éditeur le choix serait plus difficile. Ce n’est pas ce que j’envisage. Je me propose simplement de confier mes pensées ou mes souvenirs à un site Internet. Ce sera un moyen de laisser une trace de mon passage avant de quitter ce monde.

VOIR Qui était F. Pierre Roffat ?

De neveux, des nièces, des anciens élèves, des confrères peut-être tomberont sans doute un jour sur ces mémoires. Je ne connaîtrai probablement jamais ceux qui m’auront lu, encore moins ce qu’ils en ont pensé. Mais leur présence invisible m’aidera à faire un effort de sincérité.


Voir le journal La Croix du 9 août 2014

« En janvier, l’historien Pierre Rosavallon a lancé le site "Raconter la vie", avec l’idée de donner la parole aux Français. Depuis, plusieurs livres sont parus et plus de 250 récits ont été publiés en ligne ».

« Les récits de vie peuvent permettre de mieux se connaître ».

Une émission de france inter sur le sujet

Voir le site « Raconter la vie »

F. Bernard Méha