Le suicide insupportable des adolescents

Aujourd’hui, les ados face aux souffrances affectives semblent comme lancés sur des montagnes russes, sans barrière de sécurité !

Le suicide insupportable des adolescents.

Au sein de notre monde très déstructuré, les ados sont peu en lien avec d’autres au moment des épreuves et les adultes ne jouent pas là non plus leur rôle de passeurs.
Or il n’y pas de recettes pour traverser certaines épreuves, la seule chose que l’on puisse faire est de se tenir la main !
Aujourd’hui, les ados face aux souffrances affectives semblent comme lancés sur des montagnes russes, sans barrière de sécurité ! Les montagnes russes de la vie sont incontournables, aussi devons-nous, grâce à un tissu symbolique très serré, aider les jeunes à ne pas être seuls, pour qu’ils sachent qu’à ces moments-là l’adulte est présent.

Les adultes sont, aujourd’hui, beaucoup moins bridants ou directifs que par le passé. Or, pour poursuivre la comparaison, on le sait, un mustang doit être contenu, lui aussi, pour ne pas dire dressé, si l’on veut qu’il rentre dans l’enclos. Sans cela, il reste à l’état sauvage.
Les adultes n’imaginent pas alors à quel point les adolescents ont besoin de la confrontation avec eux. Malheureusement, une bonne partie d’entre eux se dérobent à cette exigence, et sans exagérer, cette dérobade semble criminelle. Ces adultes laissent faire ou disent tout simplement :
« Fais comme tu sens ! » « C’est à toi de voir »,

comme, par exemple, ce père, répondant à son fils qui lui demande s’il est d’accord pour qu’il fume du cannabis :
« C’est toi qui décides. »

Cette attitude correspond à ce que Pierre Legendre appelle la « mascarade de l’autofondation ». L’idée que l’on se construit soi-même est sans doute issue d’une certaine dérive de la diffusion culturelle de la psychanalyse, qui insiste sur la nécessité de tenir compte du désir de l’enfant. Mais attention, la psychanalyse n’a jamais dit :
« On se construit tout seul, laissez l’enfant seul en face de son désir. »

L’adulte peut très bien exprimer le fond de sa pensée, en mettant le jeune en garde par exemple :
« Je pense que si tu continues ainsi, tu vas droit dans le mur »,

sans nécessairement interdire. Or l’angoisse de mort chez l’ado est liée à cette sensation de devoir se construire sur le vide, sans sentir l’appui des générations qui l’ont précédé.
Jacques Arènes, « N’ayons pas peur des ados » p. 108