Le stalinisme et la lamentable affaire Lyssenko.

Lyssenko niait la notion d’espèce et affirmait qu’on pouvait transformer le blé en avoine ou en orge. La génétique était présentée comme le produit frelaté de la science petite-bourgeoise de l’Occident.

Une autre attitude « cléricale » antiscientifique et très voisine de la précédente dans son esprit, mais plus sanglante dans ses effets, fut bien sûr celle du stalinisme. Le symbole en est la lamentable affaire Lyssenko. Ce botaniste et agronome prétendait avoir démontré l’hérédité des caractères acquis grâce à des pratiques agricoles qu’il disait originales.

Il affirmait que ses résultats étaient incompatibles avec la génétique « officielle » mais étaient conformes auj marxisme-léninisme, à la dialectique et aux idées suivant lesquelles dans la nature l’acquis domine l’inné. Il niait la notion d’espèce et affirmait qu’on pouvait transformer le blé en avoine ou en orge, et vice versa.

À partir de là il concluait que la théorie chromosomique et les théories génétiques étaient fausses. La génétique était présentée comme le produit frelaté de la science petite-bourgeoise de l’Occident. Il convainquit Staline du bien-fondé de son point de vue, et la « théorie de Lyssenko » devint la vérité officielle. Ceux qui la refusèrent furent rejetés hors de l’Université, certains même déportés en Sibérie.

À Brno, en Tchécoslovaquie, on déboulonna la statue de Gregor Mendel. le père de la génétique.

Et Lyssenko devint un héros scientifique non seulement en URSS mais auprès de toute une intelligentsia occidentale communiste, emmenée en France par Aragon, et qui comptait hélas ! un certain nombre de scientifiques. Là encore, au nom de la science, de la rigueur, du rationalisme.

Mais cette conception idéologique de la science soviétique ne s’est pas limitée à la biologie, même si c’est dans ce domaine que le scandale fut le plus grand. La science soviétique devait être contrôlée idéologiquement. La toute-puissante Académie des sciences, elle-même étroitement tenue en laisse par le biais de nominations idoines, organisait des colloques destinés à montrer que les principes du marxisme étaient des guides pour la recherche scientifique, ou mieux même, que les écrits de Marx du genre : « le quantitatif engendre le qualitatif » étaient des lois universelles démontrées par la science. Par exemple, la loi d’action de masse, sorte de principe d’action et de réaction qui règle l’équilibre chimique, était présentée comme une illustration de la dialectique marxiste. À l’inverse, la mécanique quantique était combattue au nom du matérialisme dialectique, puisque la nature ne pouvait être que déterministe, voire déterminée. Le « sens de l’histoire » régnait en maître même en physique !

Là encore, une « Église dogmatique » voulait s’approprier la science. Et de nombreux scientifiques en Occident admiraient cela et expliquaient ces excès. Le marxisme n’était-il pas une approche scientifique de la politique ? Tirez le rideau.

(Claude Allègre, Dieu face à la Science, p 250)