L’identité de Jésus à partir de ses affirmations

Jésus parle de son propre chef, avec une entière autorité. Alors que les scribes qui s’attachaient d’abord à commenter la Tora et les Prophètes.

Mais au nom de qui ou de quoi Jésus pouvait-il en arriver à subvertir en partie la Loi considérée comme la révélation même de Dieu ? La question débouche inévitablement sur celle de sa propre identité.

Qui est-il donc ? Dès le départ de son ministère, la foule voit en effet la différence entre Jésus et les scribes :
« Ils étaient frappés de son enseignement, car il les enseignait avec autorité, et non pas comme les scribes » (Mc 1, 22),
« Voilà un enseignement nouveau, plein d’autorité ! »
(v. 27).

La différence était grande en effet avec les scribes qui s’attachaient d’abord à commenter la Tora et les Prophètes ou encore à rapporter les paroles produites par leurs devanciers. Un rabbin (à l’époque on disait « rabbi ») ne parle pas en son nom propre, mais au nom du scribe dont il a reçu l’enseignement. Or, voilà que Jésus parle désormais de son propre chef, avec une entière autorité.

Et il fait pire, en se mettant parfois à distance de la Loi divine, transmise par Moïse. Deux exemples sont particulièrement importants à cet égard. Dans un apophtegme sur la question du divorce, il ose en quelque sorte opposer la parole de Dieu à l’écrit de Moïse qui le permettait (Mc 10, 2-9), ce qui relativisait étrangement la figure de Moïse, « le premier d’entre les prophètes », comme on disait pourtant à l’époque.

Plus encore, dans une série d’antithèses lues en Matthieu, résonne un continuel
« Et moi, je vous dis »,

qui s’affirme à l’encontre du texte de Moïse, sinon à l’encontre de la parole même de Dieu (Mt 5,22.28.34.39.44). Quel était-il donc pour oser s’exprimer ainsi, comme s’il se désignait lui-même comme la référence dernière ?

Un dernier détail encore. Après une prière entendue à la synagogue, les Juifs devaient répondre « Amen » pour signifier la solidité de leur accord avec la parole émise.
Or, Jésus, et il est le seul à le faire en la circonstance, produit cet « Amen » d’origine liturgique au départ même de ses propres sentences. « Amen (traduit souvent par "En vérité"), je vous le dis »(Mt 5, 18. 26).
Sa parole est désormais authentifiée par lui-même. Mais « comment celui-là peut-il parler ainsi ? » (Mc2,7), telle est la question radicale posée par une telle prétention. L’action de Jésus ou ses gestes de libération, (…) ne feront qu’amplifier la question. L’affaire se terminera sur la croix et sur la confession de la foi. Pour un chrétien, sur les deux à la fois.

Charles Perrot « Jésus » p. 60