Internet et les addictions sexuelles ( 1/2 )

(Mission de l’Eglise, n°164, août – septembre 2009 p. 40 à 44) ( Les notes de bas de page n’ont pas été reproduites).

Internet n ’est pas un média comme un autre

Il n’est pas exceptionnel de trouver dans les cabinets des sexologues des personnes qui se disent dépendantes de voyeurisme sur Internet. Si le « réseau des réseaux » ne crée pas la faille chez le voyeur, il peut la révéler et l’amplifier.

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Six caractéristiques essentielles font de ce nouveau média un média total.

  • 1. Il associe tous les médias connus : écrit, image, vidéo et son.
  • 2. La variété des contributeurs fait qu’il s’adresse à tous sans distinction.
  • 3. L’anonymat des internautes le dispute à celui des contributeurs.
  • 4. Avec le Web 2.0, l’interactivité devient permanente.
  • 5. Tout le monde peut avoir accès à tout pourvu qu’il sache se débrouiller avec un moteur de recherche.
  • 6. Enfin, c’est un média qui est lié à l’informatique.

On le voit, c’est un média qui intègre les caractéristiques de chaque moyen de communication (presse, radio, télévision) mais qui, par sa puissance, est capable de les associer simultanément. Sa puissance interactive bouleverse les codes de communication. Il est facile de pressentir combien il peut amplifier des fragilités et contribuer à des addictions. Il ne s’agit pas non plus de diaboliser un tel média que l’Église utilise abondamment, à commencer par le Vatican lui-même.

Psychologie de l’informatique

Dans un de ses ouvrages, Sherry Turckle montre combien « l’ordinateur est un nouveau miroir, la première machine psychologique. Au-delà de sa nature en tant qu’engin analytique, il possède une deuxième nature en tant qu’incitatif ».
L’influence de l’ordinateur peut se faire sentir sous trois types de modalités qui ne sont pas exclusives :
au plan métaphysique dans le domaine de l’intelligence artificielle (qu’est-ce que l’esprit humain ?),
au plan de la maîtrise pour le hacker (miroir de la puissance qu’il faut apprendre à maîtriser et donc convocation du vœu de toute puissance de l’utilisateur) et
au plan de l’identité pour le possesseur d’un ordinateur personnel (qu’est-ce qu’un être humain ? en quoi se distingue-t-il de l’ordinateur ? par la sensualité, les émotions,… ).

Pour bien des personnes, il y a un évident rapport identitaire et affectif à la machine logique qu’est l’ordinateur. Et lorsque l’ordinateur traite d’informations liées à la sexualité, on perçoit combien l’interaction peut être forte tant sont mis en relation le domaine de la maîtrise avec celui de l’affectivité. Ainsi lorsque tel ou telle rencontre des images sexuelles sur l’outil ordinateur qui lui renvoie comme en miroir son vœu de toute puissance, on peut percevoir à quel point, sur certains terrains fragilisés, le visionnement d’actes sexuels peut devenir la source d’une dépendance réelle et provoquer des passages à des pratiques compulsives.

L’addiction

D’une manière générale, l’addiction « recouvre un ensemble de conduites agies dont les traits caractéristiques peuvent être définis par la recherche avide d’un objet, la répétition de l’acte, l’apparente dépendance de l’objet choisi, l’utilisation risquée du corps, la recherche de satisfaction immédiate, la proximité de la mort et de la destruction ». Cette définition qui vaut bien sûr pour l’univers de la drogue, vaut aussi sans doute pour les dépendants du cybersexe.

Les critères qui suivent valent pour des domaines aussi variés que l’alcool, la drogue, le jeu ou encore la cybersexualité sur Internet (voyeurisme, exhibitionnisme, recherche de partenaires,…).

S’ils sont vérifiés, l’addiction est avérée.

  • « Impossibilité de résister aux impulsions à réaliser ce type de comportement ;
  • Sensation croissante de tension précédant immédiatement le début du comportement ;
  • Plaisir ou soulagement pendant sa durée ;
  • Sensation de perte de contrôle pendant le comportement.
  • Présence de quelques autres critères comme :
  • intensité et durée des épisodes plus importantes que souhaitées au début ;
  • tentatives répétées pour réduire, contrôler ou abandonner le comportement ;
  • survenue fréquente des épisodes lorsque le sujet doit accomplir des obligations professionnelles, scolaires ou universitaires, familiales ou sociales ;
  • activités sociales, professionnelles, ou récréatives majeures sacrifiées du fait du comportement ;
  • perpétuation du comportement bien que le sujet sache qu’il cause ou aggrave un problème persistant ou récurrent d’ordre social, financier, psychologique ou physique ;
  • tolérance marquée : besoin d’augmenter l’intensité ou la fréquence pour obtenir l’effet désiré ou diminution de l’effet procuré par un comportement de même intensité ;
  • agitation ou irritabilité en cas d’impossibilité de s’adonner au comportement ».

Il faut distinguer l’addiction de l’hypersexualité.

L’addiction n’est pas en lien direct avec la quantité mais avec le caractère incontrôlable de la pulsion. Alors que l’hypersexuel garde un contrôle sur sa pulsion, même si sa satisfaction n’est que de courte durée et requiert de sa part un autre acte, la recherche d’un autre acte à une fréquence élevée.

Bruno Feillet  : Dans « Mission de l’Eglise », n°164

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