En Afrique le métissage juridique (p 385)

Une Charte africaine des droits de l’homme et des peuples qui s’efforce de protéger l’individu tout en sauvegardant ses liens avec les diverses communautés dont il dépend.

En Afrique, le métissage dont il est question n’est plus seulement culturel mais juridique. Les Africains ont fourni un exemple convainquant de ce « droit métisse » en adoptant, le 27 juin 1981, une Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, laquelle s’efforce de protéger l’individu tout en sauvegardant ses liens avec les diverses communautés dont il dépend. En juriste, Alain Supiot n’a pas tort de louer l’intelligence de ce texte, parfait exemple d’hybridation entre des principes importés et d’autres, inspirés de la tradition.

L’article 28 commande par exemple de ne pas séparer le sujet de droit des relations qu’il entretient avec ses semblables ; l’article 29 défend le principe de solidarité ; l’article 24 met en évidence l’obligation de protéger l’environnement, et l’article 18 insiste sur la nécessaire protection de la famille dans son rôle éducatif.

Ces différentes clauses (et quelques autres) ressortissent à une sensibilité propre à l’Afrique. Elles traduisent une relecture des droits de l’homme différente de celle, plus individualiste, de la Déclaration universelle de 1948 .
Elle dépasse la pure formulation d’un « droit à... » pour rappeler qu’un « devoir » est attaché à chacun des droits. Le texte de l’article 29-4 énonce par exemple :
« L’individu a le devoir de préserver et de renforcer la solidarité sociale et nationale. »
En d’autres termes, la Déclaration africaine de 1981 s’efforce de maintenir le caractère personnel, incarné, du principe de solidarité. En Occident, comme on le sait, il s’exerce plus anonymement par le biais des prélèvements obligatoires et l’intervention d’organismes d’État.

N’y a-t-il pas là une « sage » relecture où la modernité occidentale pourrait, à son tour, trouver un bénéfice ?

J. C. Guillebaud  : Le commencement d’un monde p. 385